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Gabon/ Affaire Eddy Narcisse Minang : quand l’activisme maladroit d’Okoumba Kamitatou fragilise l’ancien Procureur général et bouscule la justice

Gabon/ Affaire Eddy Narcisse Minang : quand l'activisme maladroit d’Okoumba Kamitatou fragilise l'ancien Procureur général et bouscule la justice

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Un enregistrement audio devenu viral, dans lequel l’activiste Wilfried Okoumba Kamitatou prend fait et cause pour le procureur général suspendu, suscite de profondes interrogations sur les motivations réelles de cette sortie. Conçue pour voler au secours du magistrat, cette plaidoirie publique produit l’effet inverse et fragilise considérablement la position d’un homme déjà sur la sellette.

Récemment suspendu de ses fonctions par le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Augustin Emane, le procureur général près la Cour d’Appel judiciaire de Libreville, Eddy Narcisse Minang, s’était illustré par ses réquisitions mémorables lors du procès ultra-médiatisé des Bongo Valentin et de la « Young Team ». Plusieurs publications médiatiques lui prêtent désormais un rôle central dans différents dossiers financiers particulièrement sensibles.

Les griefs relayés par la presse font notamment état d’une participation présumée dans un litige de plusieurs milliards impliquant une entreprise chinoise, ainsi que de perceptions induites de centaines de millions via la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Les accusations évoquent également une supposée ingérence du haut magistrat dans le dossier des détournements des vacations à l’Éducation nationale, doublée d’une potentielle rétention de fonds publics. Ce dernier volet concernerait un reliquat de 80 millions de francs CFA de la session criminelle de l’année dernière, que le magistrat aurait conservé avant de le restituer à la suite d’un audit ordonné par la direction financière du ministère de la Justice.

Une ligne de défense contre-productive face à l’orthodoxie financière

Pour tenter de blanchir Eddy Narcisse Minang, Wilfried Okoumba Kamitatou s’est focalisé sur l’épisode de ces 80 millions de francs CFA. L’activiste, visiblement investi d’une mission de réhabilitation, soutient que c’est sur instructions de l’ancien ministre de la Justice, Séraphin Akure-Davain, qu’Eddy Narcisse Minang avait conservé ce reliquat budgétaire au lieu de le restituer immédiatement au Trésor public.

L’argumentaire se veut technique : le magistrat n’aurait pas géré cette somme de manière isolée et aurait choisi de placer ce « magot » sur un compte ouvert dans une banque commerciale de la place. Face à la pression de l’audit mené par le DCAF, Eddy Narcisse Minang aurait finalement clôturé le compte pour reverser l’intégralité des fonds à sa hiérarchie. Telle est la version fournie par l’activiste.

Cette ligne de défense s’avère particulièrement déconcertante pour un haut magistrat qui, lors du procès retentissant de Sylvia et Noureddin Bongo Valentin, fustigeait avec véhémence les circuits financiers occultes et la captation des ressources de l’État. Comment un procureur général a-t-il pu légalement ouvrir un compte bancaire privé pour y loger des deniers publics ? Sous quel intitulé ce compte a-t-il été enregistré ? S’agissait-il d’un compte de dépôt à terme, et dans ce cas, où sont passés les intérêts générés ? Cette légèreté procédurale ne peut que desservir l’intéressé face aux exigences élémentaires de la comptabilité publique.

Les manœuvres de politisation face au précédent d’Oyem de mars 2017

Depuis l’annonce de cette sanction conservatoire, les réseaux de soutien du magistrat s’activent pour déplacer le débat sur le terrain politique, tentant d’instiller l’idée d’une cabale orchestrée par le ministre Augustin Emane. Ces stratégies visent à faire croire à l’opinion publique que s’attaquer à Eddy Narcisse Minang reviendrait à fragiliser le chef de l’État, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema. Une telle rhétorique relève d’une manœuvre grossière qui omet un fait central : une telle suspension, décidée après une longue audition de l’intéressé à la présidence de la République, n’a pu se faire sans l’aval direct du chef de l’État, par ailleurs président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

La mémoire judiciaire rappelle d’ailleurs qu’Eddy Narcisse Minang connaît parfaitement les rouages de ces mesures de rigueur pour les avoir appliquées par le passé. En mars 2017, lorsqu’il officiait en tant que procureur général près la Cour d’Appel judiciaire d’Oyem, il avait lui-même suspendu de ses fonctions le procureur de la République de l’époque, Fabrice Afane Allogo. Les griefs formulés alors étaient d’une lourdeur extrême : insubordination hiérarchique caractérisée, absences injustifiées, procédures irrégulières, saisies illégales de grumes de bois et relations troubles avec certains exploitants forestiers du Woleu-Ntem.

Cette procédure mémorable s’était finalement soldée par la traduction du magistrat devant le Conseil de discipline et sa rétrogradation. Aujourd’hui, les justiciables gabonais, dont la confiance envers l’institution judiciaire est profondément érodée, exigent une transparence absolue et refusent que le corporatisme ambiant serve de bouclier à l’impunité.

Le défi du renouveau contre le corporatisme de la magistrature

Les hésitations récentes du ministre de la Justice, qui a contacté nos confrères de la Presse judiciaire gabonaise pour nuancer la portée de la procédure et nier la saisine immédiate du Conseil de discipline, témoignent d’une fébrilité regrettable au sommet de l’État. Si la magistrature veut restaurer sa crédibilité, elle doit impérativement accepter de faire le procès de ses propres dérives, loin des arrangements en coulisses.

« Nous voulons une justice de qualité, et cette justice de qualité a pour base d’enlever le mauvais grain », déclarait en son temps Paulette Ayo Mba Akolly, alors secrétaire permanent du Conseil supérieur de la magistrature. Si l’enquête administrative démontre qu’Eddy Narcisse Minang s’est écarté de l’orthodoxie financière et de son serment, le Conseil supérieur de la magistrature se devra de trancher avec la plus grande fermeté, sans que sa main ne tremble.

 

Vigny Ngami-Tsiba

 

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