A la uneAfrique

« Gabon Infini » : Francis Hubert Aubame dénonce un « oxymore constitutionnel » et une illusion financière

« Gabon Infini » : Francis Hubert Aubame dénonce un « oxymore constitutionnel » et une illusion financière

AFRICALEADNEWS – (Gabon) Alors que la présidence de la République vante les mérites du projet « Gabon Infini » comme un pilier de la souveraineté nationale, le président du parti Souverainistes-Écologistes, Francis Hubert Aubame, livre une analyse sans concession de cette initiative. Entre doutes sur la rentabilité réelle des crédits carbone et accusations de contournement du parlement, l’homme politique appelle à une refonte démocratique de la gestion du patrimoine forestier gabonais.

Le 30 mars 2026, par une tribune publiée sur les réseaux sociaux, Francis Hubert Aubame a choisi de porter le fer contre le narratif officiel entourant « Gabon Infini ». Si l’opposant reconnaît d’emblée le caractère exceptionnel des forêts gabonaises — lesquelles absorbent chaque année 140 millions de tonnes de CO2 — il conteste vigoureusement l’architecture financière et juridique du projet. Pour lui, l’enthousiasme gouvernemental occulte une réalité économique bien plus fragile et un montage institutionnel qui écarte les représentants du peuple.

Un mirage financier face à la crise macroéconomique

L’un des principaux points d’achoppement réside dans le financement annoncé. Avec environ 20 millions de dollars par an pour protéger 23 millions d’hectares, le compte n’y est pas selon le leader écologiste. « On propose de préserver l’intégralité de ce patrimoine pour un cinquantième de ce que rapporte son exploitation », souligne-t-il, rappelant que l’industrie du bois contribue à hauteur d’un milliard de dollars au PIB national. Il fustige une communication qui présente ce projet comme une rupture, alors qu’il s’inscrit dans un continuum de mécanismes déjà existants, comme les accords avec la Norvège ou la Bank of America.

Le volet financier des crédits carbone est également passé au crible d’un examen chiffré sévère. Le gouvernement table sur un prix de vente situé entre 25 et 35 dollars la tonne, une projection que l’opposant qualifie de « gravement incomplète ». En s’appuyant sur des données de marché récentes, il relève un écart colossal : « La différence de recettes entre le scénario officiel (35/t) et le prix réel du marché spot REDD+ (2,70/t) représente une surévaluation de l’ordre de six milliards de dollars ». Francis Hubert Aubame alerte sur la volatilité d’un marché volontaire en crise et sur les risques de « crédits fantômes » qui pourraient fragiliser davantage une économie gabonaise déjà lourdement endettée.

L’exigence d’un contrôle parlementaire et citoyen

Sur le plan juridique, l’attaque est frontale. Francis Hubert Aubame invoque le corpus constitutionnel pour exiger une saisine du parlement. Il estime que le modèle de « Project Finance for Permanence » (PFP), parce qu’il engage les ressources naturelles et les finances de l’État sur le long terme, ne peut faire l’économie d’une autorisation législative. Pour le président des Souverainistes-Écologistes, invoquer la souveraineté économique tout en s’affranchissant du contrôle parlementaire constitue un « oxymore constitutionnel ». Il cite en exemple les voisins de la RDC et du Congo-Brazzaville, où les engagements internationaux liés à la forêt sont subordonnés à des validations institutionnelles internes.

Enfin, la tribune pointe du doigt l’opacité de la gouvernance future de ces mannes financières. L’absence de registre national transparent et de mécanismes de contrôle par la Cour des comptes ou l’Autorité nationale de vérification et d’audit (ANAVEA) fait craindre une gestion déconnectée des intérêts des communautés locales. « La souveraineté écologique n’est pas un slogan. C’est un régime juridique, institutionnel et démocratique », rappelle-t-il avec force.

Pour Francis Hubert Aubame, il n’est pas encore trop tard pour corriger le tir. Il conditionne la réussite du projet à une transparence totale, incluant la publication des clauses de l’accord et une représentation réelle des populations riveraines. En conclusion de son plaidoyer, il martèle que le destin du « poumon de la planète » ne peut se décider dans l’ombre d’un simple communiqué de presse, sous peine de sacrifier la crédibilité future du pays sur l’autel d’une communication éphémère.

Vigny Ngami-Tsiba

 

Africaleadnews

www.africaleadnews.com: Votre site pour la PROMOTION DU LEADERSHIP AFRICAIN

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page