
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Alors que le Gabon a tourné la page de la Transition par des élections libres, la menace de suspendre des médias internationaux et le maintien du blocage des réseaux sociaux interrogent sur la sérénité du débat public.
Le Gabon nouveau, celui des institutions restaurées et d’un Président, Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais investi de la légitimité des urnes, semble traverser une zone de turbulences communicationnelles. Le 8 mars 2026, la réaction du ministre Germain Biahodjow aux accusations de Sylvia Bongo sur France 24 a marqué les esprits par sa virulence. En menaçant de suspendre la diffusion de chaînes étrangères, le pouvoir franchit un palier qui détonne avec l’image de stabilité et de maturité démocratique qu’il s’efforce de projeter depuis la fin de la Transition.
Pourquoi une telle fébrilité alors que l’État dispose aujourd’hui de tous les leviers d’une République de droit ? Dans une démocratie majeure, la réponse à une « contre-vérité » médiatique ne réside pas dans l’extinction du signal, mais dans la force de la contradiction. Si le gouvernement estime que les propos de l’ancienne Première dame relèvent de la diffamation, la voie royale reste celle de l’argumentation ou de la justice. En journalisme, l’invitation de toutes les voix, même les plus discordantes, est une règle d’or. Plutôt que de brandir le couperet de la censure, Libreville n’aurait-elle pas gagné à envoyer ses émissaires porter la parole officielle sur les plateaux internationaux ?
Cette stratégie de confrontation directe surprend d’autant plus que le pouvoir a déjà prouvé sa capacité à livrer bataille sur le terrain des idées. Souvenons-nous de la sortie d’Alain Claude Bilie-By-Nze : une armada de communicants avait été dépêchée à Paris pour occuper l’espace médiatique et rétablir les faits. Ce choix de la diplomatie de plateau honorait davantage la vitalité du débat républicain que le silence imposé. Aujourd’hui, avec des réseaux sociaux suspendus depuis le 17 février et des menaces pesant sur les antennes étrangères, le risque est de donner l’impression d’un pouvoir qui redoute la lumière médiatique.
Un régime élu démocratiquement tire sa force de sa capacité à encaisser les critiques sans vaciller. « Le Gouvernement se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires », a martelé le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow. Mais dans le Gabon d’aujourd’hui, la mesure la plus nécessaire est sans doute celle de la confiance : confiance en la solidité des institutions restaurées et confiance en la capacité des citoyens à juger par eux-mêmes. Museler l’information, c’est parfois offrir involontairement du crédit à ceux que l’on veut faire taire.
Vigny Ngami-Tsiba


