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Gabon : Quand la nostalgie d’Ali Bongo devient l’arme des mécontents

Gabon : Quand la nostalgie d'Ali Bongo devient l'arme des mécontents

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Alors que l’ancien président célébrait hier ses 67 ans depuis Londres, une vague de sympathie inattendue a déferlé sur le web gabonais, transformant ce 9 février 2026 en une date charnière de l’après-Bongo. Celui dont la chute en 2023 fut saluée par des scènes de liesse a vu son anniversaire faire l’objet d’un véritable plébiscite numérique, où les « Ya Ali, tu nous manques » de nombreux internautes et médias privés ont agi comme le miroir d’un malaise profond face aux promesses de rupture du pouvoir actuel.

Cette résurgence de sympathie ne saurait être balayée comme une simple ironie. Elle s’ancre dans une réalité politique où la figure de l’ancien dirigeant devient, par contraste, le reflet des déceptions présentes. Brice Liviu Eyinga, acteur politique dont la voix porte dans l’arène publique, a souligné avec justesse que « depuis que le président Ali Bongo Ondimba a quitté le pouvoir, il n’avait plus eu autant d’attentions du peuple gabonais qu’hier à l’occasion de son anniversaire ».

 

Pour ce dernier, l’héritage d’un homme d’État ne se grave pas uniquement dans la pierre. « La grandeur d’un homme ne se mesure pas à travers le nombre d’édifices qui portent son nom », affirme-t-il, « mais par la façon dont il marque les cœurs des gens ». Il poursuit son analyse en expliquant que « les marques écrites et les statuettes disparaissent avec le temps, mais il est difficile pour un cœur sincère d’oublier la grandeur d’un homme qui a marqué sa vie », avant de conclure par un souhait de « santé et de quiétude » pour l’exilé de Londres.

Un sentiment de continuité malgré la rupture promise

Pourtant, cette nostalgie soudaine interroge. S’agit-il d’un regret sincère ou d’une sanction symbolique adressée au régime actuel ? Les espoirs nés du changement de régime se heurtent désormais à l’épreuve de la gouvernance.

De nombreux Gabonais pointent du doigt une forme de statu quo. « On nous avait promis le changement et la rupture », regrette amèrement un citoyen, « mais on se rend compte que l’on est dans la continuité ». Ce sentiment d’immobilisme est renforcé par la présence de visages familiers dans les hautes sphères de l’État. « Ce sont les mêmes visages qui ont été avec les Bongo qui continuent d’être aux affaires. Les méthodes non plus n’ont pas changé », ajoute-t-il.

Le poids d’un quotidien social de plus en plus lourd

Au-delà de la politique, c’est le quotidien des foyers qui alimente ce regain d’affection pour le passé. La cherté de la vie, les délestages électriques incessants et le manque d’eau potable pèsent lourdement. « Nous vivons les mêmes difficultés et d’autres se sont même aggravées », soupire un observateur. La question des libertés publiques s’ajoute à ce tableau sombre, certains estimant que « les libertés sont restreintes et que les Gabonais ont désormais peur de s’exprimer ».

Le peuple, après avoir applaudi le départ des Bongo, semble aujourd’hui demander des comptes à un pouvoir qu’il juge parfois déconnecté des réalités sociales. Cette célébration numérique agit comme un signal d’alarme pour les décideurs à Libreville. Elle rappelle que la légitimité acquise est une matière volatile, qui s’évapore si elle n’est pas consolidée par des progrès tangibles. En transformant l’anniversaire d’un exilé en tribune de mécontentement, le peuple gabonais a envoyé un message clair : l’oubli n’est pas un acquis, et le passé peut redevenir un refuge lorsque l’avenir peine à tenir ses promesses.

Vigny Ngami-Tsiba

 

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