
AFRICALEADNEWS – (Gabon) L’exercice de hautes fonctions appelle à une réserve absolue, une exigence de dignité que le cabinet de la ministre de la Fonction publique semble avoir oubliée. Alors que les réseaux sociaux sont officiellement suspendus par la Haute Autorité de la Communication (HAC), un chargé de missions s’est illustré par une légèreté déconcertante en tournant en dérision sur Facebook la mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, lors de frappes américaines. Le psychopédagogue Darius Enguengh Mintsa s’insurge contre cette maladresse diplomatique qui, au-delà de l’écart de langage, fragilise la crédibilité de l’État et bafoue la discipline institutionnelle.
À l’ère des réseaux sociaux, la frontière entre expression individuelle et responsabilité institutionnelle s’est considérablement rétrécie. Pour un agent public, et plus encore pour un collaborateur ministériel, la parole diffusée en ligne n’est jamais totalement privée. Elle s’inscrit dans un espace où les perceptions, les symboles et les rapports de force diplomatiques jouent un rôle déterminant. Dans ce contexte, chaque prise de position peut être interprétée comme un indice de l’attitude de l’État, indépendamment de l’intention réelle de son auteur.
La défaillance du devoir de réserve (NDLR)
C’est ce qui confère une portée particulière aux propos publiés ce lundi 2 mars sur la page Facebook de Judes Bertrand Mekame Mba, collaborateur de la ministre de la Fonction publique, qui a réagi à l’annonce de la mort supposée de l’ayatollah Ali Khamenei en écrivant : « il s’appelait carrément le guide suprême n’importe quoi (emoji rouler par terre de rire) ». Faut-il rappeler à Monsieur le Chargé de mission qu’en Iran, le Guide suprême n’est pas un titre honorifique : il incarne l’autorité religieuse, politique et militaire la plus élevée du pays, et constitue l’un des piliers de la stabilité institutionnelle de la République islamique.
Tourner en dérision une figure occupant une telle fonction, dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques, ne relève donc pas d’une simple maladresse. En touchant à un symbole étatique majeur, ce type de propos franchit une véritable ligne rouge : celle qui sépare l’expression personnelle de la parole susceptible d’être interprétée comme institutionnelle. Il appartient désormais à sa hiérarchie d’apprécier la gravité de ces propos.
L’impératif d’une parole d’Etat cohérente (NDLR)
Le droit de réserve, au cœur de la déontologie de la fonction publique, existe précisément pour prévenir ce type de confusion. Il impose à l’agent public une obligation de retenue dès lors que ses propos peuvent affecter la neutralité, la crédibilité ou les intérêts de l’État. Cette obligation n’est pas une contrainte idéologique, mais un mécanisme de protection institutionnelle. Elle vise à garantir que la parole publique demeure cohérente, lisible et compatible avec les engagements diplomatiques du pays. Dans un environnement numérique où les messages circulent instantanément et peuvent être sortis de leur contexte, cette exigence prend une importance accrue.
La publication dénoncée interroge la capacité de l’État à encadrer la communication de ses représentants, à tous les niveaux. Elle engage, d’une certaine manière, la responsabilité de la ministre de la Fonction publique, garante de la discipline de son cabinet, mais aussi celle du chef du gouvernement, chargé d’assurer la cohérence de l’action publique. Laisser se banaliser ce type de dérive reviendrait à affaiblir la maîtrise de la parole institutionnelle, au moment même où les États doivent redoubler de prudence dans leurs interactions internationales. Dans cette perspective, il est espéré que le Chef de l’État, Chef du gouvernement, rappelle clairement à ses ministres, et à l’ensemble de leurs collaborateurs, l’importance du devoir de réserve auquel tous sont soumis. Réaffirmer cette exigence, c’est préserver l’autorité de l’État et la cohérence de sa parole.
Darius Enguengh Mintsa, Docteur en Psychopédagogie
NB : Les intertitres sont de la Rédaction



