
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le taux national de réussite de 97,74 % au Certificat d’études primaires (CEP) 2026 suscite une vive polémique au Gabon, avec des pointes à plus de 99 % dans le Moyen-Ogooué, l’Ogooué-Maritime et l’Ogooué-Lolo. Si la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, s’en félicite, l’opposition et de nombreux observateurs s’interrogent sur la crédibilité de ces chiffres après une année scolaire tronquée par les grèves et la baisse des volumes horaires. Lionel Giovanni Boulingui, porte-parole d’Ensemble pour le Gabon (EPG), a fustigé ce décalage en affirmant que « le ministère préfère maquiller le désastre avec des statistiques triomphalistes ».
Pour le porte-parole d’EPG, ces pourcentages exceptionnels masquent un niveau scolaire qui s’effondre sous l’effet des débrayages. Il accuse Camélia Ntoutoume Leclercq d’esquiver la crise profonde qui paralyse l’école publique depuis la rentrée. « Neuf mois d’école perdus. Neuf mois d’avenir confisqués. Et le ministre ose brandir des taux de réussite comme un trophée », s’insurge-t-il, refusant de voir les lacunes des élèves transformées en victoire politique par la chef du département.
Des statistiques records sur fond de grèves chroniques
L’acteur politique pointe du doigt les manquements d’une gestion qui exige des bilans parfaits sans investir dans les structures de base. Lionel Giovanni Boulingui rappelle que la ministre reste sourde aux enseignants qui réclament des conditions dignes face aux classes pléthoriques, alors même que « le manque d’enseignants devient la norme ». Selon lui, les résultats records validés par la tutelle relèvent d’un pur artifice. « C’est la politique du camouflage : quand on ne peut pas relever le niveau, on relève les pourcentages. Quand on ne peut pas réformer l’école, on met en scène des chiffres. Quand on ne peut pas offrir un avenir à une génération, on soigne son image », affirme-t-il.
Cette course effrénée aux statistiques flatteuses menée par Camélia Ntoutoume Leclercq menace directement la valeur réelle des diplômes nationaux, créant une illusion de savoir préjudiciable pour le pays. Le porte-parole avertit que la propagande ministérielle ne pourra jamais remplacer la formation effective des cadres de demain. « À force de transformer les examens en outil de propagande, on finit par croire que des pourcentages remplacent le savoir. Mais un taux de réussite ne construit ni une intelligence, ni une compétence, ni une nation », insiste-t-il, appelant à un sursaut face au déclin de l’enseignement.
L’illusion de la réussite au détriment de l’avenir
Le diagnostic établi reste sans concession : le quotidien des établissements contredit fermement les tableaux d’excellence publiés par l’administration. « Le véritable bilan ne se lit pas dans un communiqué de presse », martèle le cadre d’EPG, ciblant directement les opérations médiatiques de la ministre alors que la détresse se vit « dans les salles de classe surchargées, dans les enseignants épuisés, dans les élèves abandonnés à un système qui préfère fabriquer une illusion de réussite plutôt qu’une réussite réelle ». Pour lui, la jeunesse est sacrifiée sur l’autel du paraître : « L’école est devenue le décor d’une opération de communication permanente. Les enfants, eux, en sont les figurants ».
Lionel Giovanni Boulingui estime que ce pilotage à vue compromet gravement l’avenir du pays. « Si gouverner consiste à transformer un échec en victoire par la magie des statistiques, alors ce ministère n’administre plus l’éducation : il administre les apparences », assène-t-il. Dans un Gabon où l’éducation demeure un sujet explosif, l’acteur politique prévient que cette stratégie court-termiste porte préjudice aux générations futures. « Lorsqu’on gouverne par les apparences et le hasard, on ne prépare pas l’avenir d’un peuple ; on prépare seulement la prochaine campagne politique. », conclut-il.
Vigny Ngami-Tsiba



