Cérémonie de remise de diplômes à la 19e promotion des magistrats
Cérémonie de remise de diplômes à la 19e promotion des magistrats

Africaleadnews -(Dakar) La cérémonie de remise de diplômes à la 19e promotion des magistrats a eu lieu ce vendredi au Palais de la République. Africaleadnews vous propose l’intégralité du discours de Monsieur le Directeur généra du Centre de Formation Judiciaire, Souleymane Téliko.
Son excellence Monsieur le Président de la République
Monsieur le Président de la République,
« La formation du magistrat est le socle sur lequel repose l’édifice de la justice » disait le Professeur Kéba Mbaye dans son ouvrage « Les droits de l’homme en Afrique ».
Aussi est-ce avec une immense fierté et un profond honneur que je prends la parole aujourd’hui devant vous, à l’occasion de cette cérémonie qui marque l’aboutissement du parcours exigeant de la promotion 2022-2024 du Centre de Formation Judiciaire. Cette 19e promotion est composée de 35 jeunes magistrats, désormais prêts à assumer les lourdes responsabilités qui leur incombent au service de notre nation et de l’idéal de justice.
Ces récipiendaires ont suivi avec succès une formation théorique et pratique de deux années au terme de laquelle ils ont été déclarés aptes à exercer la fonction de magistrat par le jury d’examen de fin d’études présidé par notre éminent collègue, Monsieur Abdoulaye Ba, Premier président de la Cour d’appel de Dakar.
Cette cérémonie revêt à nos yeux deux significations majeures.
D’abord, elle marque le retour d’une tradition républicaine interrompue depuis 2019, témoignant ainsi de la considération portée aux acteurs de la justice.
Ensuite, cette cérémonie reflète la place primordiale qu’occupe la Justice dans notre pays. En effet, la décision récente de procéder au recrutement de 35 auditeurs de justice et de 45 greffiers, intervenue quelques mois après la tenue des Assises de la justice, démontre que sous votre magistère, la Justice n’est pas une charge différée, mais bien une priorité assumée et qu’elle est considérée, pour reprendre la belle formule du penseur Portalis comme « la première dette de la souveraineté ».
Je tiens à exprimer, en mon nom propre, au nom des membres du Conseil d’Administration et du personnel du Centre de Formation Judiciaire, ainsi qu’au nom de tous les chefs de Cour et acteurs de la justice, nos sincères remerciements pour votre soutien indéfectible.
Qu’Allah le Tout-Puissant continue à vous guider dans la consolidation et l’amélioration des acquis de l’institution judiciaire dont le rôle est si capital pour l’avenir de notre nation.
Mes remerciements vont, également, à l’endroit de Monsieur le Premier Ministre qui ne ménage aucun effort pour nous apporter aide et assistance à la réussite de notre mission.
Monsieur le ministre de la justice,
En ma qualité de Directeur général du Centre de Formation Judiciaire, je tiens à vous exprimer ma profonde gratitude pour le soutien précieux que vous apportez à notre établissement. Votre sens de l’écoute et votre engagement constant constituent des atouts inestimables pour le renforcement et l’amélioration de nos acquis. Soyez-en sincèrement remercié.
Nous tenons également à saluer, en cette occasion, l’appui constant de l’ensemble des autorités judiciaires du pays, dont l’engagement contribue à l’essor et à l’efficacité de notre institution.
Monsieur le Doyen Ousmane Camara,
Votre désignation comme parrain de cette promotion par le Président de la République n’est pas fortuite. C’est la consécration du juste mérite, tant vous incarnez le modèle de probité et de droiture à offrir aux ceux qui commencent leur carrière. Votre sens aigu de la justice, votre attachement indéfectible aux principes d’éthique et de déontologie font de votre parcours une source d’inspiration pour ces jeunes magistrats.
Dans un de nos entretiens, vous me disiez tout récemment, avec le sens de la formule qu’on vous connaît, que « la fonction ne doit jamais primer sur la conscience ». Cette maxime en dit long sur les valeurs qui vous habitent et qui vous valent aujourd’hui, d’être une légende vivante. Votre parcours et votre présence ici aujourd’hui, sont la preuve vivante que pour accéder aux honneurs de la République, il n’est point besoin de perdre le sens de l’honneur.
Monsieur le Président de la République,
Vous avez choisi comme thème de réflexion « les défis de la gestion de l’ordre public à l’aune du numérique ».
