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[ÉDITORIAL] Gabon : Le feu de la colère ou le cri d’une justice à bout de souffle

[ÉDITORIAL] Gabon : Le feu de la colère ou le cri d'une justice à bout de souffle

L’image est forte, presque insoutenable : une justiciable, bouteille de pétrole à la main, prête à s’immoler au cœur même du Palais de justice de Libreville. Si l’acte est criminel et condamnable, il agit comme un miroir déformant, mais terriblement fidèle, d’un mal profond qui ronge le lien entre le citoyen et son institution judiciaire : la perte de confiance.

Qu’est-ce qui peut pousser une mère de famille, une propriétaire dépouillée de son bien, à vouloir se transformer en torche humaine devant ceux-là mêmes censés la protéger ? La réponse ne réside pas seulement dans la fragilité psychologique d’un instant, mais dans le mur de silence et d’incompétence auquel elle s’est heurtée. Dire à un justiciable, à trois reprises, que son dossier est « égaré » alors que sa vie et ses économies sont en jeu, ce n’est plus de la gestion administrative, c’est de la violence institutionnelle.

Ce geste désespéré est le symptôme d’une justice perçue par beaucoup comme une machine opaque, lente, voire méprisante. Lorsque le droit ne semble plus être un recours, la violence devient, pour certains, l’ultime langage pour exister. Le fait que le dossier ait été « miraculeusement » retrouvé après la tentative d’incendie est, en soi, un aveu terrible. Il aura fallu l’odeur du pétrole et la menace d’un brasier pour que l’administration retrouve sa mémoire et sa diligence.

La justice ne doit pas seulement être rendue, elle doit être accessible et rassurante. Chaque dossier égaré dans les méandres d’un greffe est une étincelle de plus dans le réservoir de la frustration populaire. Si l’on veut éviter que d’autres ne passent à l’acte, il ne suffira pas de condamner cette femme. Il faudra surtout réformer une chaîne de responsabilités où l’usager n’est trop souvent considéré que comme un simple numéro de rôle. Car lorsque le temple de la loi ne garantit plus la sécurité des droits, c’est l’ordre social tout entier qui risque, un jour, de s’embraser.

Vigny Ngami-Tsiba

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