
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le Syndicat national des magistrats du Gabon (Synamag) a dénoncé, le 18 avril 2026, une série d’entraves graves à la justice et des menaces physiques contre les magistrats de Mouila, pointant une hostilité sans précédent des forces de l’ordre envers l’institution judiciaire.
Le récit des événements survenus dans la province de la Ngounié ressemble à un scénario de crise institutionnelle majeure. Tout part d’une procédure régulière concernant un trafic de stupéfiants issus des scellés du tribunal, impliquant des agents de la sécurité pénitentiaire. Selon le syndicat, le procureur de la République a fait face à « une résistance organisée, délibérée et coordonnée de la part de responsables des forces de sécurité ». Le Synamag détaille une série d’entraves allant du refus de présenter les mis en cause à l’obstruction systématique des réquisitions du Parquet.
L’escalade a atteint un point de non-retour lorsque la prison de Mouila a été barricadée par des agents pénitentiaires pour empêcher l’incarcération de leurs collègues. Plus inquiétant encore, des pratiques occultes et des intimidations physiques ont été signalées au sein même du palais de justice. « Des individus ont introduit dans le Palais de Justice de Mouila des substances à caractère fétichiste dans le but déclaré d’attenter à l’intégrité physique des personnels de justice », révèle le communiqué, précisant que des agents encagoulés ont proféré des menaces directes contre les magistrats.
Pour le président du Synamag, Landry Abaga Essono, ces incidents ne sont pas fortuits mais résultent d’un climat délétère entretenu depuis plusieurs mois. Le syndicat estime que son corps a été « jeté en pâture à l’opinion publique » par des discours officiels accusateurs. Cette parole publique, jugée irresponsable, aurait « délié des mains qui, autrement, n’aurait jamais osé se lever contre la justice de la République ». Le Synamag dresse un constat amer : « Il ne se passe désormais plus un seul jour sans que les magistrats ne fassent l’objet d’une attaque, d’une menace ou d’une tentative de déstabilisation ».
Face à ce qu’il qualifie d’entreprise de discrédit institutionnel, le syndicat interpelle directement le président de la République en sa qualité de président du Conseil supérieur de la magistrature. Le Synamag exige des mesures de sécurité immédiates et propose la tenue d’une réunion de coordination interinstitutionnelle pour redéfinir les limites de chaque corps de l’État. L’organisation prévient toutefois que si ces appels restent sans réponse, elle « se réserve expressément le droit d’entreprendre toute action qu’il jugera utile et nécessaire au rétablissement de l’ordre ».
Cette levée de boucliers sonne comme un ultime rappel à l’ordre pour la sauvegarde de l’État de droit. En appelant ses collègues à ne céder « ni à la peur, ni à la provocation », Landry Abaga Essono rappelle que la justice n’est pas une faveur, mais un droit constitutionnel qui ne saurait plier sous le poids de l’intimidation ou de l’arbitraire.
Vigny Ngami-Tsiba


