Côte d’Ivoire : le secteur privé appelé à investir dans la 2ème transformation de l’hévéa
Côte d’Ivoire : le secteur privé appelé à investir dans la 2ème transformation de l’hévéa

La Côte d’Ivoire est le premier producteur africain de caoutchouc naturel et le troisième au niveau mondial, derrière la Thaïlande et l’Indonésie. Face à la saturation du segment de la première transformation, la filière est désormais appelée à diversifier son offre de produits à valeur ajoutée.
En Côte d’Ivoire, le Conseil Hévéa-Palmiers à huile ne délivrera plus de nouvelles autorisations pour l’installation ou l’extension de la capacité des usines de première transformation des produits issus de l’hévéa, et ce jusqu’à nouvel ordre. Cette nouvelle mesure vise notamment à freiner une croissance industrielle devenue déséquilibrée par rapport à la production de matière première dans la filière.
Dans un communiqué publié le 4 juin sur son site, le Conseil Hévéa-Palmiers à huile a révélé que le segment de la première transformation de la filière, qui consiste à transformer le latex brut récolté sur les arbres d’hévéa en caoutchouc naturel solide, est actuellement en surcapacité.
Face à cette situation, le régulateur encourage les investisseurs privés à réorienter leurs capitaux vers la seconde transformation (fabrication de pneus, produits techniques, caoutchouc moulé) encore marginale, mais aussi vers la valorisation des graines et du bois d’hévéa. Pour les autorités, l’enjeu est désormais d’améliorer la création de valeur ajoutée et de diversifier les débouchés dans la filière.
La perspective d’une réorientation des capitaux privés pourrait accélérer l’émergence de secteurs encore embryonnaires comme la bioénergie qui valorise les sous-produits agricoles. Dans la filière hévéa, plusieurs initiatives illustrent déjà cette dynamique. À Divo, la Société des Energies Nouvelles (SODEN) a annoncé le 3 juin 2025 son intention de développer une centrale de 76 MW alimentée par des déchets agricoles, dont les hévéas en fin de vie.
En parallèle, le groupe Eni transforme des graines d’hévéa en huile végétale pour ses bioraffineries. Après une phase pilote réussie, l’entreprise a signé le 28 mai dernier, un accord avec le gouvernement pour structurer une filière nationale des biocarburants. Autant de projets qui offrent de nouveaux débouchés énergétiques, tout en générant des revenus supplémentaires pour les petits producteurs.
Par ailleurs, cette décision du Conseil Hévéa-Palmiers suggère implicitement que l’objectif du gouvernement d’atteindre 100 % de première transformation des produits de l’hévéa en Côte d’Ivoire en 2025 devrait se réaliser. En interdisant les nouveaux projets d’usines de première transformation, le régulateur affirme ainsi que les infrastructures existantes suffisent à absorber la totalité de la production nationale, qui atteignait déjà 1,67 million de tonnes en 2023, selon les données officielles.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA



