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Gabon : De la citoyenneté civique à l’ascendance autochtone, le virage identitaire

Gabon : De la citoyenneté civique à l'ascendance autochtone, le virage identitaire

AFRICALEADNEWS – (Gabon) En substituant un lien biologique et précolonial à la définition civique de 1999, la nouvelle ordonnance sur la nationalité opère une rupture historique majeure qu’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, docteur en droit et enseignant à l’université Omar Bongo, décrit, dans une analyse sur ses réseaux sociaux, comme une régression vers une conception ethnicisée de l’État.

La définition de ce qui fait un citoyen gabonais vient de subir un séisme sémantique et juridique. Jusqu’alors, la loi de 1999 ancrait la nationalité dans la modernité en la définissant comme le « lien de droit qui, depuis le 17 août 1960, date de l’accession du Gabon à la souveraineté internationale, rattache les personnes à l’État gabonais ». Cette approche, purement institutionnelle, faisait de l’indépendance le point de départ unique et égalitaire de l’appartenance à la nation. Or, l’ordonnance de 2026 balaie cet héritage pour introduire la notion d’« ascendance autochtone », transformant radicalement le contrat social qui lie les Gabonais entre eux.

 

Le nouveau texte définit désormais ce lien par des critères bien plus complexes et subjectifs, évoquant un « lien de rattachement biologique, linguistique, culturel, social, spirituel et historique d’un citoyen gabonais à au moins un de ses parents ». Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ce glissement est lourd de conséquences car il fait remonter la légitimité citoyenne à une période « avant la mise en place des institutions étatiques modernes ». L’auteur y voit un retour en arrière de plusieurs siècles, soulignant que cette nouvelle architecture « ne protège pas, il exclut » et risque de briser l’unité nationale en instaurant une forme de généalogie de la citoyenneté.

 

L’inquiétude majeure réside dans le flou artistique qui entoure la mise en œuvre de ce critère d’autochtonie. Le texte fait référence à des populations « officiellement établies sur le territoire » avant la colonisation, sans pour autant préciser qui aura la charge d’établir cette liste. L’universitaire dénonce une notion « ouverte à l’arbitraire administratif le plus total », capable d’injecter dans le droit une catégorie ethnicisée sans contours précis. Dans un pays riche de sa diversité, cette disposition pourrait, selon lui, créer une « hiérarchie entre eux », alors même que la Constitution garantit l’égalité de tous sans distinction d’origine.

 

Cette transition d’une nationalité de droit vers une nationalité de sang pose la question de la cohérence du projet républicain. En cherchant à protéger une forme d’identité originelle, le gouvernement semble s’éloigner des modèles de construction nationale qui ont fait le succès des grands États africains. Ali Akbar Onanga Y’Obegue rappelle avec fermeté que la loi de 1999 était d’une « modernité exemplaire » car elle était indépendante de l’origine ethnique ou de l’ascendance biologique. En rompant ce consensus, le nouveau Code « ne consolide pas l’unité nationale, il en forge les conditions de la fracture », mettant à mal la confiance nécessaire à la stabilité du pays. La patrie peut-elle survivre à la fragmentation de ses racines juridiques au profit de ses racines biologiques ?

 

Vigny Ngami-Tsiba

 

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