Gabon : l’écrivain Janis Otsiemi interpelle Emmanuel Macron avant sa rencontre avec Brice Oligui Nguema
Gabon : l’écrivain Janis Otsiemi interpelle Emmanuel Macron avant sa rencontre avec Brice Oligui Nguema

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Publiée dans « Le Monde » quelques heures avant que le président gabonais Brice Oligui Nguema ne foule le sol français ce 19 juillet 2026 – où il a été accueilli à sa descente d’avion par la ministre de la Culture Catherine Pégard –, la lettre ouverte de l’écrivain Janis Otsiémi devance le tête-à-tête crucial prévu ce 20 juillet à l’Élysée. Le romancier y brise l’unanimisme autour du pouvoir de Libreville pour dénoncer le recul des libertés fondamentales et mettre Emmanuel Macron face aux contradictions d’une diplomatie accusée d’aveuglement.
L’écrivain fustige une diplomatie française qui semble privilégier le pragmatisme commercial aux dépens des principes démocratiques essentiels. « La prééminence des intérêts économiques de votre pays vous a aveuglé sur la situation des Droits de l’Homme et de la liberté d’expression dans notre pays », soutient Janis Otsiémi. Pour l’auteur, qui vit et travaille à Libreville, le climat politique national s’est considérablement détérioré. « La liberté d’expression est en régression chaque jour comme peau de chagrin dans notre pays par l’instauration d’un climat de peur et d’intimidation visant à faire taire toutes voix critiques », affirme-t-il.
Pour étayer son propos, la lettre ouverte égraine les violations des droits fondamentaux : coupure des réseaux sociaux, incarcérations de syndicalistes, de journalistes et d’opposants. Le texte s’arrête longuement sur le cas d’Alain-Claude Billie-By-Nze, ancien Premier ministre arrêté en avril 2026. « La détention de M. Alain-Claude Billie-By-Nze depuis le 15 avril 2026 à la prison centrale de Libreville est une prise d’otage », tranche sans détour l’écrivain.
Brice Oligui Nguema invoquait récemment la séparation des pouvoirs pour justifier cette arrestation, mais l’analyse du terrain institutionnel dément cette ligne de défense. « Nous, les justiciables gabonais, nous le constatons chaque jour : notre justice est une simple autorité judiciaire aux ordres, et non un pouvoir », souligne le citoyen engagé.
Cette interpellation publique, orchestrée juste avant l’arrivée du cortège gabonais à Paris, percute de plein fouet l’agenda de l’Elysée. L’accueil officiel sur le tarmac cède désormais la place au tête-à-tête politique de ce 20 juillet, où Emmanuel Macron se retrouve dans une position inconfortable. Pour préserver la crédibilité de la parole française, Paris se voit poussé à user de son influence pour inciter Libreville à un assouplissement politique. L’impact de ce texte se mesurera à la capacité de la diplomatie française à aborder, même en coulisses, certaines situations évoquées par le maître du polar gabonais, sous peine de valider le sentiment d’une complicité passive dictée par les seuls intérêts marchands.
Vigny Ngami-Tsiba



