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Gabon : Quand la peur et le zèle transforment un « like » Facebook en affaire d’État

Gabon : Quand la peur et le zèle transforment un « like » Facebook en affaire d'État

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Dans un spectacle politique navrant diffusé lors du journal de 20 heures du 15 octobre 2026 sur les antennes de la chaîne publique Gabon 1ère, Jean-Jacques Ndjamendoungou Tsamoye, désormais ex-vice-président du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), a solennellement annoncé sa démission et présenté d’humbles excuses au chef de l’État. Son tort ? Avoir « liké par inadvertance » une publication du président de sa propre formation politique, Michaël Moapa, qui rappelait une vérité fondamentale sur l’action gouvernementale. Entre théâtralisation de la servilité, recherche d’intérêts personnels et dérive zélée des médias publics, cette démarche questionne gravement la maturité de la classe politique gabonaise.

La scène prête à la fois à rire et à pleurer. Venir sur la vitrine audiovisuelle nationale pour prôner sa loyauté envers le président de la République après un simple clic sur un réseau social frise le ridicule. Comment un responsable politique de haut rang peut-il décemment faire croire à l’opinion publique qu’il a « liké par inadvertance » une prise de position du leader de son propre parti ? Ce prétexte d’une naïveté déconcertante masque mal la terreur de déplaire au pouvoir en place et la précipitation à sauver ses privilèges. En choisissant l’autoflagellation publique et la flatterie démesurée envers le président Brice Clotaire Oligui Nguema, Ndjamendoungou Tsamoye offre le spectacle d’une politique guidée par le nombrilisme et l’allégeance aveugle.

Cette mise en scène n’a pas manqué de faire réagir vivement la société civile. L’acteur civique Geoffroy Foumboula Libeka Makosso est rapidement monté au créneau pour dénoncer une dérive inacceptable et humiliante pour le paysage médiatique public. « Que cela soit fait sur un média privé, cela peut se comprendre mais, sur la chaîne nationale c’est inacceptable, c’est une honte », s’est-il indigné.

Poursuivant sa charge contre ce qu’il qualifie de surenchère servile, l’ancien porte-parole de campagne du président Oligui Nguema a fermement rappelé les idéaux de l’actuel régime. « Voyez en ce communiqué diffusé sur notre chaîne nationale l’expression de l’excès de zèle de Gabon Télévision qui croit que servir le Président de la République c’est ridiculiser le pays avec des communiqués de cette nature et pousser le « kounabélisme » à son extrême », a fustigé Geoffroy Foumboula Libeka Makosso.

De son côté, le démissionnaire tente désespérément de se dédouaner en brandissant la déontologie et le soutien inconditionnel au chef de l’État. « Ayant par inadvertance liké cette déclaration tendancieuse, moi, Monsieur Jean-Jacques Njamendoungou Tsamoye, réaffirme par cette occasion mon engagement à soutenir sans réserve la politique de redressement et de reconstruction nationale du président de la République », a déclaré l’ancien vice-président du RDP.

En transformant un incident insignifiant en psychodrame national sur Gabon 1ère, Ndjamendoungou Tsamoye et la télévision publique ont dégradé l’image des institutions et piétiné la liberté d’expression fondamentale en démocratie. Alors que le Gabon prône la moralisation de la vie publique et l’affirmation d’une citoyenneté responsable, ce numéro de « kounabélisme » exacerbé, comme le souligne si bien Foumboula Libeka Makosso, démontre que le chemin vers la dignité politique et le courage d’opinion reste encore semé d’embûches.

Vigny Ngami-Tsiba

 

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