
Africaleadnews – (Sénégal) L’Association sénégalaise des traducteurs (ASTRA), membre de la Fédération internationale des traducteurs (FIT) a célébré ce lundi la Journée mondiale de la traduction à Dakar. Le thème de cette année est « Traduire, tout un art à protéger », met en lumière l’importance de la traduction dans la préservation des cultures, la diffusion des savoirs et le dialogue entre les peuples.
Selon le président de l’ASTRA, Daouda Gassama, « en cette Journée mondiale de la traduction, nous nous réunissons pour célébrer un art ancien, mais plus essentiel que jamais : la traduction. À travers les siècles, la traduction a été un pont entre les cultures, les langues et les peuples, permettant de transmettre des idées, des valeurs et des savoirs au-delà des frontières géographiques et linguistiques ».
« Bien plus que transposer des mots d’une langue à une autre, la traduction est un art qui exige rigueur, sensibilité, et une profonde compréhension des cultures. Le traducteur est un passeur de sens, un gardien des nuances et des subtilités qui font la richesse de chaque langue. Propagateurs de religions, importateurs de valeurs culturelles, diffuseurs de connaissances, facilitateurs d’échanges commerciaux, acteurs sur la scène du pouvoir, les traducteurs ont été aux avant-postes de l’évolution de l’humanité » dit-il.
Avant de poursuivre: « Dans un monde de plus que jamais interconnecté, la traduction est au centre de toutes les activités : Les technologies de l’information et de la communication (logiciels, outils de télécommunication, etc.) La pharmacie et la médecine La diffusion des savoirs (la démocratisation du savoir passe par la traduction des corpus en différentes langues pour atteindre les différents peuples). Les échanges commerciaux. La littérature. Le cinéma et l’industrie du divertissement. L’internationalisation des entreprises. Le thème de cette année, « La traduction, tout un art à protéger », résonne particulièrement en cette ère de globalisation, où les échanges culturels et économiques ne cessent de s’intensifier ».
Cependant, souligne M. Gassama, « avec l’essor des technologies et l’intelligence artificielle, la traduction automatique a pris une place importante. Certes, ces outils sont indéniablement utiles, mais ils ne peuvent remplacer l’expertise humaine, capable de saisir les nuances culturelles, les jeux de mots et l’émotion sous-jacente à un texte et c’est ce qui fait de la traduction un art et du traducteur, un artiste des langues ».
Cet art mérite d’être protégé, car la traduction humaine demeure irremplaçable. Protéger la traduction, c’est aussi valoriser le rôle des traducteurs. Ces femmes et ces hommes, souvent dans l’ombre, sont les artisans de la compréhension mutuelle entre les peuples. Leur travail mérite non seulement d’être reconnu, mais aussi d’être encouragé et préservé, afin que chaque culture puisse s’exprimer pleinement et être comprise dans sa complexité. Pourquoi protéger l’art de la traduction ?
« Je persiste à croire que ce siècle est éminemment africain et le continent, en général et le Sénégal en particulier aura plus que jamais besoin de ses traducteurs pour passer progressivement des langues étrangères aux les langues locales les plus utilisées, étant entendu que l’utilisation officielle des langues locales facilite le développement (cas du Kenya où le swahili est devenu une langue officielle, au même titre que l’anglais, utilisation d’interprètes en LN à l’Assemblée nationale) – Tôt ou tard, il faudra que les décideurs prennent conscience qu’on ne pas continuer à utiliser seules des langues étrangères comme langues officielles, une langue que seule une élite constituant la minorité de la population comprend et dans laquelle sont rédigés la totalité des documents qui régissent la vie de ces population (constitution, lois et règlements, codes, etc.) Comment la protéger ? »
« Pour nous, traducteurs professionnels, l’urgence est à l’union. Les traducteurs littéraires, les traducteurs techniques, les traducteurs spécialisés exclusivement dans les langues locales doivent parler d’une seule voix… Pour ce qui de L’État, il a le devoir de recruter les traducteurs diplômés et ne pas se contenter de recourir à des traducteurs indépendants ou à des linguistes qui n’ont pas appris la traduction (dernier recrutement de traducteurs date des années 1990).
Sur ce point, il a attiré l’attention de l’État sur le fait qu’aucun, je dis bien, aucun des traducteurs et traductrices diplômés, formés à l’UGB n’a été recruté, et la formation existe depuis 2013-2014. Il doit également s’assurer de la qualité de la formation dans ses institutions d’enseignement supérieur, faire certifier les programmes de formation de l’université par l’ANAQ-SUP.
Il doit également créer des postes de traducteurs professionnels dans certaines institutions, notamment la RTS, le ministère en charge de la coopération, les différentes représentations diplomatiques et surtout renforcer l’effectif du ministère de l’Intégration africaine qui et des Affaires étrangères qui prend en charge la quasi-totalité des demandes de traduction institutionnelles et officielles, malgré un manque criant de personnel en traduction, dans plusieurs combinaisons linguistiques.
La contribution des donneurs d’ouvrage de traduction, notamment les organismes internationaux, les ONG, les organismes parapublics et toutes les autres organisations qui ont souvent recours à la traduction devrait consister à recourir à la prestation de traducteurs professionnels, au besoin et faire de l’appartenance à une association professionnelle de traducteurs un critère essentiel pour le recrutement de traducteurs professionnels.
Pour conclure, en cette journée, je rends hommage à tous ces artistes de la langue qui, par leur travail, façonnent un monde plus uni, plus ouvert et plus tolérant. Continuons de soutenir cet art unique, afin qu’il puisse perdurer et s’épanouir dans le respect et la reconnaissance qu’il mérite.



