
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Après plusieurs mois de réserve depuis le déclenchement de la crise en décembre, le Syndicat des inspecteurs de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (SIENFP) a tenu, ce mercredi 4 mars à Libreville, un point de presse très attendu. Il a été question de poser un diagnostic structuré de la situation et de proposer des pistes concrètes pour éviter la répétition des crises dans le système éducatif gabonais.
« Nous avons volontairement pris le temps de la réflexion avant de nous exprimer », a déclaré, en ouverture, Loïque Anicet Moundounga, le porte-parole du bureau syndical, précisant que « aujourd’hui, le moment est venu de livrer notre analyse et nos orientations ». Pour le SIENFP, la crise actuelle dépasse le simple mouvement social et révèle un déséquilibre structurel ancien mêlant sous-investissement, déficit d’infrastructures et surpopulation des classes.
Trois décennies de tensions chroniques
À ces maux s’ajoute une gouvernance administrative jugée sclérosée par des retards de carrière et un manque criant de traçabilité numérique. « Le véritable problème n’est pas la grève », a martelé l’inspecteur, avant d’ajouter que « la grève n’est que le symptôme d’un dysfonctionnement plus profond ».
Le syndicat a inscrit la crise 2025-2026 dans une continuité historique préoccupante. Depuis les années 1990, les revendications sur la reconnaissance professionnelle et la justice salariale demeurent les mêmes. De la mort de l’enseignante Martine Oulabou en 1992 à la suspension des salaires de 809 enseignants entre 2010 et 2017, le SIENFP voit la preuve d’une fragilité persistante du pacte de confiance entre l’État et ses personnels. Pour les inspecteurs, la situation actuelle constitue un ultime signal d’alarme sur la défaillance de la gouvernance du secteur.
Vers une sortie de crise durable
Le SIENFP rappelle que la stabilité républicaine repose sur la conciliation entre le droit de grève et la continuité du service public. Pour briser le cycle des crises, l’organisation préconise l’adoption d’un chronogramme public de régularisation des dossiers, la digitalisation du suivi des carrières et l’institutionnalisation d’un cadre permanent de dialogue social. Le syndicat appelle également à l’application rigoureuse des textes encadrant la gouvernance éducative afin de restaurer l’autorité de l’administration.
En parallèle, un plan de rattrapage pédagogique est jugé urgent pour sauver l’année scolaire et sécuriser les examens. « Diagnostiquer avec lucidité n’est pas accuser », a conclu le porte-parole du SIENFP, soulignant que « réformer avec courage n’est pas s’opposer » et que « stabiliser avec méthode n’est pas céder ». En invoquant Jean-Jacques Rousseau, il a réaffirmé que l’éducation reste le socle de la nation, confirmant la disponibilité du syndicat à œuvrer pour un service public de qualité.
Christelle Besseghe



