
AFRICALEADNEWS – (Gabon) Signé le 20 juillet 2026 à l’Élysée sous le patronage d’Emmanuel Macron et de Brice Clotaire Oligui Nguema, le protocole d’accord entre Libreville et Eramet pour la valorisation du manganèse prend les allures d’un compromis pragmatique. Si la feuille de route ambitionne de traiter jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici 2031, le calendrier s’étalant dans le temps et les exigences posées par le géant minier révèlent un rapport de force où l’État gabonais a dû revoir ses ambitions à la baisse.
De la construction d’une usine d’oxyde de manganèse pour batteries à Libreville d’ici 2028, à la rénovation du Complexe métallurgique de Moanda (CMM) d’ici 2029, jusqu’à la création d’un nouveau site de production d’alliages en zone côtière à l’horizon 2031, l’affichage se veut ambitieux.
Le couperet de 2029 repoussé au profit du pragmatisme
Pourtant, derrière la rhétorique des communiqués officiels, un constat s’impose : l’échéance du 1ᵉʳ janvier 2029, fixée par le gouvernement pour interdire formellement toute exportation de manganèse brut, semble déjà avoir vécu. En actant un calendrier de projets s’étalant jusqu’en 2031, pour un volume plafonné à 700 kt, sur une production nationale qui se compte en millions de tonnes, le protocole d’accord confirme implicitement que le Gabon continuera d’exporter la majeure partie de son minerai non transformé bien après la date butoir fixée par les autorités. L’interdiction totale en 2029 s’efface ainsi au profit d’un glissement progressif et conditionnel.
Cet accord est bien loin d’être une victoire à taux plein pour Libreville. Eramet a entouré ses engagements de garde-fous stricts qui renvoient la balle dans le camp gabonais. L’industriel rappelle qu’aucun projet d’envergure, notamment la nouvelle usine d’alliages, ne verra le jour sans « l’accès à une énergie compétitive », un prérequis critique dont la responsabilité est explicitement rejetée sur l’État gabonais, à qui il incombe de développer les solutions énergétiques avec l’aide de tiers. De plus, le groupe minier martèle sa décision d’évaluer la rentabilité financière de chaque étape « de façon autonome », se réservant le droit de ne concrétiser que les options économiques viables. En somme, la souveraineté industrielle imposée par le politique se heurte une fois de plus au principe de réalité d’un multinational soucieuse de ses rendements.
Des garanties sous conditions et un calendrier négocié
Dans ce contexte, la valeur juridique de cet engagement interroge. Il ne s’agit à ce stade que d’un « protocole d’accord » cadre, instituant un comité de suivi trimestriel et des études de faisabilité. Rien ne garantit formellement la concrétisation de l’ensemble des chantiers annoncés, d’autant que le projet de grande usine côtière reste suspendu à la signature ultérieure d’une « convention d’investissement distincte » et à une décision finale d’investissement d’Eramet. Si les annonces annexes, comme le développement d’une filière de biocharbon à Lastourville ou la création d’un fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon » visant 3 000 emplois, apportent des gages appréciables sur le terrain social et environnemental, elles ne sauraient masquer l’essentiel.
Plus qu’une révolution industrielle immédiate, la poignée de main parisienne s’apparente à une renégociation diplomatique des délais : le Gabon accorde de la flexibilité temporelle à son partenaire historique, tandis qu’Eramet réaffirme son ancrage local tout en posant ses conditions d’infrastructures. La transformation du manganèse gabonais s’engage, mais à un rythme dicté par les contraintes du marché et de l’énergie, bien loin du couperet réglementaire initialement promis.
Vigny Ngami-Tsiba



