Gabon : « Quand un régime coupe le réseau, c’est qu’il a perdu le signal du réel », fustige Ali Akbar Onanga
Gabon : « Quand un régime coupe le réseau, c'est qu'il a perdu le signal du réel », fustige Ali Akbar Onanga

AFRICALEADNEWS – (Gabon) L’ancien ministre et actuel Secrétaire Général du Parti démocratique gabonais (PDG) tendance Ali Bongo, dénonce la suspension des réseaux sociaux par la Haute Autorité de la Communication (HAC). Selon ce docteur en droit, cette mesure trahit la fragilité d’un pouvoir déconnecté des réalités sociales.
Le Gabon est plongé dans un black-out numérique partiel depuis le 17 février 2026. Dans une tribune sur ses réseaux sociaux le 23 février, Ali Akbar Onanga estime que cette décision de la HAC marque une dérive inquiétante. L’ancien membre du gouvernement affirme que « suspendre les réseaux sociaux d’un pays entier, ce n’est pas réguler, c’est réduire au silence une société ». Il souligne d’ailleurs que les pouvoirs fragiles préfèrent « bâillonner » plutôt que dialoguer.
L’enseignant à l’Université Omar Bongo pointe l’absence de faits précis derrière cette sanction collective alors que la HAC invoque des « contenus illicites » sans jamais les nommer. Or, rappelle le juriste, « dans tout État de droit, on ne sanctionne jamais sans faits précis, identifiés, circonstanciés et imputables à des personnes déterminées ». Il note également une imprécision technique puisque le blocage s’est étendu bien au-delà des plateformes initialement visées.
L’arroseur arrosé
Ali Akbar Onanga rappelle avec ironie que les outils numériques aujourd’hui censurés ont été autrefois utilisés par les membres du régime actuel pour fragiliser l’ancien pouvoir. Il analyse que « les méthodes qui avaient si bien fonctionné contre Ali Bongo Ondimba (…) s’exercent aujourd’hui contre le régime qui les a institutionnalisées ». Il décrit ainsi un écosystème devenu incontrôlable où d’anciens alliés numériques se retournent désormais contre leurs propres commanditaires.
La suspension crée, selon lui, une injustice flagrante. Si les plus aisés utilisent des VPN, les plus démunis et les petits entrepreneurs sont totalement asphyxiés. Le paradoxe est total lorsque les comptes officiels de l’État continuent de publier sur ces plateformes prétendument inaccessibles. Pour l’ancien ministre, c’est l’aveu d’un régime « cynique et incompétent » qui tente de masquer la grogne sociale, notamment la grève des enseignants et la précarité croissante.
L’universitaire exige le rétablissement immédiat de l’accès aux réseaux, rappelant qu’Ali Bongo Ondimba, en quatorze ans de magistrature suprême, n’avait jamais pris une telle mesure. Il prévient qu’« on peut couper un réseau, mais on ne peut pas couper une réalité ». Pour lui, le constat est sans appel et il conclut que « quand un régime coupe le réseau, c’est qu’il a perdu le signal du réel ».
Vigny Ngami-Tsiba



