
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Le ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie et la Société d’Eau et d’Energie du Gabon (SEEG) ont rendu publique, ce 6 mars 2026, la liste des usagers bénéficiant de branchements directs sans facturation, mais la forme de cette publication suscite déjà une vive polémique sur son efficacité réelle.
L’initiative se voulait une démonstration de force et de transparence dans les colonnes du quotidien l’Union. Le communiqué officiel invite « l’ensemble des personnes » dont les noms ont été cités « à se présenter, dans un délai de quarante-cinq (45) jours, dans les agences SEEG de leurs localités respectives pour affaire les concernant ». Cependant, dès la lecture des premiers noms, l’ambition de régularisation se heurte à un obstacle de taille : l’imprécision flagrante des identités déclinées.
Le ministre Philippe Tonangoye a pourtant tenu à préciser les contours légaux de cette démarche, expliquant qu’ils n’ont reçu de l’APDPVP (Autorité pour la protection des données personnelles et de la vie privée) l’autorisation de ne publier que les noms et prénoms. Si le respect de la vie privée est une obligation légale, son application dans ce contexte précis semble vider la mesure de toute substance opérationnelle. Comment désigner des fraudeurs uniquement par leur nom ou par leur prénom et penser un seul instant que cela puisse aboutir à une identification formelle ou à une quelconque forme de justice ?
Le ridicule frise l’inefficacité quand on parcourt les colonnes de cette liste. En affichant des patronymes seuls comme « M. Massoukou », « M. Mounguengui » ou « M. Mvé », l’administration semble ignorer qu’il existe des centaines, voire des milliers de citoyens portant ces noms à travers le pays. La situation devient plus absurde encore lorsque l’on touche au volet des prénoms. On y retrouve des mentions telles que « M. Jeffrey », « M. Francis », « M. Guy » ou encore « Mme Chantal ». Il est permis de se demander de quelle « Chantal » il s’agit tant ce prénom est commun au sein de la population.
Cette approche suggère une réalité inquiétante : la SEEG ne possède manifestement pas l’identité basique de ces personnes qu’elle accuse de consommer l’électricité sans payer. Au lieu de jeter des noms communs en pâture dans la presse, il aurait sans doute été plus judicieux de déposer des convocations directement aux domiciles concernés ou de commettre des huissiers pour signifier ces injonctions. Ce qui est fait ici montre un incroyable manque de perspicacité et expose, de façon implacable, les limites techniques de la gestion de ce dossier.
En l’état, cette publication ressemble davantage à un aveu d’impuissance qu’à une véritable opération d’assainissement. Faute de pouvoir précisément identifier les individus visés, la SEEG risque fort de laisser les véritables fraudeurs dans l’anonymat qu’elle espérait pourtant briser.
Vigny Ngami-Tsiba



