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Gabon : Clotaire Kondja fait le pompiste quand l’armée assure la livraison, le grand désordre de la distribution du carburant  

Gabon : Clotaire Kondja fait le pompiste quand l'armée assure la livraison, le grand désordre de la distribution du carburant  

AFRICALEADNEWS – (Gabon) En se rendant à la pompe à essence dans les stations-service de Libreville ce 9 octobre pour superviser le ravitaillement d’urgence de la capitale, le ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, a choisi l’immersion spectaculaire devant les caméras. Rejoint par la logistique d’urgence des forces de défense et de sécurité sollicitées pour acheminer les carburants, le membre du gouvernement a tenté d’éteindre la colère des usagers face aux pénuries récurrentes. Cette opération de communication, bien que pensée pour rassurer l’opinion publique, met en lumière un dysfonctionnement managérial profond au sommet de l’État.

Sur le terrain, le ministre s’est appliqué à jouer les chefs d’orchestre de proximité, multipliant les déclarations triomphantes devant des clients et des employés perplexes. Saluant l’action du sommet de l’État, il a rappelé que « le président de la République a mis les moyens de l’armée » pour débloquer la chaîne de distribution de la capitale. Bien décidé à balayer les règles de rationnement instaurées pendant les jours de disette, Clotaire Kondja a martelé auprès des gérants qu’« il n’y a plus de restrictions, tout le monde est servi comme il veut », avant d’ajouter avec un enthousiasme débordant devant les réservoirs ouverts que « le plein c’est le plein ».

Pourtant, derrière cette agitation médiatique et cette mise en scène théâtrale, le recours à l’armée constitue un aveu d’échec retentissant pour le secteur pétrolier gabonais. Voir des camions militaires et des forces de sécurité se substituer aux circuits civils de distribution prouve l’incapacité des autorités à anticiper les tensions sur les stocks de carburant dans un pays pourtant producteur d’hydrocarbures. L’armée accomplit ici un devoir de sauvegarde nationale, mais son intervention met en lumière de façon brutale les carences organisationnelles des entreprises publiques et privées du secteur.

En préférant distribuer des litres d’essence sous les projecteurs plutôt que de bâtir une stratégie industrielle pérenne, le ministre cède à la politique de l’instantanéité et du buzz. Cette présence physique au ras du sol tente de déplacer le débat vers le registre de la sympathie et de l’effort personnel, occultant au passage les vrais sujets que sont l’absence de stocks stratégiques solides et la vétusté de la chaîne d’approvisionnement nationale. Le rôle d’un ministre de la République réside dans la gouvernance et la planification structurelle, non dans l’exécution de tâches opérationnelles dévolues aux agents de terrain.

Lorsque les camions de l’armée regagneront leurs casernes et que les caméras s’éteindront, la capitale se retrouvera à nouveau face à ses vulnérabilités énergétiques. Le spectacle matinal d’un ministre au pistolet à essence ne suffira pas à réformer un système à bout de souffle, laissant les Gabonais dans l’incertitude de la prochaine panne sèche.

Vigny Ngami-Tsiba

Africaleadnews

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