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[Tribune libre] Pour une Journée nationale des réseaux sociaux au Gabon

[Tribune libre] Pour une Journée nationale des réseaux sociaux au Gabon

 AFRICALEADNEWS- (Gabon) Alors que les réseaux sociaux sont suspendus au Gabon depuis le 17 février, voilà désormais un mois que le pays est privé de ses principaux canaux d’échange numérique. Dans cette tribune, Darius Enguengh Mintsa analyse le rôle historique de ces plateformes dans la transformation politique nationale et propose une alternative constructive à la restriction : l’institution d’une Journée nationale dédiée pour transformer l’usage de ces outils en un véritable levier d’éducation civique et démocratique.
Depuis leur émergence au Gabon, les réseaux sociaux, notamment Facebook, WhatsApp, TikTok et Telegram, occupent une place centrale dans la vie politique et sociale du pays. Ils ont servi de catalyseur à une contestation plurielle, portée à la fois par des collectifs organisés et par des voix isolées, parfois prudentes, parfois virulentes, mais toujours persistantes. Hier marginales, ces voix sont devenues audibles, visibles et structurellement influentes, transformant durablement la manière dont l’opinion publique se construit et s’exprime.
Cette dynamique numérique a contribué, parmi d’autres facteurs, à fragiliser l’image d’Ali Bongo et à éroder l’autorité institutionnelle de son pouvoir, accentuant une perte de légitimité perceptible depuis le début des années 2010. Les tensions autour du scrutin d’août 2023 et la contestation de ses résultats ont constitué un point de bascule, amorçant ce que certains qualifient de « libération ». La contestation en ligne a pesé sur le cours des événements et illustre la transformation profonde des modes d’expression politique au Gabon.
Sortir de la suspension par la reconnaissance démocratique
Plutôt que de recourir à leur suspension temporaire (indéterminée), les réseaux sociaux pourraient être reconnus au Gabon comme des instruments à part entière de la vie démocratique et célébrés à travers l’instauration d’une Journée nationale dédiée. Une telle initiative aurait pour double objectif de rendre hommage aux citoyens et activistes ayant contribué à l’expression publique entre 2010 et 2023, et d’ouvrir un espace de réflexion critique sur les usages du numérique, en valorisant à la fois les potentialités citoyennes et la vigilance face aux risques de désinformation et de manipulation. Célébrer ne signifie pas idéaliser : il s’agit de comprendre, analyser et, si nécessaire, ajuster les pratiques collectives.
Cette démarche s’inscrit dans des dynamiques internationales éclairantes. Les mobilisations du Printemps arabe (2010‑2011) ont montré comment les réseaux sociaux structurent l’action politique et facilitent la coordination citoyenne. Parallèlement, l’UNESCO promeut depuis 2007 l’éducation aux médias et à l’information, en publiant cadres et recommandations pour intégrer ces compétences dans l’enseignement et la société civile. Des initiatives comme la Semaine mondiale de l’éducation aux médias soulignent l’importance de former les citoyens à un usage critique et responsable des plateformes numériques. Ces expériences démontrent que reconnaissance et régulation peuvent se conjuguer : il est possible de définir les conditions d’un usage éclairé, citoyen et démocratique des réseaux sociaux.
Vers une éthique de l’engagement et de la vigilance
La Journée nationale des réseaux sociaux, que j’invite les Autorités à instaurer, pourrait ainsi devenir un moment de lucidité collective et d’éducation citoyenne : sensibiliser aux dangers que sont la désinformation, les discours de haine et les manipulations de l’opinion, tout en valorisant l’engagement, la veille démocratique et la participation inclusive.
Au-delà de la simple célébration d’un outil, il s’agirait de reconnaître une transformation profonde des modes d’expression politique et sociale, et d’en tirer toutes les exigences civiques et éthiques. Si les réseaux sociaux ont permis à des voix longtemps marginalisées de se faire entendre, ils nous obligent désormais à mieux les écouter, les analyser et à en faire un usage éclairé au service de la démocratie et du bien commun.
Darius Enguengh Mintsa
Docteur en psychopédagogie
Professeur certifié d’Histoire-Géographie et d’Éducation civique

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