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Soumeylou BOUBÈYE MAÏGA: Une vie consacrée au Mali Par Oussouf DIAGOLA (Confidentiel Afrique)

Soumeylou BOUBÈYE MAÏGA: Une vie consacrée au Mali Par Oussouf DIAGOLA (Confidentiel Afrique)

AFRICALEADNEWS – (Mali) Le 21 mars 2022, le Mali perdait une figure majeure de sa vie politique et intellectuelle : Soumeylou Boubeye Maïga. Journaliste de formation, diplômé du CESTI, homme d’État aguerri, il laisse derrière lui l’image d’un homme de conviction, de rigueur et d’engagement au service de la nation. Le journaliste malien, Oussouf DIAGOLA,  consacre un hommage posthume, que publie Confidentiel Afrique, à ce Grand Commis de la République du Mali et dont le parcours est marqué à la fois par la splendeur et la résilience 

Ce moment de 1989, dans l’effervescence des couloirs du ministère de l’Information, reste gravé comme l’instant d’une passation invisible mais puissante. Jeune bachelier, je venais m’informer du concours d’entrée au Cesti a Dakar. Lorsque mon regard a croisé celui de Soumeylou Boubèye Maïga pour la première fois, ce qui frappait d’emblée, c’était cette intensité calme, un mélange de rigueur intellectuelle et de détermination tranquille. Un homme debout comme un roseau qui jouait avec les vents contraires sans ployer, sans se courber.

En plus de son regard chaleureux, c’est une voix fluette qui me chatouilla l’oreille. “Fais d’abord tes études supérieures pour être un bon journaliste.”

Plus tard, j’ai appris qu’il venait, lui-même, de rentrer de France avec un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de diplomatie et administration des organisations internationales et un diplôme de relations économiques internationales, pour capitaliser ses études de journalisme au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar au Sénégal.

Un journaliste d’une stature internationale doublé de « securocrate » avisé

À l’époque, alors qu’il s’apprêtait à prendre les rênes de la rédaction des Échos, son regard ne se contentait pas d’observer ; il semblait déjà analyser les enjeux d’un Mali en pleine mutation. C’était le regard d’un homme de dossiers, à la fois acéré et pénétrant, qui portait en lui la promesse d’une presse libre et l’autorité naturelle de celui qui allait devenir l’un des stratèges les plus influents du pays. Sans paraître, il était l’âme du premier journal indépendant du pays que venait de créer Alpha Oumar Konaré. Il y plaça son cadet Tiégoum Boubèye Maïga comme rédacteur en chef.

Soumeylou Boubèye Maïga, qui avait cette passion pour l’information et la vérité, fit ses premiers pas dans le journalisme au sein de Sunjata. Très tôt, il comprend que la plume est une arme puissante pour éclairer les consciences et accompagner les transformations sociales. Son passage dans les médias forge chez lui un esprit critique, une grande capacité d’analyse et un sens aigu de la responsabilité.

Un destin politique à la fois flamboyant et résilient

Mais son destin ne s’arrête pas à l’information. Il s’engage rapidement en politique, convaincu que l’action est le prolongement naturel de la réflexion. Au fil des années, il occupe plusieurs postes de premier plan au sein de l’État malien, notamment dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la gouvernance. Partout où il passe, il marque par sa détermination, son sens de l’État et sa volonté de préserver la stabilité du pays dans des contextes souvent complexes.

La deuxième fois que je le rencontrai en 1994, fut furtive mais tout aussi marquante. Le Directeur des services de renseignement qu’il était devenu, m’adressa un petit “felicitations et courage” au sortir du point de presse tenu au Palais de Koulouba par le Président de la république Alpha Oumar Konaré en compagnie de James Wolfensohn, le président de la Banque mondiale qui bouclait une visite dans notre pays frappé par les aléas économiques d’une rare intensité.

J’ai croisé une troisième fois ce même regard dans les couloirs du centre international des conférences de Malabo, en Guinée Équatoriale, en juin 2011, lors du sommet ordinaire de l’Union Africaine au cours duquel, le sort de Kadhafi a été joué. Alors qu’avec la complicité de Boniface Vignon, ancien collègue à Rfi Afrique, l’on attendait le président congolais Denis Sassou Nguesso, pour une réaction, il me semblait que ce regard, tout aussi furtif, était étonné et interrogateur.

Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale qu’il était depuis quelques mois, a marqué la diplomatie malienne par un passage stratégique dans un contexte régional déjà fragilisé par la crise libyenne. Soumeylou Boubèye Maïga a été l’un des premiers à alerter la communauté internationale sur les risques de déstabilisation du Sahel liés à la circulation des armes et des combattants. Fin stratège et fin connaisseur des enjeux de sécurité, il a tenté de redynamiser la coopération sous-régionale et de renforcer les liens avec les partenaires stratégiques pour anticiper la menace sécuritaire au Nord-Mali. Son magistère, bien que de courte durée, a été caractérisé par une activité diplomatique intense visant à repositionner le Mali comme un acteur central de la stabilité saharo-sahélienne avant que le coup d’État de mars 2012 ne vienne interrompre cette dynamique.

J’étais journaliste correspondant ‘Africable Télévision en Europe. Par la force des événements, je fus appelé à Bamako pour coordonner les bureaux de la chaîne panafricaine. Un jour de dimanche, faute de journaliste pour une couverture médiatique de l’Alliance pour la Solidarité au Mali, Convergence des forces patriotiques (ASMA-CFP), le parti qu’il a fini par créer pour marquer son refus des compromissions politiques et politiciennes au sein de l’Adema-Pasj, j’ai dû moi même assurer le reportage. Il a tenu que j’assure aussi le lancement de la rentrée politique de son parti en novembre 2017 a Baguineda.

Homme de dialogue, stratège respecté, Soumeylou Boubeye Maïga était également reconnu pour son courage face aux défis. Même dans l’adversité, il restait fidèle à ses convictions, attaché à l’unité nationale et au progrès du Mali. Son parcours illustre celui d’un patriote qui n’a jamais cessé de croire en son pays, malgré les turbulences.

Sa disparition en détention le 21 mars 2022 a profondément marqué les consciences. Elle rappelle avec force la fragilité de la vie, mais aussi l’importance de préserver les valeurs de justice, de dignité et d’humanité.

Aujourd’hui, rendre hommage à Soumeylou Boubeye Maïga, c’est saluer une vie consacrée au service public, c’est reconnaître l’héritage d’un homme qui a contribué, à sa manière, à écrire une page de l’histoire du Mali. Son parcours demeure une source d’inspiration pour les générations présentes et futures : celle de servir avec intégrité, de penser avec lucidité et d’agir avec courage.

Que sa mémoire reste vivante dans le cœur des Maliens. Qu’elle continue d’inspirer ceux qui aspirent à bâtir un Mali plus juste, plus fort et plus uni avec la conviction ferme que “la force du changement est en chacun de nous”, comme il aimait à le dire.

Oussouf DIAGOLA, Journaliste et Correspondant Permanent de Confidentiel Afrique à Paris et Bamako 

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