Droits de l'homme

Naturalisés gabonais : Vers une citoyenneté de seconde catégorie ?

Naturalisés gabonais : Vers une citoyenneté de seconde catégorie ?

AFRICALEADNEWS – (Gabon) En brisant le principe d’égalité absolue entre tous les nationaux, l’ordonnance n°0004/PR/2026 portant Code de la nationalité gabonaise instaure des restrictions politiques et civiles majeures pour les citoyens naturalisés, une rupture que le docteur Ali Akbar Onanga Y’Obegue qualifie d’« installation durable dans l’inégalité », dans une analyse publiée sur ses réseaux sociaux.

Jusqu’à la publication de ce nouveau texte, le droit gabonais reposait sur un pilier de fer : l’article 3 de la loi de 1999 qui affirmait que « tous ceux qui ont la nationalité gabonaise l’ont au même titre ». Cette formule, décrite par l’auteur de la tribune comme étant d’une « force et d’une simplicité exemplaires », garantissait qu’une fois la nationalité acquise, le nouveau citoyen jouissait des mêmes droits civiques que ses compatriotes. Si une période de réserve de dix ans existait pour les mandats électifs, la logique demeurait celle d’une « intégration progressive » vers une égalité totale. L’ordonnance de 2026 vient balayer cet édifice républicain au profit d’une structure de différenciation permanente.

Les articles 57 et 58 de la nouvelle loi introduisent désormais une véritable « hiérarchie structurelle » au sein du corps électoral. Désormais, toute personne ayant acquis la nationalité par naturalisation, mariage, résidence ou même par le droit du sol, se voit frappée d’interdictions strictes. Le texte dispose que ces citoyens ne peuvent « postuler, ni à un mandat présidentiel, ni à un mandat parlementaire », et leur ferme l’accès aux listes électorales locales pendant une décennie. Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ce n’est plus une étape vers la pleine citoyenneté, mais un verrouillage car « elle crée deux catégories de citoyens, ceux qui peuvent exercer pleinement la souveraineté, et ceux qui en sont durablement exclus ».

L’exclusion ne s’arrête pas aux urnes ; elle s’étend aux plus hautes sphères de l’appareil d’État dès la première génération. L’article 58 interdit en effet aux nouveaux Gabonais toute nomination aux fonctions ministérielles, toute collaboration au cabinet du chef de l’État, ainsi que l’exercice de la magistrature ou des fonctions de commandement au sein des Forces de défense et de sécurité. L’analyste y voit une mutation profonde de l’esprit de la loi, passant d’une « architecture de prudence » à une « architecture de méfiance » généralisée envers ceux qui ont choisi le Gabon comme patrie d’adoption.

Cette nouvelle donne juridique interroge sur l’avenir de la cohésion sociale dans un pays qui s’est construit sur le brassage. En disant à ceux qui paient leurs impôts et élèvent leurs enfants sur le sol national qu’ils sont des « citoyens à part réduite », le texte prend le risque de fragiliser le sentiment d’appartenance. Ali Akbar Onanga Y’Obegue souligne avec gravité que « ce Code transforme la nationalité d’un lien juridique protecteur en instrument de tri », précisant que le Gabon ne peut s’engager dans cette direction sans en payer un prix terrible. La confiance des citoyens, socle de toute nation, semble ici sacrifiée sur l’autel d’une protection identitaire radicale. Le Gabon peut-il rester une terre d’accueil et d’ambition si le mérite s’efface devant le privilège de la naissance ?

Vigny Ngami-Tsiba

 

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