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Sénégal : le quinquennat du néant annoncé

Sénégal : le quinquennat du néant annoncé

AFRICALEADNEWS – (Sénégal) « Cependant, le slogan ou cri de cœur Diomaye moy Sonko était une trouvaille qui ne pouvait produire un effet positif qu’au Sénégal. L’explication est simple : le fanatisme. »
— Présidentielle 2024 au Sénégal : Échec et Mat, p. 175, juin 2024

Je l’avais écrit. Je le répète ici : l’enthousiasme populaire ne fait pas la politique.

Celles et ceux qui croyaient en Ousmane Sonko, qui n’était pas candidat à la présidentielle de 2024, ont été séduits par le slogan Sonko moy Diomaye. La naïveté fut de croire que cette formule pouvait, à elle seule, tenir lieu de projet politique et d’architecture crédible de gouvernement.

Aucune stratégie sérieuse de développement ni dispositif institutionnel solide n’étaient véritablement adossés au projet Diomaye Président. Cette naïveté révèle une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un État, tant chez certains acteurs politiques que chez leurs soutiens.

La force d’un État réside dans la lisibilité de son pouvoir. Dès lors que l’autorité devient floue, que l’on ne sait plus qui gouverne réellement, la machine institutionnelle se grippe et le pays tangue. Les faits l’ont confirmé.

Ce texte peut être critiqué et discuté, mais uniquement par des arguments solides : ni insultes, ni attaques personnelles, ni partisanerie. C’est l’analyse d’un Sénégalais attaché à son pays, lucide sur ses fragilités.

Aujourd’hui, Sonko n’est plus Diomaye. C’est un truisme.

Les récentes déclarations de certains directeurs généraux, maires et députés pro-Premier ministre l’ont démontré à satiété. Les ministres, eux, paraissent paralysés, incapables de trancher, probablement parce qu’ils oscillent entre l’exécutif et la logique partisane.

Pendant ce temps, le pays tangue.
La dette atteint des niveaux préoccupants.
Le chômage s’aggrave.
Enseignants, élèves et étudiants sont en grève.
Aucune réforme ne semble atteindre sa cible.

Pourtant, le Pastef avait promis de gouverner autrement, différemment de tous ceux qui l’avaient précédé.

La question est donc brutale :
le Sénégal appartient-il encore aux Sénégalais, ou simplement aux ambitions partisanes et aux calculs personnels ?

Après avoir désacralisé la fonction présidentielle sous Macky Sall, en la réduisant presque à rien, les nouveaux théoriciens autoproclamés de la « bonne pratique politique » ont ramené la fonction présidentielle, sous Bassirou Diomaye Faye, à celle d’un simple militant de parti.

Le président paraît affaibli. Il est toisé par des directeurs généraux et des députés qui ignorent les limites de leur mandat et les responsabilités qui pèsent sur eux. Jamais la fonction présidentielle n’a semblé aussi exposée.

Dans cette logique, la majorité n’est plus une force de cohérence, mais un simple baromètre de bruit politique. Or, le temps électoral est circonscrit. Le reste du temps devrait être consacré au travail, uniquement au travail.

Les sorties absurdes de certains députés illustrent cette dérive. Dans un pays institutionnellement sérieux, leur rôle ne dépasserait pas celui d’un conseiller municipal. Pourtant, l’assentiment du plus grand nombre transforme leurs propos fragiles en vérités proclamées.

La loi du nombre, dans un contexte de fort analphabétisme, de faiblesse du débat public et de prédominance du divertissement, devient un poison démocratique. Dans ce glissement, la loi du plus grand nombre, nécessaire au fonctionnement démocratique, se mue dangereusement en loi du nombre, où, selon la logique des foules décrite par Gustave Le Bon, le nombre finit par remplacer la raison. Ceux qui tentent d’imposer un débat sérieux, austère et structuré sont marginalisés.

Les députés, se comportant comme s’ils détenaient un mandat impératif, pourtant historiquement rejeté, ignorent la nature représentative de leur mission. Leurs réformes sont régulièrement censurées par l’autorité judiciaire, révélant une déconnexion manifeste avec les exigences constitutionnelles. À ce rythme, l’Assemblée nationale risque de demeurer une institution de très faible qualité.

Le pouvoir judiciaire, dernier rempart de l’État de droit

Si l’on parle encore d’État de droit au Sénégal, c’est grâce à la rigueur de nos institutions judiciaires, en particulier les juges du siège. Ils assurent la cohérence de l’action publique et protègent les citoyens contre l’arbitraire.

J’avais consacré un chapitre entier de mon ouvrage Présidentielle 2024 au Sénégal : Échec et Mat (pp. 33–57) au rôle central de l’autorité judiciaire, qui a permis d’éviter un chaos institutionnel majeur.

Président Diomaye : reniements et paradoxes

Le président de la République a commis une faute stratégique majeure en désertant les élections législatives. Dans un régime nécessitant une majorité parlementaire pour gouverner efficacement, cette absence a fragilisé son autorité et ouvert un espace de redéfinition des règles du jeu à son détriment.

Il peine aujourd’hui à corriger cette erreur, au point de poser des actes autrefois dénoncés par son propre camp. L’organisation d’un ndogou au palais présidentiel à destination des députés en est l’illustration la plus frappante. Cette initiative, discutable et probablement contre-productive, a monopolisé le débat public au détriment des urgences nationales : grèves, tensions sociales, crise éducative. Elle révèle une déconnexion préoccupante entre le pouvoir et la réalité du moment.

Le paradoxe est d’autant plus fort que le Pastef avait vivement critiqué, hier, l’usage politique du palais présidentiel. Le refus de certains députés d’y participer, quels qu’en soient les motifs réels, a publiquement affaibli le chef de l’État.

S’il veut éviter que ce quinquennat ne sombre dans l’échec, le président doit intégrer une vérité simple : son seul soutien durable réside dans l’action, l’autorité assumée et des réformes courageuses.

Les débats prématurés sur la présidentielle de 2029

Les débats prématurés autour de 2029 ne sont pas anodins. Entre 2019 et 2024, l’espace public sénégalais a été saturé par la question du mandat du président Macky Sall. Bien qu’il disposât d’une autorité réelle et pût mettre au pas tout récalcitrant, cette focalisation permanente a cristallisé les tensions et détourné l’attention des urgences sociales, fragilisant le pays.

Aujourd’hui, entre 2024 et 2029, le scénario se répète : la question obsédante de la candidature, Ousmane Sonko ou Bassirou Diomaye Faye, supplante déjà les priorités nationales. Comme si l’accession à la magistrature suprême importait davantage que l’emploi, l’éducation, la santé ou la stabilité sociale. Cette dérive révèle un mal profond : la conquête du pouvoir prime sur son exercice effectif, et les calculs de candidature prennent le pas sur les urgences du pays.

Si les Sénégalais continuent à se laisser happer par ces débats prématurés, le quinquennat sera définitivement marqué par le néant, non par manque de potentiel, mais par l’incapacité de concentrer l’action sur l’essentiel.

Quant au président Bassirou Diomaye Faye, en définitive, il lui reste du temps pour rectifier le tir. À défaut, ce quinquennat restera marqué, du début à la fin, par le néant.

Boubacar Mohamed SY
Juriste – écrivain
Dernier livre : Misons sur l’éducation, Ed. Harmattan, 100 pages

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