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Gabon : 1 700 milliards de débets, la Cour des comptes entre pédagogie et dérive médiatique

Gabon : 1 700 milliards de débets, la Cour des comptes entre pédagogie et dérive médiatique

 AFRICALEADNEWS – (Gabon) L’annonce est tombée comme un coup de tonnerre dans le milieu des finances publiques : 1 700 milliards de francs CFA de débets et d’amendes accumulés sur environ deux décennies d’exercice. Mais au-delà de ce passif vertigineux, c’est la méthode qui surprend : le Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a entrepris un marathon télévisé inédit, de Gabon 24 à Gabon 1ère, pour expliciter ces arrêts et sommer les comptables incriminés de payer sous peine de prison.

Cette offensive audiovisuelle comporte une incontestable dimension pédagogique et civique. Pour une opinion publique habituée à l’impunité, voir le premier magistrat des finances vulgariser un recueil de 378 pages relève d’une volonté de transparence assumée. « Les Gabonais, au nom desquels nous rendons la justice, doivent pouvoir disposer, avoir accès aux décisions de justice rendues par la Cour des comptes en leur nom. C’est cela, la responsabilité. C’est cela, la République », a-t-il martelé sur le plateau de Gabon 1ère.

De même, l’exercice met en lumière l’incurie du Trésor public. En citant le cas d’un dossier de 1985 où le mis en cause, décédé en 2017, n’avait remboursé que 3 millions sur 30 millions, Alex Euv Moutsiangou pointe l’inaction des services de recouvrement. « Cela veut dire que le Trésor public n’a pas fait le recouvrement nécessaire, n’a pas mis en œuvre toutes les diligences que la loi lui confère », a-t-il expliqué. Un manquement qui prive l’État de deniers précieux : « c’est de l’argent qui peut servir à la construction des écoles, à la construction des hôpitaux ».

Cependant, cette omniprésence médiatique tranche singulièrement avec la réserve de la haute magistrature gabonaise. Ni Gilbert Ngoulakia, ni Vincent Lebondo Le-Mali, ni Alain Christian Iyangui n’avaient habitué le pays à voir un Premier président défiler sur les plateaux, un recueil de sanctions à la main. En règle générale, la juridiction financière « parle par ses arrêts et par ses rapports ». Les communications se font par la publication de documents officiels, par des conférences de presse institutionnelles ou lors de l’audience solennelle de rentrée. Interpellé sur le risque de « faire tomber la République », le juge affirme vouloir plutôt la « restaurer », mais cette théâtralisation risque d’être perçue comme un instrument d’affichage politique.

Si la quête de transparence et la lutte contre la gabegie sont indispensables, la crédibilité d’une cour souveraine ne se mesure ni à l’audience des plateaux de télévision, ni à la sévérité des avertissements lancés face caméra. Elle repose exclusivement sur la rigueur de ses procédures et l’exécution effective de ses décisions. Pour préserver son autorité et prémunir ses arrêts contre tout soupçon d’instrumentalisation, la Cour des comptes gagnera toujours à faire prévaloir la force tranquille du droit sur la séduction des projecteurs.

 

Vigny Ngami-Tsiba

 

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