Gabon : à Port-Gentil, le CSM face à l’intouchabilité d’Édith Mvou Loubamono
Gabon : à Port-Gentil, le CSM face à l'intouchabilité d'Édith Mvou Loubamono

AFRICALEADNEWS – (Gabon) En tenant sa session ordinaire ce 16 septembre à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) fait involontairement de la capitale économique le théâtre d’un test décisif. Cette délocalisation braque à nouveau le projecteur sur le scandale d’extorsion de 100 millions de FCFA qui continue de hanter la ville, un dossier explosif impliquant un agent de la Direction de la contre-ingérence et de la sécurité militaire (B2) et le magistrat Édith Christiane Mvou Loubamono, alors procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Port-Gentil et aujourd’hui en poste à la Cour de cassation.
Le contraste est saisissant avec le conseil de discipline du 25 août dernier. La rigueur s’y était affichée sans retenue : radiation d’Eddy Narcisse Minang pour malversations, et 12 mois de suspension infligés à l’ancien procureur de Libreville, Bruno Obiang Mve, pour vice de procédure en garde à vue. Plus révélateur encore, l’ancienne juge d’instruction Leïla Ayombo Moussa a été radiée suite à une vidéo tournée à son insu par Noureddin Bongo Valentin la montrant en familiarité avec des justiciables, une sanction jugée disproportionnée par de nombreux observateurs.
Comment justifier qu’un manquement d’attitude filmé entraîne une éviction définitive, alors qu’une extorsion de fonds en bande organisée reste impunie ? L’affaire Patrick Yenou, dépouillé de 100 millions de FCFA depuis près de trois ans après une nuit de détention au B2, dénonce ce deux poids, deux mesures. Reçu officiel du B2 en main, dépositions révélant la clé de répartition du magot et plaintes déposées devant le juge d’instruction, le procureur général près la Cour de cassation ainsi que le Secrétariat permanent du CSM n’ont toujours pas suffi à briser l’inertie.
Pourtant, le chef de l’État l’a martelé lors de la fête de la libération : l’égalité devant la loi doit régner et le corporatisme ne saurait plus protéger quiconque. Face à un dossier anormalement gelé dans les arcanes de la justice, la responsabilité se déplace désormais vers le sommet de l’appareil d’État. L’opinion publique s’interroge : les cris de ce citoyen spolié trouveront-ils enfin un écho auprès du garant des institutions ?
Le président de la République doit trancher. En sa qualité de président du CSM, il lui appartient d’instruire sans délai le Secrétariat permanent pour que toute la lumière soit faite et la justice rendue. L’enjeu est capital : consacrer la fin de l’impunité au sommet de la magistrature ou entériner définitivement l’existence d’une caste d’intouchables.
Vigny Ngami-Tsiba



