
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Près de trois ans après le coup d’État qui l’a renversé au lendemain de la présidentielle d’août 2023, Ali Bongo Ondimba sort définitivement de sa réserve. Dans un entretien exclusif accordé le 22 août 2026 à nos confrères d’Info241, l’ancien président gabonais se livre à cœur ouvert sur la fin de ses quatorze années de règne, ses amertumes politiques et les accusations qui visent sa famille.
Réagissant aux spéculations récurrentes sur son incapacité à diriger suite à son accident vasculaire cérébral de 2018, l’ancien chef d’État rejette fermement l’idée d’une régence exercée par ses proches. « Les décisions présidentielles sont restées les miennes à tout moment. Elles n’étaient ni celles de ma femme ni celles de mon fils, mais les miennes », martèle-t-il, rappelant au passage avec amertume qu’« il a fallu des chars de l’armée pour [le] destituer ». Revenant sur le coup de force mené par Brice Clotaire Oligui Nguema, en qui il dit avoir eu « naturellement confiance », il confie avoir choisi de ne pas inciter à la résistance pour préserver la paix : « Alors que ceux qui avaient juré de me protéger avaient choisi une autre voie, je ne voulais pas qu’une seule goutte de sang gabonais soit versée pour moi ».
Au-delà de la perte du pouvoir, l’ex-président exprime une vive blessure personnelle face au sort réservé à son épouse Sylvia et à son fils Noureddin. « Le moment le plus douloureux a été de réaliser que je ne pouvais rien faire pour protéger ceux que j’aimais », avoue-t-il, évoquant le drame subi lors de leur détention séparée. Dénonçant des procédures judiciaires qu’il estime entachées d’irrégularités, il demande que la vérité soit établie dans les prétoires plutôt que par « des manipulations médiatiques ».
Tout en jetant un regard critique sur l’actuelle gouvernance (observant que la vie chère, le chômage des jeunes et la dette « se sont, dans certains cas, aggravés »), Ali Bongo esquisse également une forme de mea culpa inédite. Revenant sur les sanglantes violences postélectorales de 2016, il concède qu’« avec le recul, [il aurait] souhaité davantage de dialogue pour éviter cette escalade », affirmant désormais qu’« aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise ».
Aujourd’hui installé à l’étranger, l’ancien dirigeant ferme définitivement la page des urnes. « Je ne me présenterai plus à des élections. Ce chapitre de ma vie est clos », annonce-t-il. Désormais résolu à passer le flambeau à la tête du Parti démocratique gabonais (PDG) pour former une nouvelle génération de leaders, il conditionne un éventuel retour dans sa patrie au rétablissement complet de garanties de sécurité et de l’État de droit.
Vigny Ngami-Tsiba



