Santy Ngom : parcours atypique, destin magique

 

A 25 ans, Santy Ngom débute une carrière professionnelle et internationale que rien dans sa trajectoire sinueuse ne pouvait présager. Les personnes qui l’ont façonné dressent le portrait d’un battant.

On ne l’attendait pas. Mais il a surgi de nulle part. Et, comme une force impérieuse, a poussé les portes de la Tanière. Où en quelques apparitions, il a littéralement pris ses aises. Avouons-le : l’arrivée de Santy Ngom en équipe nationale ne ressemble en rien à celles de ces indélicats qui forcent l’entrée d’une réception à laquelle ils n’étaient pas conviés. Elle s’est faite en douceur. Aucune préparation médiatique n’a précédé sa venue. On en est presque réduit à se demander d’où sort ce gaucher qui par son talent, est en train de «truster» le cœur du jeu des Lions en un temps record. La réponse est à chercher dans ce refrain fredonné par son père : «Tëngëri géej, Tëngëri géej, Tëngëri géej», un éclat de rire sympathique en fond sonore. Santy est un Lébou bon teint. Son grand-père vient de Bargny, sa grand-mère de Pout, son pater (âgé de 52 ans), né à Nguékokhe, a grandi à Rufisque à la Cité Filao. Avec une éducation spartiate, qui lui interdisait les petits plaisirs de la vie, ce petit Lébou pouvait répondre à l’appel du grand bleu. Mais son papa, le Lébou qui ne sait ni nager ni faire du vélo, s’évadait en ballon. Pape Ibrahima Ngom caressait le rêve fou de devenir footballeur professionnel. Il s’entraînait au Jaraaf, où il n’a disputé que des matches amicaux, avant d’aller, en 1985, faire des tests en France. C’est à Avignon qu’il s’est posé, attendant son heure en division d’honneur, mais l’aventure n’a duré que le temps d’une rose.

Enfant, il cassait tout à la maison

Au bout de deux ans, Papa Ibrahima Ngom foule aux pieds ses ambitions de footeux. Sa formation au centre des ressources de techniques avancées (Crta) a pris le dessus sur sa passion. Au lieu d’une vie en ballon, Ibrahima Ngom a dégotté un emploi et a fait, plus tard, la rencontre d’une femme magnifique, d’un père Algérien et d’une mère Française. Son nom : Cathy Adjaoud. Ensemble, ils ont fondé une famille de cinq enfants, dont Santy Ngom. «Quand j’ai su qu’il était un garçon, ma joie était immense, raconte le père. J’ai ouvert un ballon et je l’ai mis dedans (rire). Avec lui, on ne faisait que ça : ballon ! Santy cassait tout à la maison. Quand il envoyait le ballon chez les voisins, ils le pétaient avant de le lui renvoyer. Je lui en achetais encore et encore…» Le combat du père n’était pas facile, celui du fils non plus. A l’âge de 8 ans, Santy Ngom a intégré le centre de formation professionnel du Mans, le même laboratoire d’où est sortie une icône du football mondial, Didier Drogba. «Là-bas, se remémore son père, il a joué pendant 8 ans comme meneur et 3 ans comme attaquant de pointe. L’entraîneur a vu qu’il avait de l’abatage pour bousculer les autres devant.»

«Boudeur» et «perfectionniste»

Son entraîneur, c’était Régis Beunardeau. Ce dernier, directeur technique à l’époque, aimait voir les benjamins répéter leurs gammes. Il est tombé un jour sur un garçon doué au caractère affirmé. Joint au téléphone, le technicien esquisse un sourire au moment de rembobiner ce moment particulier : «J’étais entraîneur et venais voir l’équipe des benjamins par curiosité, parce que mon fils était dans le groupe, j’avais aussi en charge la direction technique du club. Santy et moi on ne se connaissait pas. Mais j’ai tout de suite vu qu’il était plus fort (techniquement) que les autres. Je suis intervenu un moment pour lui demander de jouer un peu plus collectif, parce qu’il jouait en solo. Il n’a pas voulu le faire, je l’ai sorti. Il s’est mis à bouder et ne m’a même pas dit au revoir en partant.» Quel culot ! «J’ai trouvé ça très amusant de la part d’un gamin de son âge (8 ans).» Régis en rigole toujours. Santy itou. «Il faut avoir de la personnalité. Mais j’ai grandi maintenant et je respecte les consignes», sourit le joueur.

Ce chapitre fermé, les deux hommes ont cheminé ensemble pendant 11 ans : de la préformation (8 ans) au groupe pro en passant par les U19 et la Cfa. Beunardeau a couvé le bonhomme du regard et l’a aidé à gommer ses imperfections techniques. Il a gardé de Santy le souvenir d’un garçon «un peu bougon». «Il boudait de temps en temps, mais avait un gros potentiel.»

