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Gabon : révocation d’Eddy Narcisse Minang de la magistrature, pourquoi tant d’agitation ?

Gabon : révocation d'Eddy Narcisse Minang de la magistrature, pourquoi tant d'agitation ?

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le Conseil supérieur de la magistrature a récemment sanctionné une dizaine de magistrats pour de graves manquements aux règles d’éthique et de déontologie. Mais au milieu de cette vague d’assainissement institutionnel, un seul nom monopolise l’espace médiatique avec une agitation suspecte : celui de l’ancien procureur général Eddy Narcisse Minang.

L’instance disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature a le 25 août 2026 rendu son verdict : trois radiations et une suspension d’un an avec privation partielle de traitement ont été prononcées contre de hauts magistrats. Pourtant, au lieu de s’inscrire dans le cadre institutionnel strictement prévu par les textes républicains, la contestation s’est rapidement déportée sur le terrain de la presse. Depuis plusieurs jours, la parution simultanée d’articles attaquant le déroulement de la procédure disciplinaire suscite de nombreuses interrogations. Pour les observateurs de la vie judiciaire, il apparaît difficile de ne pas percevoir l’ombre de l’ancien haut magistrat derrière cette offensive médiatique destinée à prendre l’opinion publique à témoin.

Procédure judiciaire contre prétoire médiatique

Cette effervescence pose une question fondamentale de méthode. Comment concevoir qu’un homme de loi puisse privilégier le bruit des prétoires médiatiques au détriment des voies de recours juridictionnelles ? L’agitation dans les rédactions ne saurait tenir lieu de mémoire en défense, tout comme l’indignation médiatique ne remplacera jamais la rigueur des débats contradictoires devant les instances compétentes.

Les articles parus ces derniers jours axent leur argumentation sur de prétendus vices de forme, présentant la décision comme le fruit d’un traitement d’exception, alors même que les autres magistrats sanctionnés observent une stricte réserve. Si des griefs procéduraux existaient réellement, la démarche républicaine exigerait qu’ils soient portés devant les juridictions habilitées. « Si Eddy Minang estime que la procédure n’a pas été respectée, qu’il utilise les voies de recours prévues à cet effet », rappelle un haut magistrat.

Selon une source proche du Conseil supérieur de la magistrature, l’ancien procureur général aurait été convoqué à deux reprises lors de l’instruction, avant de briller par son absence à l’audience disciplinaire. Cette attitude d’évitement s’était déjà illustrée lors du déplacement du chef de l’État à Oyem où, bien que suspendu, il avait été aperçu à l’aéroport faisant la révérence au président de la République dans une tentative apparente d’obtenir une grâce informelle.

Des griefs financiers d’une gravité inédite

Le nom de l’ancien haut magistrat apparaissait dans deux dossiers aux enjeux particulièrement lourds, consécutifs aux enquêtes administratives ayant motivé sa suspension préalable par le ministre Augustin Emane. Les faits reprochés reposent sur des griefs d’une gravité avérée, principalement d’ordre financier : la gestion controversée de reliquats de sessions criminelles conservés en espèces hors des circuits comptables habituels, des interférences présumées dans des dossiers de gestion de fonds publics et des litiges d’affaires complexes impliquant des partenaires économiques majeurs.

Vers un tournant judiciaire décisif

La session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature, qui se tiendra au cours de ce mois de septembre, n’aura aucun mal à entériner la décision de radiation d’un magistrat ayant fait le choix de la contestation médiatique au lieu d’user des voies de recours idoines.

Cette fuite en avant se heurte au discours de fermeté et d’exemplarité tenu par le président Oligui Nguema, lors de la Fête de la libération. « Dans le Gabon que nous voulons bâtir, l’égalité devant la loi est un principe constitutionnel. Aucun pan de la société ne peut s’y soustraire. Qu’il s’agisse d’un membre du gouvernement, d’un magistrat, d’un avocat, d’un haut responsable civil ou militaire, d’un médecin, d’une sage-femme, d’un agent de l’État ou d’un opérateur économique, chacun doit désormais répondre de ses actes. Le corporatisme ne doit pas prendre le pas sur la responsabilité », a déclaré le chef de l’etat gabonais.

Au regard de cette doctrine d’intransigeance, il va sans dire que les mesures disciplinaires devraient très prochainement céder la place à des poursuites judiciaires, dès lors que les faits reprochés à Eddy Narcisse Minang sont susceptibles de constituer des infractions pénales. La suite du calendrier risque ainsi d’être d’une sévérité bien plus lourde qu’une simple révocation administrative.

Vigny Ngami-Tsiba

 

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