Gabonais de l’étranger : Le spectre de la déchéance pour « désinvolture »
Gabonais de l'étranger : Le spectre de la déchéance pour « désinvolture »

AFRICALEADNEWS – (Gabon) En étendant la surveillance de la nationalité aux comportements de la diaspora naturalisée, l’ordonnance n°004/PR/2026 portant Code de la nationalité gabonaise instaure un climat de suspicion sur les voix de l’exil, un dispositif que le docteur Ali Akbar Onanga Y’Obegue analyse comme une traque de la critique au-delà des frontières.
Si les opposants de l’intérieur sont visés par les mesures de subversion, les Gabonais naturalisés vivant hors du territoire national font désormais l’objet d’une attention particulière de la part du législateur. L’article 68 de la nouvelle ordonnance dispose que l’étranger ayant acquis la nationalité gabonaise, qui se comporte « sur le territoire national ou à l’étranger avec mépris et désinvolture contre l’image, le crédit ou les intérêts du Gabon », peut être déchu de sa nationalité par simple décret présidentiel. Ce mécanisme, totalement inédit dans l’histoire juridique du pays, suscite l’indignation de l’universitaire qui, dans une tribune publiée le 27 mars, y voit une atteinte frontale à la liberté d’expression.
L’imprécision des termes choisis par le gouvernement est au cœur de la critique formulée dans la tribune. Des notions telles que le « mépris », la « désinvolture » ou l’atteinte à « l’image du Gabon » ne constituent pas, selon Ali Akbar Onanga Y’Obegue, des catégories juridiques rigoureuses, mais plutôt des « appréciations subjectives qui varient selon l’humeur du juge » ou les circonstances politiques. Pour le juriste, aucun professionnel sérieux ne peut prédire ce qui tombe ou non dans le champ d’application de cet article, concluant que « c’est précisément ce flou qui constitue sa valeur répressive » pour intimider la diaspora.
La portée extraterritoriale de ce texte est également dénoncée comme une audace remarquable de la part de l’exécutif. Un Gabonais naturalisé vivant à Paris, Dakar ou Rabat, qui participerait à un colloque critique ou signerait une pétition d’opposition, se retrouve potentiellement justiciable d’une déchéance de nationalité prononcée à Libreville. Pour le docteur en droit, la combinaison des articles 64 et 68 crée un « système à deux branches répressives » : l’une agissant contre les contestataires du sol national, l’autre contre ceux de l’exil, verrouillant ainsi toute forme de contradiction citoyenne.
Pourtant, cette offensive législative pourrait se heurter à un obstacle de taille contenu dans le texte lui-même. L’article 12 du nouveau Code reconnaît en effet que les conventions internationales ratifiées par le Gabon « prévalent sur celles de la présente ordonnance ». Or, les engagements internationaux du pays garantissent la protection contre l’apatridie et la liberté d’expression. Ali Akbar Onanga Y’Obegue souligne avec ironie que « le régime s’est, en quelque sorte, lié lui-même », car ces instruments internationaux interdisent les sanctions arbitraires et garantissent le droit à un procès équitable avant toute perte de citoyenneté. Le rayonnement du Gabon à l’international doit-il passer par le silence contraint de ses ressortissants de l’étranger ?
Vigny Ngami-Tsiba


