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Tchad : avec l’arrivée de la saison des pluies, les personnes réfugiées risquent d’être piégées et oubliées

Tchad : avec l’arrivée de la saison des pluies, les personnes réfugiées risquent d’être piégées et oubliées

Des milliers de personnes cherchant à fuir le conflit qui sévit au Soudan voisin se sont réfugiées à la frontière orientale du Tchad, dans la région de Sila, et dans d’autres zones frontalières. Avec l’arrivée imminente de la saison des pluies, Médecins Sans Frontières (MSF) prévient qu’un grand nombre de personnes risque de ne plus avoir accès à l’aide humanitaire et médicale essentielle.

Les conséquences humanitaires de cette situation pourraient s’avérer dévastatrices, notamment dans la région frontalière de Sila. Lorsque les wadis (lits de rivières asséchées) et les routes se rempliront d’eau et seront inondés, les personnes réfugiées tout comme les communautés d’accueil se trouveront complètement isolées, coupées de toute forme de services ou d’assistance au fur et à mesure que la région deviendra inaccessible.

MSF s’inquiète également des risques accrus de maladies hydriques et infectieuses dans les conditions actuelles d’accès insuffisant à l’eau potable et aux services d’assainissement. Cette situation a déclenché une réponse d’urgence de la part des organisations humanitaires qui tentent, avant que les pluies n’arrivent, de fournir de l’aide et de relocaliser les personnes loin des zones frontalières peu sûres. Mais l’aide prend visiblement du retard.

« De nombreuses personnes réfugiées veulent s’éloigner de la zone frontalière, mais il n’y a pas assez d’espace pour qu’elles puissent se réinstaller. Dans le même temps, d’autres souhaitent rester là où elles sont, et des personnes réfugiées continuent d’arriver du Soudan », explique Audrey van der Schoot, directrice de MSF au Tchad. « Plus de 100 000 personnes ont déjà franchi la frontière avec le Tchad depuis le début des combats au Soudan. Nous craignons qu’avec l’arrivée des pluies, les gens qui vivent dans cette zone frontalière soient pris au piège et oubliés, sans accès aux services essentiels ou sans informations sur les endroits où les trouver. »

Le Dr Bertin est pharmacien. Il travaille à la clinique mobile de MSF qui a été ouverte à l’école d’Andressa pour fournir des soins médicaux aux personnes réfugiées soudanaises et aux communautés d’accueil dans la province de Sila, dans l’est du Tchad. Tchad, 2023. © MSF

« Les gens peuvent être amenés à faire des choix inimaginables : rester sans aucune assistance ou retourner au Soudan où ils seraient exposés à davantage de violence et de dommages physiques et psychologiques. L’action humanitaire en cours doit donner la priorité à la situation et aux besoins de ces personnes qui finiront par se retrouver bloquées à la frontière », ajoute Audrey van der Schoot.

Près de 30 000 personnes réfugiées et rapatriées de la région de Sila, dans l’est du Tchad, reçoivent une assistance humanitaire limitée et lente. Le manque d’abris, d’eau et de nourriture a poussé de nombreuses personnes à se tourner vers d’autres familles réfugiées ou vers des hôtes tchadiens qui partagent leurs maigres ressources.

En réponse, MSF a lancé un projet d’urgence en coopération avec les autorités sanitaires de la région de Sila, près de la frontière entre le Tchad et le Soudan. Grâce à des cliniques mobiles qui atteignent les personnes réfugiées provenant du Soudan, les rapatriées tchadiennes et les communautés d’accueil, nos équipes fournissent des soins médicaux et préventifs dans les sites de personnes réfugiées d’Andressa et de Mogororo. Les services comprennent le dépistage et le traitement de la malnutrition aiguë chez les enfants, les soins de santé sexuelle et reproductive et l’orientation vers le centre de santé de Deguessa soutenu par MSF ou vers l’hôpital de Koukou pour les soins de santé secondaires. Au cours des trois premières semaines, les équipes médicales ont traité 1 460 personnes, majoritairement des enfants souffrant de malnutrition, d’infections respiratoires, de diarrhée aqueuse aiguë et de paludisme, tous des maux liés à leurs conditions de vie précaires. Au total, 333 femmes enceintes ont également reçu des soins prénataux et postnataux.

Au cours des dernières semaines, nos équipes à Sila ont géré des cliniques mobiles où elles ont entendu des récits troublants de personnes réfugiées qui ont fui la localité soudanaise de Foro Baranga et les villages environnants, au sud du Darfour occidental, à seulement quelques kilomètres de la frontière soudanaise. Les survivantes et les survivants, arrivés pour la plupart à pied, décrivent, en état de choc, leur expérience. Ces individus ont été exposés à des niveaux extrêmes de violence, y compris des incidents signalés de violence sexuelle et sexiste, de torture, d’enlèvement, de recrutement forcé, de pillage, de chantage ainsi que de destruction de biens. Les personnes fuyant le conflit au Soudan ont été retenues sous la contrainte et ont dû payer pour pouvoir entrer au Tchad, sous peine de voir leurs biens pillés ou d’être menacées de mort par des militants.

Rencontre entre les équipes de MSF, les anciens des communautés hôtes et des personnes réfugiées dans la province de Sila, à l’est du Tchad. Tchad, 2023. © MSF

Nos équipes ont également pris en charge plus de 70 personnes blessées provenant du Soudan dans notre centre de santé de la région d’Adre, à Ouaddai. La plupart sont arrivées avec de graves blessures par balle subies lors des affrontements dans l’ouest du Darfour. Beaucoup d’entre elles ont été laissées sur place, incapables de se rendre au Tchad ou de recevoir un traitement médical.

Alors que le Tchad, qui manque déjà de ressources, subit les répercussions du conflit soudanais, la crise humanitaire silencieuse qui sévit dans le pays ne cesse de s’aggraver. Les Tchadiens et les Tchadiennes vivant dans les régions frontalières ne sont plus en mesure de se faire soigner pendant la saison des pluies, qui est très perturbée, ni d’accéder aux marchés soudanais pour assurer leur subsistance. Cette situation a provoqué une flambée des prix des denrées alimentaires et des produits de base, dans une région où les taux de malnutrition sont déjà élevés et où l’accès aux soins de santé est déjà très limité pour la communauté d’accueil. Les gens qui vivent au Tchad continuent d’être exposés à de multiples chocs causés par des changements climatiques extrêmes, des conflits armés et des épidémies récurrentes de maladies évitables et traitables. Ces derniers événements ne feront qu’accroître leur vulnérabilité et celle des personnes réfugiées et des rapatriées du Tchad.

« Nous sommes confrontés à une crise qui s’ajoute à une autre crise. Les gens affluent chaque fois que le conflit s’intensifie au Soudan, et l’on s’attend à ce que d’autres affluent au Tchad à mesure que les combats se poursuivent sans relâche. Dans un contexte déjà négligé et sous-financé comme celui du Tchad, les arrivées incessantes en provenance du Soudan mettent à rude épreuve les ressources déjà limitées et surchargées du pays. Cette situation risque d’exacerber les besoins humanitaires existants des personnes réfugiées depuis le Soudan et de la communauté d’accueil. Il est urgent d’intensifier la programmation et le financement de l’aide humanitaire aux individus réfugiés soudanais. Mais les besoins de la communauté d’accueil et des autres personnes réfugiées de l’est du Tchad doivent aussi être considérés comme prioritaires dans le cadre de cette réponse humanitaire », déclare Audrey.

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