Gabon : Pénurie de carburant, la leçon d’un paradoxe énergétique
Gabon : Pénurie de carburant, la leçon d’un paradoxe énergétique

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Une cargaison de carburant réceptionnée le dimanche 4 octobre amorce une progressive sortie de crise à Libreville, où la rareté du gasoil paralysait les usagers depuis plusieurs jours. Face au mécontentement suscité par ce manque de produit à la pompe dans un pays producteur d’or noir, l’ancien directeur général de Gab’Oïl et juriste pétrolier, Louis Gaston Aubame, livre une lecture technique des défaillances de la chaîne nationale d’approvisionnement tout en esquissant des pistes pour prémunir durablement l’économie nationale contre de nouvelles tensions logistiques.
La confrontation entre le volume d’extraction de brut et la disponibilité effective de carburant raffiné révèle en premier lieu la vulnérabilité d’un modèle trop étroitement dépendant des flux extérieurs pour combler ses besoins domestiques. L’ancien conseiller juridique au ministère du Pétrole et du Gaz rappelle à cet égard les contraintes structurelles qui pèsent sur l’outil industriel local et sur la prise en charge de la demande intérieure. « Un baril de pétrole brut qui sort du sous-sol n’est pas un litre d’essence ou de gasoil que l’on peut directement mettre dans le réservoir d’une voiture », explique-t-il. Il souligne par ailleurs qu’« un pays peut donc être producteur et exportateur de pétrole brut tout en demeurant partiellement dépendant des importations pour certains carburants consommés sur son propre territoire ».
Au-delà des simples capacités de raffinage assurées par la Société gabonaise de raffinage (Sogara), la sécurisation de la distribution repose sur l’évaluation constante des réserves stratégiques et sur une gestion stricte des seuils d’alerte afin de pallier d’éventuels retards d’acheminement. L’expert pétrolier précise à ce sujet que « lorsqu’on parle de sécurité d’approvisionnement, connaître seulement le nombre de tonnes ou de mètres cubes disponibles n’est pas suffisant ». Pour ce spécialiste des questions pétrolières, « la vraie question est : Combien de jours de consommation nationale ces stocks permettent-ils de couvrir ? ».
Pour éviter que le fonctionnement des ménages et des entreprises ne reste suspendu aux aléas de la logistique pétrolière, la clarification des rôles dévolus aux acteurs publics, à l’instar de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (Sgepp) ou de la Sogara, et aux distributeurs privés apparaît indispensable. Cette gouvernance exige la création d’outils d’anticipation capables de suivre en temps réel la disponibilité physique des carburants sur toute l’étendue du territoire. C’est dans ce cadre que le juriste préconise que « le Gabon devrait disposer d’un véritable tableau de bord national de sécurité d’approvisionnement en produits pétroliers ». Il propose d’ailleurs une trajectoire limpide pour réussir ce virage. « Après la souveraineté sur la ressource, construisons maintenant la souveraineté sur la chaîne », insiste-t-il.
Alors que le ravitaillement des stations-service reprend progressivement dans la capitale, cette alerte sur les carburants rappelle l’urgence de dépasser la seule gestion de crise pour concrétiser la modernisation des capacités de stockage et de raffinage nationales.
Vigny Ngami-Tsiba