Si le diamant a mis du temps pour dégager tout son éclat, c’est parce que les aléas de la vie ne l’ont pas épargné. Au moment où les formateurs voyaient Santy prendre son envol, un problème de croissance l’a poussé dans le creux de la vague. «C’est la période où il avait 14-15 ans. Il a grandi moins vite que les autres et s’est retrouvé dans une situation très difficile. Il ne jouait plus beaucoup et a même été sorti de la structure du Mans.» Relégué chez les amateurs à 16-17 ans, le phénix, Santy renaît de ses cendres deux ans plus tard pour réintégrer le centre de formation, affûté comme jamais. «A ce moment, je m’occupais des U18-19 au Mans, témoigne Régis. Il a réintégré la structure et a même fait la CFA avec moi.» Mais poursuivi par le mauvais sort, le jeune footballeur qui rêvait d’une carrière à la Didier Drogba sera très vite rattrapé par les pépins : une cheville endolorie l’a écarté des terrains pendant un an et demi et l’a empêché de passer un cap, rejoindre les pros. Beunardeau : «Il me semble que Santy n’avait pas un contrat pro au Mans, mais juste un contrat stagiaire. On devait lui faire signer un contrat pro, mais à ce moment-là, le club était pratiquement en dépôt de bilan.» Santy a alors quitté le Mans, laissant derrière lui une belle réputation : «C’est un perfectionniste. Il veut toujours réussir ce qu’il entreprend, et quand il n’y arrive pas, il boude. C’est bon signe, cela veut dire qu’il veut réussir. Son parcours le prouve. Ce n’était pas évident pour lui, mais il n’a jamais rien lâché. C’est grâce à son mental qu’il en est là aujourd’hui.» Dans ce monde professionnel où portes et fenêtres lui étaient fermées. Santy Ngom a dû forcer son destin pour goûter aux délices de la Ligue 1 et de la sélection sénégalaise.

Un mental d’acier

Du Mans au Pfk Levski Sofia en Bulgarie en passant par les centres de formation de Guingamp et du Psg, à chaque fois qu’on pensait qu’il allait enfin remonter la pente, il s’est retrouvé au bord de l’abîme. Mais ces échecs répétés, pour des raisons diverses, ont eu un effet de miroir sur un homme qui aime se regarder dans le négatif pour mieux envisager le positif. Son moral n’a jamais été entamé. Mamadou Bakayoko, son agent depuis 2014, le confirme : «Ce n’est jamais facile quand on change de club chaque année. Des gens ont vécu moins et ont tout arrêté, lui est encore en vie. Il a dû déprimer, peut-être, avoir des doutes, mais il n’a jamais rien lâché et n’a rien laissé paraître. Il faut reconnaître aussi que son entourage a été bon, sa famille soudée, c’est pourquoi Santy a toujours été positif et savait que l’avenir allait lui sourire.» Pour étayer son argumentaire, le conseil du joueur raconte cette anecdote : «En début d’année, il m’a dit : Mamadou, je me suis toujours entraîné avec les jeunes, j’aime bien le coach, mais je n’apprends plus rien. Il faut que j’aille au-dessus. C’est le moment. Deux mois plus tard, une séance d’entraînement lui a suffi pour convaincre le coach, Ranieri, le meilleur entraîneur 2016, qui le compare souvent à Jamie Vardy.» Champion de la Premier League en 2016, l’international anglais a quitté la 6e division pour faire un pied de nez aux dirigeants des clubs anglais qui n’ont jamais cru en lui, jusqu’à ce qu’il rencontre un certain Ranieri sur le banc de Leicester. Mais Santy n’est pas Vardy. «Il a encore une marge de progression, notamment dans la vivacité», renchérit Régis Beunardeau à qui le néo-lion, «très costaud», fait penser à Bafétimbi Gomis. «C’est le même style de joueur, le même registre.»

La simplicité incarnée

Côté personnalité, tout oppose les deux footballeurs. Contrairement à l’ancien capitaine de l’Olympique de Marseille, le Nantais, qui a réussi son baptême du feu en sélection le 23 mars dernier contre l’Ouzbékistan (1-1 au Maroc), est selon son coach formateur, loin d’être un orateur hors-pair. «Ça me surprendrait qu’il prenne beaucoup la parole dans le vestiaire du Sénégal. Il va arriver un peu sur la pointe des pieds.» L’avis de Régis est partagé par Mamadou Bakayoko : «Dans le vestiaire, Santy est quelqu’un qui ramène de bonnes ondes. Il est très positif. Mais je ne le vois pas être dans un amphithéâtre pour faire un discours. S’il n’a pas quelque chose à dire, il reste dans son coin. En revanche, si vous passez une journée ensemble, vous allez parler de tout et de rien. Il n’est ni introverti ni extraverti : il est simple.» Ce joueur ne verse ni dans le clinquant ni dans l’esbroufe. La preuve, «à Nantes, les footballeurs arrivent à l’entraînement avec des bolides : Ferrari, Materazz ou Lombardini, lui débarque et passe inaperçu avec sa «BMW Série 1». A sa simplicité légendaire chantée par son agent, son meilleur ami, l’attaquant de Nancy Lorraine, Anthony Koura, câblé en plein stage, ajoute des qualités de «bosseur», de «générosité» et «d’humilité», sans doute nourries au fil d’une enfance ballotée entre les différentes structures de jeunes.

«Jamais content de lui-même»

Pour ne pas forcer le trait, pour ne pas être dithyrambique, son conseiller lui trouve un défaut : «insatisfait». «Après chaque match, Santy arrive à se trouver un défaut. Il n’est jamais content de lui-même. Trop exigeant avec lui-même.» Tant mieux, le Sénégal a parié sur un joueur arrivé «sur la pointe des pieds, avec humilité, respect, reconnaissance et l’envie de faire partie du projet.»

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