Côte d’Ivoire : la noix de cola en quête de renouveau
Côte d'Ivoire : la noix de cola en quête de renouveau

La Côte d’Ivoire est le deuxième producteur mondial de noix de cola après le Nigeria, mais en est le principal exportateur. Alors que la filière ivoirienne est en déclin depuis plusieurs années, la cotation de la matière première en bourse offre une nouvelle opportunité pour sa relance.
Le 28 mai 2025, la Côte d’Ivoire a franchi une étape majeure en lançant la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) à Abidjan. Parmi les trois produits agricoles cotés figurent notamment la noix de cajou, le maïs et la noix de cola. Alors qu’elle est bien moins en vue que les deux premiers, la noix de cola peut désormais gagner en visibilité grâce à la nouvelle structuration du marché agricole national qui se dessine.
Un nouveau souffle pour une culture ancestrale en déclin
L’inclusion de la noix de cola dans la BMPA vise à apporter transparence et structuration à une filière jusqu’alors dominée par l’informel. Lors de la première séance de cotation, la noix de cola s’est échangée à 1000 FCFA le kilogramme, contre 440 FCFA pour la noix de cajou et 220 FCFA pour le maïs.
À travers le lancement de la BMPA, les autorités ivoiriennes visent une meilleure structuration des filières agricoles cotées en assurant des prix transparents, un meilleur accès au financement et une intégration renforcée aux marchés nationaux et internationaux. Autant de promesses qui, si elles se réalisent, devraient contribuer à relancer une filière stratégique en déclin depuis les deux dernières décennies.
En effet, la noix de cola occupe une place centrale dans les traditions ivoiriennes, utilisée lors de cérémonies, de rituels et comme symbole d’hospitalité. Avant la création de la BMPA, la filière restait largement informelle, marquée par la volatilité des prix et un manque de visibilité pour les producteurs.

Evolution de la production ivoirienne de noix de cola
Dans ce contexte, les données compilées par la plateforme TRIDGE, spécialisée dans l’intelligence économique agricole et le commerce des produits alimentaires, montrent que la production ivoirienne a baissé de 1,88 % en moyenne par an entre 2010 et 2022, passant de 67 000 tonnes à 58 640 tonnes. Sur l’ensemble de cette période, cela représente une baisse totale de 12,5 %.
Le segment des exportations n’est pas mieux loti. Les données compilées par la Direction des douanes révèlent, par exemple, que le volume de noix de cola expédié par la filière a baissé de 21,2 %, s’établissant à 23 000 tonnes en 2023. Parallèlement, les recettes générées ont également baissé, s’affichant à 1,5 milliard de francs CFA (2,6 millions $) en 2023, soit 16,7 % de moins que l’enveloppe engrangée un an plus tôt.
Ce déclin peut s’expliquer par la faiblesse d’un système de production, encore basé sur la cueillette et l’exploitation d’arbres spontanés disséminés dans les forêts ou les plantations de caféiers et de cacaoyers. Le secteur est également confronté à une forte pression parasitaire, au vieillissement des vergers et à la disparition des forêts. Pour pallier ces défaillances et relancer la filière, le Centre national de recherche agronomique (CNRA) appelle à une modernisation en profondeur, incluant l’adoption de variétés sélectionnées, le développement d’itinéraires techniques adaptés, et l’utilisation de matériel végétal à haut rendement et résistant aux principaux ravageurs.
Perspectives
Pour Félix Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), « la mise en place de la BMPA répond à une volonté claire de doter la Côte d’Ivoire d’un outil moderne, efficace et inclusif, pour une valorisation optimale des produits agricoles locaux ». Dans cette perspective, la filière ivoirienne de la noix de cola pourrait tirer parti de nouvelles opportunités commerciales à l’international.
En effet, le marché africain de la noix de cola est en pleine croissance. Selon une étude publiée en avril 2025 par le cabinet Cognitive Market Research, sa valeur est passée de 41,28 millions $ en 2021 à 45,93 millions $ en 2025, soit une croissance de 11 % en quatre ans. Sur les huit prochaines années, l’analyse projette une hausse annuelle moyenne de 2,72 %, ce qui porterait le marché à 56,93 millions $ d’ici 2033.
Sur le continent, l’Afrique du Sud domine la demande avec 34,8 % de part de marché, suivie du Nigeria (25,3 %), principal débouché de la Côte d’Ivoire. Cette dynamique régionale pourrait ainsi représenter un levier de valorisation important pour la filière ivoirienne.
À l’échelle mondiale, Cognitive Market Research estime que le marché de la noix de cola atteindra 119 millions $ en 2025 et anticipe une croissance moyenne de 3,3 % par an jusqu’en 2033.
Selon plusieurs observateurs, la dynamique de croissance projetée pour les prochaines années s’explique par la diversification des usages de la noix de cola. De plus en plus valorisée dans l’agro-industrie, la matière première entre notamment dans la composition de boissons énergétiques, de compléments alimentaires, de produits cosmétiques, mais aussi dans la médecine traditionnelle, en raison de ses multiples vertus.
Si la cotation en bourse pose les bases d’une meilleure structuration de la filière ivoirienne, les pouvoirs publics doivent s’engager davantage avec des politiques ciblées pour accompagner la modernisation et la compétitivité de la filière. Ainsi, la noix de cola pourrait non seulement renforcer l’économie ivoirienne, mais aussi affirmer sa place sur la scène agricole internationale.
Stéphanas Assocle- agenceecofin.com