Ce thème, d’une brûlante actualité, nous interpelle sur des enjeux contemporains majeurs et nous plonge dans une introspection sur l’impact du développement fulgurant du numérique sur notre mode de vie et les exigences d’adaptation qui s’imposent à nous.
Rarement en effet, phénomène n’aura autant bousculé nos codes de conduite, nos modes de travail et nos systèmes de gouvernance.
De l’économie à l’environnement, du social au judiciaire, il n’est pas un seul domaine d’activité qui échappe à ce qu’il est convenu d’appeler « l’invasion du numérique ».
Victor Hugo disait avec pertinence que « on peut résister à l’invasion d’une armée mais on ne résiste pas à l’invasion des idées ».
Il est d’autant plus inapproprié de chercher à résister à cette invasion que le développement du numérique constitue avant tout, un atout.
En effet, symbole d’avancées technologiques et porteur de belles promesses de progrès autant économique que démocratique, le développement du numérique favorise l’exercice des libertés de pensée, d’expression et d’entreprise. En élargissant le périmètre et l’horizon des libertés, l’espace numérique constitue, incontestablement, un catalyseur du système démocratique et un vecteur du développement économique.
Toutefois, il n’en est pas moins porteur de risques d’atteintes à l’ordre public. Le cyberespace est, en effet, devenu un haut-lieu de délinquance comme en attestent la récurrence des cyberattaques et la diffusion de contenus aussi illicites que séditieux, qui compromettent la sécurité publique. Des actes délictuels, de prime abord isolés et sans grande portée, revêtent par la magie du net, une dimension nationale voire mondiale qui leur confère une gravité, à nulle autre pareille, préjudiciable à la sécurité publique.
L’effet amplificateur du cyberespace a fini de placer la délinquance numérique au rang des premières menaces à la sécurité publique. La régulation de l’espace numérique, devenue une nécessité, doit se faire en tenant compte de la transformation de notre société induite par ce développement fulgurant des technologies numériques et des nouveaux défis dans la prévention et la gestion de l’ordre public social et économique.
Nous faisons face à un défi démocratique
Au regard des dérives constatées dans l’exercice des libertés dans l’espace numérique, la tentation est grande de vouloir, au nom de la préservation de l’ordre public, porter une grave atteinte à la liberté d’expression à travers une politique de surveillance de masse et de répression tous azimuts.
Mais renier, au nom de la sûreté et de la tranquillité publique, le droit à la liberté d’expression et à la vie privée des citoyens, serait synonyme de recul démocratique, voire de remise en cause de notre modèle de civilisation bâti sur l’exigence de respect des droits et libertés individuels.
Par conséquent, toute politique d’encadrement du cyberespace devrait prendre en compte la nécessité de trouver un compromis entre les deux impératifs fondamentaux et parfois divergents que sont le respect de la liberté d’expression et le devoir de veiller à la préservation de l’ordre public.
Nous faisons aussi face à un défi technique et institutionnel
Dans cette nouvelle ère où les frontières du cyberespace sont plus poreuses que celles de nos territoires physiques, la gestion de l’ordre public est indissociable de la problématique de la souveraineté numérique.
Cette exigence de souveraineté numérique fait écho aux enseignements de Cheikh Anta Diop qui, dans « Nations nègres et culture » (1954), rappelait déjà que l’indépendance technologique est une condition sine qua non de la souveraineté effective.
En l’absence d’un pouvoir de contrôle sur le processus de collecte de données ou sur les protocoles de chiffrement qui garantissent l’accès aux conversations, la gestion de l’ordre public constitue ainsi, pour les services de sécurité, un véritable casse-tête.
Comment par exemple, garantir au plan national, la gestion d’un ordre public dont les facteurs de trouble revêtent, par essence, un caractère transnational ?
Comment maintenir l’ordre public lorsqu’il est constamment perturbé par des acteurs aussi imaginatifs qu’anonymes ?
Pour répondre à ces problématiques, nous devons adapter nos stratégies d’action et notre capacité à anticiper, à détecter et à analyser les signaux issus du numérique. En un mot, nous devons nous réinventer.
Monsieur le Président de la République,
Toutes ces problématiques sont aujourd’hui au cœur de vos préoccupations et vos actions entreprises dans ce sens témoignent de l’intérêt que vous portez à ce sujet.
