
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Un an après l’élection présidentielle, le chef de l’État a dressé l’état de la nation le 15 juin 2026 devant le Parlement réuni en congrès. Si cette allocution solennelle visait à tracer les perspectives de la Vᵉ République, elle suscite des analyses contrastées au sein de la société civile. L’écrivaine gabonaise Mam Kumb, de son vrai nom Irina Paceli Koumba, par ailleurs militante afroféministe et promotrice culturelle, livre un décryptage sans détour de ce grand oral, y dénonçant une déconnexion croissante entre les fastes institutionnels et les urgences sociales du pays.
Pour l’écrivaine, le sommet de l’État cède progressivement à une « politique de mise en scène, de plus en plus éloignée des urgences réelles ». Plutôt que de cibler uniquement le chef de l’État, Mam Kumb interroge l’appareil qui l’entoure, qu’elle qualifie de mélange complexe entre « kounabelistes anciens et néo-kounabelistes venimeux ». Cette configuration hybride produit, selon elle, une administration composite et dépourvue d’une véritable cohérence stratégique globale.
La crise de lisibilité d’une gouvernance centralisée
L’analyse de l’écrivaine met en lumière une crise de lisibilité de l’action publique, exacerbée par un mode de gouvernance fortement centralisé. « Une grande partie des décisions converge vers un seul point, ce qui crée mécaniquement une surcharge politique et une dépendance institutionnelle forte », souligne-t-elle. Elle estime que ce fonctionnement atteint ses limites face à une population jeune confrontée à des urgences sociales aiguës.
Mam Kumb structure d’ailleurs la société gabonaise en trois dynamiques distinctes. Elle distingue ainsi une minorité d’intouchables intégrés aux circuits de la rente, une classe intermédiaire fragilisée qui vit à crédit, et une majorité exposée à une précarité structurelle, le « Makaya Nouveau », propriétaire selon elle de « deux fois rien ».
Le défi du bien-être face aux chantiers de prestige
Face à cette stratification, la dénonciation du décalage entre les projets d’infrastructure et le quotidien des populations reste entière. L’écrivaine rappelle que le développement ne se mesure pas à la hauteur des bâtiments construits, mais à la capacité des citoyens à vivre dignement. L’accès à l’eau courante, à l’électricité et à l’emploi stable fait encore largement défaut au bas de la pyramide.
« La transition n’a pas eu lieu, un bébé mort-né », tranche-t-elle avec amertume. À ses yeux, le Gabon fait face à un problème profond de paradigme, résumable en une seule question fondamentale qui semble s’être perdue en chemin : comment rendre concrètement la dignité aux Gabonais ?
Vigny Ngami-Tsiba



