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Décisionnel climat au Sénégal : Briser la « parité de façade » pour libérer le pouvoir d’agir des femmes

Décisionnel climat au Sénégal : Briser la « parité de façade » pour libérer le pouvoir d'agir des femmes

AFRICALEADNEWS – (Sénégal) Après deux ans et demi d’une recherche participative menée au plus près des réalités locales, l’ONG panafricaine Natural Justice publie une étude inédite sur la participation des femmes aux décisions environnementales au Sénégal. Derrière les chiffres de la parité légale se cache une réalité sociale beaucoup plus complexe, marquée par ce que l’organisation nomme « l’habitus patriarcal » et le poids invisible du travail domestique.

À l’occasion de la publication des résultats de cette étude entamée début 2024,  Madame Dia, Sokhna Dié Ka, directrice de Natural Justice pour l’Afrique de l’Ouest francophone, a dressé un bilan sans concession des barrières qui entravent l’action citoyenne des femmes dans les zones de Cayor-Barnier, Toubakouta et Sokone.

Ce partage marque le lancement d’une grande campagne nationale de plaidoyer visant à sensibiliser les décideurs publics et les autorités coutumières pour un réel renforcement des capacités juridiques et politiques des femmes sur le terrain.

Des chiffres qui révèlent une parité en trompe-l’œil

Si la loi sénégalaise sur la parité absolue garantit une égalité théorique de 50-50 sur les listes électorales des mairies, la réalité dans les instances de gouvernance de l’environnement et des ressources naturelles s’avère bien différente.

L’étude révèle que dans les instances décisionnelles clés — mairies, comités de gestion des Aires Marines Protégées (AMP), comités de pêche locale ou structures de gestion des forêts (Asyphores) — le taux de participation réelle des femmes plafonne entre 29 % et 41 %.

« On a un certain niveau de présence dans les mairies parce que tout simplement la loi les y contraint. Mais ce n’est pas forcément une dynamique sociale ancrée, acceptée, ou un changement de comportement et de paradigme au niveau de ces localités. » — Janyce Nadiéka, Directrice de Natural Justice Afrique de l’Ouest Francophone

Les deux grands verrous identifiés par l’étude

Pourquoi les femmes peinent-elles à s’imposer dans ces espaces de décision alors qu’elles sont les premières impactées par les dérèglements climatiques ? L’étude met en évidence deux barrières majeures :

  1. L’habitus patriarcal : Un concept qui désigne l’intériorisation inconsciente et profonde, par les femmes elles-mêmes comme par les hommes, de rôles sociaux traditionnels qui relèguent les femmes au second plan dès qu’il s’agit d’exercer une autorité publique ou de prendre des décisions d’intérêt général.

  2. Le poids du travail domestique non rémunéré : Les soins aux proches, la cuisine, la gestion du foyer et l’approvisionnement quotidien absorbent la quasi-totalité du temps des femmes. Faute de temps disponible, l’engagement citoyen et environnemental passe inévitablement au second plan.

Le droit comme outil d’émancipation et de plaidoyer

Fidèle à sa vocation d’organisation juridique de défense des droits humains et environnementaux, Natural Justice mise sur la maîtrise de la règle de droit pour inverser la tendance.

La campagne nationale lancée dans la foulée de l’étude s’articulera autour de la formation des actrices locales au plaidoyer, à la communication et à la compréhension approfondie des concepts de genre et de justice climatique. L’objectif est clair : donner aux communautés les outils juridiques pour qu’elles deviennent elles-mêmes les artisanes du changement face aux décideurs publics et coutumiers.

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