
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Dans une tribune publié ce 23 juillet, l’ancien ministre et juriste, Ali Akbar Onanga Y’Obegue, analyse le renoncement des autorités gabonaises lors de la signature de l’accord avec Eramet à Paris. Entre les carences du premier cercle présidentiel à Libreville et la méthode cassante de la diplomatie française, il pointe un fiasco politique majeur.
Le protocole signé le 20 juillet à l’Élysée entre le gouvernement et le groupe industriel Eramet passe mal chez certains observateurs. En reportant la promesse de transformation locale du manganèse de 2029 à 2031 et en réduisant le volume cible de 2 millions à 700 000 tonnes par an, l’accord scelle le revirement officiel des autorités gabonaises. Pour l’universitaire Ali Akbar Onanga y’Obegue, si la promesse initiale relevait d’une naïveté technique criante, la façon dont Libreville vient de renier sa parole sous les dorures parisiennes relève du naufrage diplomatique.
Sur le fond industriel, le secrétaire général du parti démocratique gabonais (PDG), tendance Ali Bongo, ne se faisait guère d’illusions. Personne n’ignorait le déficit énergétique national ni la saturation du transgabonais. L’ambition de garder la valeur ajoutée sur le sol national était légitime, mais le calendrier relevait de l’impossible. Le vrai problème se situe donc au niveau du premier cercle du pouvoir. « La question n’est plus de savoir si 2029 était techniquement possible. La question est de comprendre pourquoi une échéance aussi catégorique a été annoncée si ceux qui entouraient le Président savaient qu’elle ne pourrait vraisemblablement pas être respectée », s’interroge le juriste.
Pointant du doigt la responsabilité directe de l’entourage du président Oligui Nguema, Ali Akbar Onanga rappelle que le rôle des collaborateurs n’est pas de flatter la volonté politique, mais de préserver la parole de l’État face aux réalités du terrain. « C’est précisément la raison d’être des conseillers », écrit-il. « Leur première mission n’est pas d’applaudir le Président (…) Elle est de protéger sa parole contre les emballements de la communication, contre les promesses que l’administration ne pourra pas tenir ».
Mais le coup de grâce vient, selon lui, du piège tendu par la diplomatie française. En imposant la signature de cet ajustement en pleine visite d’État, Paris a préféré imposer un rapport de force public plutôt que d’offrir une porte de sortie honorable à son partenaire. « Les grands diplomates savent qu’il existe une différence fondamentale entre convaincre un partenaire de faire évoluer sa position et donner au monde l’impression qu’on l’a contraint à le faire », assène l’enseignant-chercheur, « Paris a préféré la voie qui humilie ».
L’accord est désormais gravé dans le marbre, mais le coût politique s’avère lourd pour les deux parties. En appelant le sommet de l’État à revoir d’urgence sa chaîne de conseil, Ali Akbar Onanga prévient que les montages techniques finissent par s’oublier, mais que les symboles de renoncement marqueront durablement les esprits.
Vigny Ngami-Tsiba



