[Editorial] Gabon : La robe face au treillis
[Editorial] Gabon : La robe face au treillis

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le bras de fer qui oppose actuellement la magistrature aux forces de sécurité à Mouila n’est pas un simple fait divers provincial, mais le symptôme d’une pathologie institutionnelle profonde. Lorsque des agents de la sécurité pénitentiaire barricadent une prison pour soustraire des leurs à la justice, lorsque la police refuse d’exécuter les réquisitions du parquet sur ordre de sa hiérarchie, ce n’est plus seulement la loi qui est bafouée, c’est l’ossature même de l’État qui craque.
Le cri d’alarme du Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) résonne comme un avertissement ultime. En décrivant des scènes où des magistrats doivent requérir l’armée pour instruire un dossier sous la menace d’hommes cagoulés et de pratiques fétichistes, le syndicat lève le voile sur une réalité brutale : l’autorité judiciaire est en train de perdre son caractère sacré au profit d’une loi du plus fort.
Cette dérive n’est pas née du néant. Elle est le fruit amer d’une campagne de dénigrement qui, sous prétexte de Transition et de refondation, a trop souvent désigné le magistrat comme le bouc émissaire idéal des maux de la nation. En jetant ainsi le corps judiciaire en pâture à la vindicte populaire, on a instillé l’idée dangereuse que s’attaquer à un juge était un acte de bravoure plutôt qu’un crime contre la République.
Aujourd’hui, l’arbitraire frappe à la porte des tribunaux. Si les gardiens de l’ordre deviennent les premiers à s’affranchir des mandats de justice, qui protégera encore le citoyen ? L’autorité de l’État ne peut être à géométrie variable. Elle ne peut pas exiger l’obéissance des civils tout en tolérant l’insubordination de ceux qui portent l’uniforme.
Il appartient désormais au sommet de l’État de restaurer l’équilibre. Le silence ou l’inaction face à cette fronde sécuritaire équivaudraient à une démission de l’esprit républicain. Car si la robe cède définitivement face au treillis, ce n’est pas seulement le magistrat qui tombe, c’est la garantie de nos libertés qui s’effondre avec lui.
Vigny Ngami-Tsiba



