
AFRICALEADNEWS – (Sénégal) Le centenaire de Abdoulaye Wade agit comme un révélateur. En lui accordant son haut patronage, Bassirou Diomaye Faye ne pose pas seulement un acte protocolaire : il inscrit son geste dans une continuité historique où, au-delà des clivages, certaines figures finissent par s’imposer comme patrimoine commun.
Les faits sont là. Le 25 mars 2012, au soir du second tour de la présidentielle, Wade reconnaît sa défaite face à Macky Sall et l’appelle pour le féliciter. Dans sa déclaration, il affirme : « J’ai appelé Macky Sall pour le féliciter et lui souhaiter bonne chance ». Quelques heures plus tard, Macky Sall lui rend hommage en déclarant : « Je salue l’élégance et la hauteur du président Abdoulaye Wade ». Dans un contexte de tensions extrêmes, ce double geste est unanimement salué, au Sénégal comme à l’international, comme un moment de maturité démocratique.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En mars 2000 déjà, au lendemain de sa propre victoire face à Abdou Diouf, Wade avait lui-même tenu des propos marquants : « Je rends hommage au président Abdou Diouf pour son esprit républicain ». Cette continuité dans le respect institutionnel montre que les alternances, même disputées, n’ont jamais rompu le fil du dialogue républicain.
Les relations entre Wade et Idrissa Seck illustrent encore davantage cette dialectique entre confrontation et reconnaissance. Après leur rupture brutale en 2004, suivie de l’arrestation de Seck en juillet de la même année dans l’affaire des chantiers de Thiès, les deux hommes ont incarné une rivalité politique majeure. Pourtant, des années plus tard, Idrissa Seck reconnaîtra publiquement le rôle de Wade dans l’alternance de 2000, le décrivant comme un acteur central de cette rupture historique. En 2020, lors de son rapprochement avec le pouvoir, il évoque encore « l’héritage politique structurant » de cette période.
Du côté de l’opposition plus récente, Ousmane Sonko a lui aussi reconnu, dans plusieurs interventions entre 2018 et 2021, que l’alternance portée par Wade constituait « une avancée démocratique majeure », même s’il en critique par ailleurs certains prolongements. Cette nuance est essentielle : elle montre qu’il est possible de contester sans effacer.
Même les moments de forte crispation, comme la crise du Mouvement du 23 juin 2011, n’ont pas empêché cette reconnaissance a posteriori. Ce mouvement, né contre une réforme constitutionnelle perçue comme controversée, a mobilisé une large partie de la société sénégalaise. Pourtant, dix ans plus tard, il est souvent relu comme un épisode ayant, paradoxalement, renforcé la vigilance démocratique et la culture citoyenne du pays.
Ce qui se dessine, au fil de ces séquences, c’est une constante : au Sénégal, les adversités sont réelles, parfois dures, mais elles ne sont jamais totalement irréversibles. Les trajectoires politiques se croisent, se heurtent, puis se redéfinissent. Et, avec le temps, les figures majeures finissent par dépasser les clivages qui les ont pourtant façonnées.
Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer un acteur politique de premier plan refuser d’être associé, d’une manière ou d’une autre, à la célébration du centenaire de Wade. Non par alignement opportuniste, mais parce que son rôle dans l’histoire nationale est devenu indiscutable.
La leçon est limpide : en politique comme dans le social, les adversités doivent rester circonstancielles, jamais existentielles. Dans une société où les liens de parenté ( proches ou lointains ) structurent profondément les rapports humains, transformer un adversaire en ennemi absolu revient à fragiliser le socle même du vivre-ensemble.
Le parcours de Wade nous impose ainsi une exigence : penser le temps long. Car ce que nous disons et faisons aujourd’hui sera relu demain, souvent avec plus de recul et parfois par ceux-là mêmes que nous affrontions.
Au bout du compte, les querelles passent. Mais la trace, elle, demeure: nous sommes tous Sénégalais, et c’est indélébile!


