Economie

Frais de scolarité en France : une hausse qui doit profiter au Sénégal

Frais de scolarité en France : une hausse qui doit profiter au Sénégal

AFRICALEADNEWS – (Sénégal) La hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers en France a suscité de vives réactions. Depuis 2019, les droits d’inscription dans les universités publiques sont passés à 2 770 € en licence (environ 1 824 000 FCFA) et 3 770 € en master (environ 2 475 000 FCFA), selon Campus France.

Une augmentation spectaculaire — multipliée par plus de dix , qui bouleverse l’accès aux études pour de nombreux étudiants africains.

À première vue, la mesure semble pénalisante. Mais vue du Sénégal, elle peut aussi être interprétée autrement : comme un signal stratégique.

Car depuis des décennies, la France attire massivement les étudiants sénégalais. Ils sont plus de 15 000 à y poursuivre leurs études, faisant du Sénégal l’un des principaux pays d’origine en Afrique subsaharienne. Cette mobilité, historiquement facilitée par des coûts faibles, a installé une forme de dépendance académique.
Le problème n’est pas le départ. C’est le non-retour. Plusieurs analyses, notamment de l’UNESCO, estiment que 30 % à 50 % des étudiants africains formés à l’étranger ne rentrent pas immédiatement, voire s’installent durablement.

Dans ce contexte, la hausse des frais agit comme un filtre économique. Débourser près de 2 à 2,5 millions FCFA par an, hors coût de la vie, devient un investissement lourd.

Mais cette réalité doit être relativisée à l’échelle internationale.

Car malgré cette hausse, la France reste largement plus accessible que d’autres destinations prisées. Au Canada, les frais pour les étudiants internationaux varient souvent entre 15 000 et 25 000 dollars canadiens par an, soit environ 6,5 à 11 millions FCFA. Au Royaume-Uni, ils se situent généralement entre 10 000 et 20 000 livres sterling, soit environ 8 à 16 millions FCFA par an.

Autrement dit, même après augmentation, étudier en France coûte trois à six fois moins cher que dans ces pays.

La France ne devient donc pas inaccessible, elle cesse simplement d’être une option “évidente” ou “automatique”.

Et c’est précisément là que réside l’opportunité pour le Sénégal.

Car pendant ce temps, l’offre locale se développe. Le pays compte aujourd’hui plus de 250 000 étudiants dans l’enseignement supérieur, avec une diversification des établissements et des filières. Certaines écoles privées proposent des formations entre 100 000 et 280 000 FCFA par mois, soit des coûts annuels comparables, mais avec un impact direct sur l’économie locale.

Dès lors, la question change de nature : il ne s’agit plus seulement de savoir où étudier, mais où investir son avenir. Pourquoi mobiliser plusieurs millions de FCFA chaque année pour une formation à l’étranger, avec un risque de non-retour, quand ces ressources pourraient contribuer à structurer un écosystème académique national plus solide ?

Cela ne signifie pas qu’il faille renoncer à l’international. Les échanges, doubles diplômes et mobilités ciblées doivent au contraire être renforcés. Mais ils doivent s’inscrire dans une logique d’aller-retour.
Évidemment, cette évolution comporte des limites. Elle peut accentuer les inégalités et restreindre l’accès à certaines filières d’excellence.

Mais elle pose surtout une question stratégique :
le Sénégal peut-il continuer à externaliser la formation de ses élites, même à un coût “relativement” abordable ?

En rendant cette externalisation moins évidente, la France envoie un signal. À nous de décider s’il s’agit d’un obstacle… ou d’un levier.

Doudou NDIAYE

Africaleadnews

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