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Gabon: « L’Ogooué-Maritime se déplace »,  les dessous d’une opération de communication politique qui divise Port-Gentil

Gabon: « L'Ogooué-Maritime se déplace »,  les dessous d’une opération de communication politique qui divise Port-Gentil

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Une importante délégation de l’Ogooué-Maritime, comprenant environ 150 personnes, a rallié Libreville le 14 juillet à bord d’un navire de luxe pour un voyage entièrement pris en charge. Officiellement, cette escapade menée par les principaux notables et cadres de la province vise à faire visiter les chantiers initiés par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Si les partisans du pouvoir saluent une initiative permettant de montrer comment le pays se construit, ce voyage suscite une vive polémique. Derrière ce faste et cette campagne de communication se cache une réalité locale bien plus sombre que les organisateurs tentent de masquer.

Pour de nombreux observateurs, cette initiative est avant tout l’aveu d’un échec. Si les habitants de l’Ogooué-Maritime doivent être convoyés à grands frais vers Libreville pour contempler le développement, c’est que celui-ci est totalement absent de la capitale économique. À Port-Gentil, les chantiers peinent à se concrétiser et la ville stagne. « Rien n’a changé à Port-Gentil. Tous les chantiers lancés depuis la transition peinent à aller à leur terme, en terme de construction, la ville est toujours l’ombre d’elle-même », peste un Port-Gentillais.

La colère est particulièrement visible dans les quartiers populaires comme Ntchengue, où les coupures d’électricité et les pénuries d’eau font partie du quotidien. « On amène les Port-Gentillais à Libreville observer les constructions qu’ils voient tous les jours à la télévision alors qu’ici nous faisons parfois plus d’une journée sans électricité, l’eau qui est vitale devient une denrée rare », regrette une habitante de ce quartier. Elle s’interroge : « Qu’est-ce que les organisateurs de cette escapade touristique qui ont de l’argent à jeter par la fenêtre font-ils pour soulager les populations dont le quotidien devient de plus en plus pénible ? ».

Le profil des organisateurs de ce voyage pose également question. Ces cadres, aujourd’hui regroupés au sein de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le parti de Brice Clotaire Oligui Nguema, sont pour la plupart d’anciens barons du régime déchu. Ce sont ces mêmes visages qui ont géré la province pendant des décennies, promettant de faire de Port-Gentil un « petit Dubaï » sans jamais y parvenir, en dehors de l’aéroport et de la route Port-Gentil-Omboué.

« Ce sont ceux qui ont régné en maître sous l’ancien pouvoir, donc les responsables de nos malheurs, qui sont encore là aujourd’hui », s’insurge un habitant du quartier Matitis. « Nous ne sommes donc pas surpris qu’ils utilisent les mêmes méthodes, de grandes opérations de communication chères payées pour nous endormir et continuer à s’en mettre plein les poches ».

Un autre Port-Gentillais s’interroge directement sur la pertinence de maintenir ces personnalités aux affaires : « Qu’ont-ils de nouveau à apporter pour le bien être des Port-Gentillais ? Pourquoi le chef de l’État fait-il avec les mêmes qui n’ont apporté que de vains discours au Port-Gentillais ? ».

Pendant que la capitale économique subit cette léthargie, l’élite politique locale de l’UDB reste silencieuse face aux problèmes des habitants. Ces cadres préfèrent s’offrir les services d’un navire de luxe plutôt que de faire avancer les dossiers urgents de leur propre province. « Ils sont tous muets devant les chantiers de la ville qui sont à la peine et conduisent des gens comme du bétail admirer les bâtisses de la capitale », dénonce un citoyen. Pour lui, « le développement doit être apprécié au seuil de sa porte et non loin de soi ».

Face à ce constat, le Groupe Féfé Onanga a décidé de réagir vigoureusement. Loin de toute ironie, son communiqué est un appel direct à prendre conscience des manœuvres de ces anciens gestionnaires convertis en soutiens du nouveau pouvoir pour protéger leurs intérêts personnels. Pour dénoncer cette situation, le groupe invite les décideurs de la capitale à venir constater d’eux-mêmes l’état de Port-Gentil. « Les députés, sénateurs et les populations de Libreville sont invités à Port-Gentil visiter les réalisations de sept milliards et plus gérées par les hommes politiques de Port-Gentil à la date qui vous conviendra », écrit le Groupe Féfé Onanga dans son communiqué.

Actuellement, Féfé Onanga apparaît comme l’un des rares acteurs politiques locaux à interpeller publiquement la présidence sur l’arrêt des chantiers à Port-Gentil. « Tous les cadres de l’UDB sont muets comme des carpes devant ces chantiers inachevés et face à la détresse des Port-Gentillais », déplore un habitant.

Ce déplacement à Libreville n’est en réalité qu’une opération d’auto-promotion. En déplaçant les populations dans des conditions princières, ces intermédiaires cherchent avant tout à se faire bien voir au sommet de l’État pour conserver leurs postes et leurs avantages financiers, au détriment d’une population appauvrie. Au lieu d’organiser des croisières vers Libreville, ces notables devraient plutôt inviter les Librevillois à visiter la réalité de Port-Gentil. Une confrontation avec le réel que ces profito-situationnistes éviteront soigneusement d’organiser.

Vigny Ngami-Tsiba

 

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