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Seule la diplomatie peut mettre fin à la menace nucléaire iranienne

Seule la diplomatie peut mettre fin à la menace nucléaire iranienne

Par Charles A. Kupchan

WASHINGTON, DC – Ni le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ni le président américain Donald Trump ne sont connus pour leur prudence et leur tempérance sur la scène internationale. Tous deux se laissent régulièrement aller à des élans imprudents, et abordent l’exercice du pouvoir comme une question d’opportunisme politique. La campagne militaire qu’ils ont conjointement lancée contre l’Iran n’en demeure pas moins à la fois réfléchie et raisonnable. Israël était fondé à s’attaquer aux installations nucléaires iraniennes, et les États-Unis ont eu raison de se joindre au combat, en utilisant leurs bombes anti-bunker pour frapper Fordo (site iranien d’enrichissement d’uranium, profondément enfoui) ainsi que deux autres installations nucléaires.

Pour autant, maintenant qu’Israël et les États-Unis ont démontré leur écrasante puissance militaire, il leur faut axer leurs efforts sur un dénouement diplomatique, pas militaire. Les frappes aériennes ont beau permettre la destruction des sites nucléaires iraniens existants, elles incitent d’un autre côté encore davantage l’Iran à reconstruire ces sites pour se doter d’une force de dissuasion nucléaire. Il est par conséquent nécessaire qu’Israël et les États-Unis usent de cette campagne militaire conjointe comme d’un outil de diplomatie coercitive. L’action militaire doit aboutir à un accord à la table des négociations, afin que puisse être neutralisée définitivement la menace que fait peser l’Iran sur Israël et la région.

Avant le début de la campagne militaire israélienne, le 13 juin, l’Iran avait accumulé de l’uranium de qualité quasi-militaire. Au mois de mai, l’Agence internationale de l’énergie atomique avait déterminé que le site de Fordo pourrait techniquement en seulement trois semaines transformer le stock existant en une quantité d’uranium de qualité militaire suffisante pour concevoir neuf bombes nucléaires. L’Iran aurait certes eu besoin d’un temps supplémentaire pour parvenir à maîtriser le processus de fabrication de telles armes, mais le fait que l’uranium hautement enrichi ne présente aucune utilité civile – associé aux preuves d’efforts fournis par le passé par l’Iran pour concevoir une arme atomique – justifiait de passer du stade de l’inquiétude profonde à celui de l’intervention militaire.

Avant les premières frappes israéliennes sur l’Iran, cette vive inquiétude avait conduit les administrations Biden et Trump à tenter de neutraliser la menace nucléaire iranienne à la table des négociations. La République islamique a malheureusement refusé de conclure un accord.

L’Iran n’a par ailleurs pas dissimulé ses intentions stratégiques malveillantes, consacrant des années au renforcement de son armée, appelant ouvertement à l’anéantissement d’Israël, tout en soutenant activement le Hamas, le Hezbollah et plusieurs autres groupes extrémistes. Les propres capacités militaires de l’Iran, comme celles de ses proxys, constituent une menace directe et active pour les intérêts des États-Unis dans la région – bases et troupes américaines, commerce maritime international, flux pétroliers et gaziers, et sécurité des partenaires de l’Amérique dans le Golfe. Dans ces conditions, il aurait été très imprudent de rester les bras croisés face à l’avancée du programme nucléaire iranien.

Malgré ces raisons légitimes pour Israël et les États-Unis de détruire les installations nucléaires iraniennes, la force militaire ne suffira pas à faire émerger une solution durable. Il est possible que le programme nucléaire iranien n’ait été que partiellement endommagé, et même s’il a été considérablement retardé, il peut encore être reconstruit, potentiellement de manière plus invisible. Par ailleurs, si l’Iran n’entrevoit aucune porte de sortie, et si son régime théocratique craint pour sa survie, il cherchera probablement par désespoir à étendre les hostilités, ce qui pourrait conduire à un conflit à l’échelle de la région.

Maintenant que les États-Unis sont entrés en guerre, il leur faut tenter à nouveau de parvenir à une issue diplomatique. L’Iran aurait tout intérêt à conclure un accord, et à accepter des contraintes strictes sur son programme nucléaire, ainsi que des inspections intrusives. Les proxys régionaux de l’Iran sont aujourd’hui décimés. Son propre leadership militaire et ses infrastructures en la matière subissent des attaques foudroyantes. Israël et les États-Unis contrôlant l’espace aérien du pays, la capacité de l’Iran à riposter s’amenuisera de jour en jour. Autrement dit, l’Iran n’a quasiment plus aucune carte à jouer, ce qui fait de la période actuelle le moment pour lui de tenter d’obtenir des concessions à la table des négociations.

Trump a lui aussi tout intérêt à renouer avec la diplomatie. Bien qu’il ait décidé d’entrer en guerre, le président américain est confronté à une forte opposition de la part des nombreux néo-isolationnistes qui constituent son électorat. Même si Israël entend poursuivre sa campagne militaire (potentiellement dans le but de renverser le régime iranien), un nouvel enlisement au Moyen-Orient n’est pas souhaitable pour Trump, dont l’approche consiste à exposer sa force pour ensuite briller en tant que faiseur de paix au Moyen-Orient.

Bien que l’objectif du changement de régime puisse sembler tentant, faire tomber la République islamique par la force constituerait une erreur fondamentale. Il est impossible de prédire quel type de gouvernement suivrait, sans parler du contrôle des retombées régionales qui pourraient accompagner un chaos politique en Iran. Compte tenu de l’instabilité de la zone environnante, un effondrement du régime en Iran pourrait aisément provoquer des violences sectaires et ethniques dans une grande partie de la région.

Les États-Unis l’ont appris à leurs dépens par le passé. Leurs interventions en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie ont coûté plusieurs milliers de milliards de dollars, sans véritablement produire de résultats positifs. Quoi qu’il advienne en Iran, une chose est sûre : Trump ne doit pas s’engager, et ne s’engagera pas, dans la construction de quelque nation que ce soit. Si l’Iran s’effondre, l’administration Trump ne viendra certainement pas au secours du pays.

Certes, la majeure partie de la population iranienne en a assez de ce gouvernement théocratique, qui a présidé à l’effondrement de l’économie, à l’oppression sociale, ainsi qu’à la répression violente des manifestations et de la dissidence. Il n’en demeure pas moins que la guerre actuelle a rassemblé les Iraniens derrière leur bannière, et que l’appareil sécuritaire brutal du régime parvient à maintenir celui-ci intact, du moins pour l’heure.

Après quasiment un demi-siècle d’existence, le régime pourrait toucher bientôt à sa fin. Si celui-ci s’effondre, le changement devra néanmoins venir de l’intérieur, pas être imposé de l’extérieur. Le meilleur moyen de faciliter la concrétisation de cet objectif consiste à mettre un terme à la guerre à la table des négociations. Il appartiendrait alors aux citoyens iraniens de se débarrasser d’un pouvoir qui a échoué sur tous les fronts. Ce dénouement – qui n’est absolument pas certain – pourrait aboutir à l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement modéré, propice à cette plus large paix régionale dont Trump est si impatient de s’attribuer le mérite.

Charles A. Kupchan est professeur d’affaires internationales à l’Université de Georgetown, et chercheur principal au Conseil pour les relations internationales.

Copyright: Project Syndicate, 2025.
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