
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Entre mise en demeure et accusations d’usurpation, le Parti démocratique gabonais se déchire alors qu’Ali Bongo Ondimba conteste frontalement la légitimité du directoire actuel dirigé par Blaise Louembé.
Par la voix de son Secrétaire général désigné, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, l’ancien chef de l’État a fait signifier par exploit d’huissier une mise en demeure avant poursuites judiciaires à l’endroit de Blaise Louembé, d’Angélique Ngoma et de l’ensemble des membres de ce qu’il qualifie de « prétendu directoire ». Cette offensive juridique marque une rupture définitive entre le président élu du parti et ceux qui tiennent les rênes de l’appareil depuis le coup d’État d’août 2023.
Une légitimité interne frappée de nullité
Le pivot de cette contestation repose sur une lecture stricte des textes fondamentaux de l’organisation. Ali Bongo Ondimba rappelle avec force, par le biais de son Secrétaire général, qu’il demeure le « Président élu du PDG depuis le congrès de juillet 2009, conformément aux statuts révisés du 12 mars 2022 ». Selon l’argumentaire développé par Ali Akbar Onanga Y’Obegue, le retrait de la vie politique nationale annoncé en septembre 2024 ne constituait en aucun cas une démission de la présidence de la formation politique. Pour le camp Onanga Y’Obegue, le directoire actuel a profité de la mise en résidence surveillée du leader du parti pour s’emparer des commandes le 7 mars 2024, une manœuvre décrite comme une « usurpation illégale » car effectuée sans élection ni nomination régulière.
L’escalade verbale ne s’arrête pas aux procédures administratives. Les accusations portées contre l’équipe de Blaise Louembé et Angélique Ngoma sont d’une gravité rare dans les annales du PDG. Onanga Y’Obegue dénonce pêle-mêle le « sabotage électoral délibéré », la « trahison politique » et une « intelligence avec l’adversaire », pointant du doigt ce qu’il considère comme une « soumission totale au régime militaire en place ». Le camp Bongo rejette d’ailleurs en bloc les conclusions du congrès du 30 janvier 2025, le frappant de « nullité absolue » pour cause de convocation irrégulière et d’utilisation de textes abrogés.
L’ultimatum des quinze jours
La stratégie de reconquête est désormais assortie d’un ultimatum clair. « Ali Bongo leur accorde 15 jours pour quitter volontairement la direction du parti », prévient Ali Akbar Onanga Y’Obegue, précisant que passé ce délai, les tribunaux seront saisis pour trancher ce différend organique. En s’appuyant sur l’adage juridique « Quod nullum est, nullum producit effectum », selon lequel ce qui est nul ne produit aucun effet, l’ancien ministre entend invalider tous les actes posés par la direction actuelle depuis deux ans.
Cette épreuve de force place le PDG dans une situation d’asphyxie institutionnelle inédite. Alors que le directoire tente de stabiliser la base, la menace d’une judiciarisation de la vie interne du parti fragilise chaque jour un peu plus l’unité des militants. Ce n’est plus une simple crise interne, c’est désormais une bataille ouverte pour la survie et l’âme du plus ancien parti politique du Gabon, dont l’issue pourrait bien se décider dans les prétoires plutôt que dans les fédérations.
Vigny Ngami-Tsiba



