
AFRICALEADNEWS – (Gabon) La municipalité de Port-Gentil, capitale économique du Gabon, se trouve à la croisée des chemins alors qu’un audit interne révèle l’ampleur des dérives administratives qui plombent ses finances. Entre recrutements clientélistes et sureffectifs, le maire Pascal Houangni Ambouroue tente une opération de régularisation qui sonne comme un test de courage politique.
La situation financière de la mairie de Port-Gentil est alarmante, avec plus de 60 % du budget annuel littéralement englouti par les charges salariales. Ce déséquilibre structurel est le fruit de plusieurs années de recrutements opérés à la tête du client et au gré des relations, souvent sans aucun lien avec les besoins réels de l’institution en matière de ressources humaines. Pour assainir cette gestion, Pascal Houangni Ambouroue s’appuie sur une mission d’audit interne qui a révélé certaines incohérences administratives au sein de l’appareil communal.
Le constat sur le terrain est accablant : de nombreux agents perçoivent une rémunération sans disposer d’un espace de travail, se retrouvant ainsi payés à ne rien faire. Ce système, entretenu par des recrutements dans des conditions opaques, voire parfois monnayés, a créé une administration pléthorique et inefficace. Pour tenter de stopper l’hémorragie, l’édile a annoncé que « 507 agents passeront à la Commission administrative et paritaire (CAP) pour analyse de dossiers non déposés », précisant que « ce personnel fait l’objet d’une rémunération dont les critères sont inexistants du fait d’une absence de cadre normatif ».
La question qui brûle toutes les lèvres dans la cité pétrolière est de savoir si l’actuel maire, originaire de la contrée, aura la fermeté nécessaire pour aller au bout de cette réforme. Le défi est immense, car les recrutements obéissent souvent à des critères communautaires où l’on privilégie les parents ou les membres de sa propre lignée. Avant lui, le général Rizogo, délégué spécial pendant la transition, s’était cassé les dents sur ce dossier complexe. Malgré son étoffe de militaire, il n’avait pu mener à bien l’assainissement de peur de créer des mécontents au sein de la communauté.
En choisissant la voie de la Commission administrative, Pascal Houangni Ambouroue tente une approche formelle. « Pour des raisons de confidentialité », explique l’édile, « un courrier leur sera envoyé définissant l’heure, la date, et le lieu de leur présentation à ladite Commission ». Conscient du caractère explosif de la mesure, le premier magistrat tente de responsabiliser les agents en affirmant : « J’en appelle à la responsabilité des uns et des autres ».
Reste à savoir si cette procédure débouchera sur de véritables licenciements ou si elle ne sera qu’une énième tentative de recensement sans conséquences, laissant la mairie de Port-Gentil prisonnière de ses pesanteurs sociologiques.
Vigny Ngami-Tsiba