En effet, le nouveau document de politique nationale de développement ‘‘Sénégal 2050’’, présenté aux sénégalais par votre gouvernement, a fini de démontrer que le numérique occupe une place de choix dans la réforme du service public.
Conformément à cette orientation, l’Agenda national de transformation, Sénégal 2050, la politique sectorielle du département de la justice a entrepris de révolutionner son système avec le lancement du projet de dématérialisation des procédures financé par l’Union Européenne.
Cette vision vient conforter une panoplie de mesures prises à un niveau institutionnel et opérationnel comme la mise sur pied de la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) dotée de compétences coercitives, la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) ainsi que la Plateforme numérique de Lutte contre la Cybercriminalité (PNLC) de la gendarmerie nationale.
Au-delà des aspects techniques et des stratégies de prévention et de traitement des contentieux nés du monde virtuel, la gestion de l’ordre public numérique nécessite l’élaboration et la mise en place de dispositifs institutionnels permettant d’acquérir à l’échelle nationale ou régionale, une véritable souveraineté numérique.
Dans un contexte où les défis sécuritaires et économiques imposent une adaptation constante, le recours au numérique n’est pas une simple option, mais une nécessité si nous voulons bâtir une administration capable de faire face aux nouveaux défis dans le respect des principes fondamentaux de notre démocratie.
Parallèlement aux initiatives entreprises par les pouvoirs publics, chaque acteur de la justice et en particulier chaque magistrat, doit faire de la préservation de l’ordre public une affaire personnelle.
C’est d’ailleurs dans ce sens que lors de votre discours du 16 janvier 2025 marquant la cérémonie solennelle de rentrée des Cours et Tribunaux, vous disiez avec justesse que :
« La Justice doit être garante en dernier ressort de la stabilité sociale. Chaque juge, dans l’intimité de sa conscience, doit toujours interroger son propre rapport à l’éthique et à la vérité et dire le Droit sans céder à l’injustice ».
Vous me permettrez, Monsieur le Président de la République, de témoigner que les récipiendaires qui sont aujourd’hui devant vous, ont tous pris l’exacte mesure des enjeux du numérique qui les attendent au cours de leur carrière. Nous avons la conviction que grâce à la qualité de la formation reçue au Centre de Formation judiciaire, ils seront en mesure d’assumer leur mission de gardien des libertés ainsi que de l’ordre public économique et social.
Conscient du rôle des acteurs judiciaires dans la protection des données personnelles, la prévention des dérives algorithmiques et le respect des droits fondamentaux, le Centre de formation judiciaire entend renforcer la formation sur les enjeux du numérique en rapport avec la déontologie judiciaire, les comportements prohibés dans l’espace cybernétique et les techniques d’investigations en matière de criminalité informatique.
Monsieur le président de la République,
L’avenir de notre justice repose sur sa capacité à évoluer, à s’adapter et à se moderniser sans jamais renier ses principes fondamentaux.
C’est dans cette dynamique que le Centre de Formation Judiciaire s’engage pleinement aujourd’hui, avec un programme ambitieux de renforcement et de modernisation de ses enseignements.
L’un des jalons essentiels de cette transformation sera la mise en place prochaine d’une plateforme numérique dédiée à la formation des magistrats des greffiers et autres personnels de justice, permettant un apprentissage plus interactif, plus accessible et mieux aligné sur les défis contemporains du monde judiciaire. Dès la rentrée de juillet 2025, nous poserons ainsi une nouvelle pierre dans l’édifice d’une justice plus agile et plus performante.
Mais la technologie seule ne rendra pas justice. Ce sont les valeurs, la rigueur et l’indépendance qui feront de ces jeunes magistrats les gardiens d’un État de droit solide et respecté. C’est dans cette optique que nous poursuivrons notre mission avec la conviction que nous pourrons compter sur votre soutien indéfectible pour que le Centre de Formation Judiciaire continue de briller, non seulement en tant que pilier de notre système judiciaire, mais aussi comme une référence dans l’espace africain. Un rayonnement qui témoigne de notre engagement à faire de la justice non pas une simple institution, mais une véritable promesse d’équité et de progrès pour les générations futures.
Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement une fin de formation, mais l’entrée en responsabilité d’une génération qui, nous en sommes convaincus, portera haut les principes de justice et de souveraineté.
Que cette exigence soit leur boussole, et que leur engagement soit la force sur laquelle repose l’avenir de notre nation.
JE VOUS REMERCIE DE VOTRE AIMABLE ATTENTION »



