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Gabon : l’affaire Lanlaire et le piège de l’«indignation sélective», selon l’écrivaine Mam Kumb

Gabon : l’affaire Lanlaire et le piège de l’«indignation sélective», selon l’écrivaine Mam Kumb

AFRICALEADNEWS – (Gabon) La virulente sortie sur les réseaux sociaux de l’activiste Landry Mbeng, alias Lanlaire, proférant des injures à l’encontre de la mère et de l’épouse du président Oligui Nguema, a provoqué une vague de condamnations unanimes au Gabon, allant des personnalités politiques au gouvernement.

Alors que la justice a été saisie et que l’opinion s’insurge contre la profanation de la figure sacrée de la femme, l’écrivaine Mam Kumb (Irina Koumba) a publié le 12 août une tribune pour recadrer le débat, interrogeant les fondements d’un scandale qu’elle juge à géométrie variable.

Face au déferlement de réactions indignées à travers le pays, la femme de lettres refuse de céder à l’émotion générale et interroge directement les ressorts de cette polémique. « Lorsque les Gabonais s’offusquent aujourd’hui des insultes visant la mère et l’épouse du Président, de quoi s’offusquent-ils exactement ? De l’injure faite à une femme ? Ou du fait que cette femme soit rattachée à l’homme qui détient le pouvoir ? », s’interroge Irina Koumba, soulignant que « le véritable sujet est là : le corps des femmes est politique ». Une grille de lecture qui remet à plat l’émotion populaire en opposant la défense de la dignité humaine au simple réflexe de protection des symboles du pouvoir.

Pour l’auteure, la violence verbale ciblant l’anatomie et la maternité est un mal profondément ancré dans le quotidien des Gabonaises, bien au-delà des sphères du pouvoir. « Le « C. de ta Mère » n’est malheureusement pas né sous la Ve République », rappelle-t-elle, avant d’ajouter que « des Gabonaises anonymes se font quotidiennement traiter de putes, de chiennes et de toutes les déclinaisons possibles de leur anatomie ». Elle met ainsi en lumière une schizophrénie sociale où la sacralisation de la mère côtoie le mépris banal des femmes ordinaires. « Notre société entretient une contradiction spectaculaire : elle sacralise la mère tout en maltraitant la femme », analyse-t-elle avec sévérité.

L’urgence d’un respect inconditionnel

Passant en revue les maux occultés au profit du « buzz », l’écrivaine égrène les violences systémiques, du harcèlement sexuel dans les administrations aux féminicides restés dans l’ombre. « Si le corps de la mère était réellement sacré, nous garantirions d’abord sa sécurité dans l’espace public », martèle Mam Kumb. Tout en condamnant sans ambiguïté les dérapages de l’activiste, elle interpelle la conscience collective sur la valeur intrinsèque de chaque citoyenne. « Une mère n’est pas respectable parce qu’elle est la mère d’un Président », affirme-t-elle, insistant sur le fait qu’« une femme est respectable parce qu’elle est un être humain ».

En repositionnant l’humain au-dessus des titres et de la politique, Mam Kumb livre un plaidoyer direct pour une réelle restauration de la dignité féminine au Gabon, loin de tout calcul opportuniste. « Car tant que notre indignation dépendra du nom de l’homme auquel une femme est rattachée, nous ne respecterons pas véritablement les femmes », conclut l’écrivaine, rappelant que la mesure d’une République ne se vérifie pas lorsqu’elle protège la mère d’un puissant, mais lorsqu’elle protège la mère de personne.

Vigny Ngami-Tsiba

Africaleadnews

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