
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le secteur de la protection de l’enfance au Gabon est en ébullition suite aux récentes déclarations de la ministre des Affaires sociales. En annonçant une campagne de contrôles rigoureux pouvant mener à la fermeture immédiate des structures non conformes, Armande Longo épouse Moulengui a déclenché une vague d’inquiétude et de contestation chez les acteurs de terrain qui déplorent une approche purement répressive.
Invitée sur le plateau de Gabon 24, la ministre a affiché une fermeté sans équivoque quant au sort des centres d’accueil ne respectant pas les normes en vigueur. « Nous allons effectuer des descentes dans les orphelinats pour vérifier leur conformité », a-t-elle martelé, avant de préciser que « si certains ne le sont pas, nous allons les fermer. Car les enfants ne peuvent pas vivre dans des conditions défavorables ». Cette volonté d’assainissement, bien que justifiée par le bien-être des mineurs, passe mal auprès de ceux qui pallient quotidiennement les carences de l’État en matière de prise en charge de l’enfance abandonnée.
Le cri d’alarme des acteurs sociaux
Face à cette menace de « fermetures sèches », de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer un changement de paradigme. Pour ces acteurs sociaux, l’État gabonais devrait d’abord assumer son rôle de partenaire avant celui de censeur. Carnancitha Nguimbi, actrice sociale et fondatrice de La Maison d’Hermann, est montée au créneau pour apporter une réponse nuancée mais ferme à cette annonce ministérielle. Tout en reconnaissant que « le contrôle est légitime » et que « la conformité est une exigence », elle rappelle que le Code de la protection de l’enfant consacre avant tout l’intérêt supérieur du mineur.
Selon cette responsable de structure, le cadre légal ne se limite pas à la sanction. « Le même cadre légal insiste également sur l’obligation d’accompagnement, de prévention et de soutien des structures œuvrant dans le champ social », souligne-t-elle avec insistance. Pour elle, la disparition d’un établissement ne peut être perçue comme une solution miracle car « fermer un établissement ne saurait être une finalité en soi ». Elle plaide pour que cette mesure extrême n’intervienne qu’en « dernier recours, après des mesures d’appui, de mise à niveau et d’encadrement, dans le respect de la continuité de la prise en charge des enfants ».
Entre rigueur administrative et réalités humaines
Le débat pose désormais la question de la survie de ces refuges qui fonctionnent souvent avec des moyens de fortune. Carnancitha Nguimbi rappelle qu’au-delà des formulaires administratifs, « il y a des réalités humaines : des enfants en quête de stabilité, des équipes engagées, et des structures qui, malgré des insuffisances, remplissent souvent une mission essentielle ». En appelant à « allier exigence et discernement », les travailleurs sociaux demandent au gouvernement d’appliquer la loi « dans son esprit autant que dans sa lettre », afin que la protection de l’enfance reste une mission profondément humaine.
Le bras de fer est donc engagé entre une administration décidée à faire respecter les standards de vie et des fondateurs d’orphelinats qui se sentent abandonnés au front. Si la ministre Armande Longo Moulengui maintient son calendrier de descentes sur le terrain, l’opinion publique reste attentive au sort des pensionnaires qui, en cas de fermeture brutale, pourraient se retrouver dans une précarité plus grande encore que celle que l’on cherche à combattre.
Vigny Ngami-Tsiba


