Gabon : radiation massive de fonctionnaires et accusations de privilèges, le cas de la ministre Laurence Ndong au cœur d’une vive polémique
Gabon : radiation massive de fonctionnaires et accusations de privilèges, le cas de la ministre Laurence Ndong au cœur d'une vive polémique

AFRICALEADNEWS – (Gabon) À la suite de l’annonce, lors du Conseil des ministres du 18 septembre 2026 à Port-Gentil, de la radiation de 1 473 agents publics pour abandon de poste, la ministre de la Fonction publique, Laurence Ndong, fait face à une violente contestation politique et juridique.
Interpellée en conférence de presse sur sa propre situation de fonctionnaire restée plus de vingt ans en France sans avoir été radiée, le membre du gouvernement peine à convaincre avec ses explications. Dans une prise de parole publique particulièrement virulente, la juriste et femme politique Marlène Fabienne Essola Efountame dénonce un « deux poids, deux mesures » et réclame la démission de la ministre ainsi que des poursuites judiciaires.
Alors que le gouvernement a décidé de trancher dans le vif en éliminant des effectifs plus d’un millier d’agents accusés de percevoir indûment leur rémunération tout en délaissant leur service, le passé administratif de la ministre de la Fonction publique est subitement revenu au premier plan. Interrogée sur son long séjour en France de 2002 à 2023, la ministre Laurence Ndong s’est défendue en évoquant un gel de solde survenu en 2015. Une ligne de défense qui suscite de nombreuses interrogations.
Dans une tribune adressée à la nation et aux pouvoirs publics, la juriste Marlène Fabienne Essola Efountame s’interroge publiquement sur la période de 2002 à 2015. « Il s’ensuit une déduction logique irréfutable : entre son départ non autorisé pour la France en 2002 et son basculement dans l’opposition en 2015, l’intéressée n’a subi aucune menace ni traque administrative », pointe-t-elle pour souligner l’absence de sanctions durant ces treize premières années. Selon la juriste, l’ancienne enseignante aurait ainsi bénéficié des failles et des complaisances du système qu’elle est aujourd’hui chargée de réformer.
L’offensive se déploie également sur le terrain du droit administratif et du droit pénal. Rappelant les dispositions relatives au Statut général de la Fonction publique, Essola Efountame rappelle que l’absence injustifiée exige une mise en demeure puis une radiation d’office dans un délai légal de trois mois, tandis qu’un gel de solde ne peut dépasser quatre mois. « Soutenir qu’un poste budgétaire a pu demeurer « gelé » de manière informelle pendant des années relève d’une hérésie juridique et d’une fiction administrative », martèle la juriste avant d’ajouter que « la défaillance, la carence ou la complaisance de l’administration ne saurait en aucun cas exonérer un fonctionnaire de ses propres obligations statutaires ».
Sur le plan judiciaire, elle évoque des qualifications de recel de détournement de deniers publics pour les salaires perçus sans service fait, ainsi que de possibles faux et usage de faux lors de la régularisation ultérieure du poste. Marlène Fabienne Essola Efountame interpelle directement les institutions en demandant la saisine de la Cour des Comptes pour un audit financier et le remboursement des sommes versées, ainsi que l’ouverture d’une enquête par le parquet de Libreville.
Cette controverse met en lumière les tensions persistantes autour de la moralisation de la vie publique et de la gestion des ressources humaines de l’État. En exigeant la mise en retrait de la ministre pour préserver la crédibilité de l’action gouvernementale, les critiques rappellent que la restauration des institutions et l’équité républicaine ne pourront s’imposer durablement sans une exemplarité irréprochable au sommet de l’État.
Vigny Ngami-Tsiba



