Omar Ampoi Bodian, chargé de mission du Macquis – « Nos commandants nous ont dit ne pas être mêlés à cette tuerie »

 

 

iGFM – (Dakar) L’homme est fier d’appartenir au Mfdc et n’use pas de langue de bois. Il est même catalogué trop incendiaire pour une partie du maquis, même si lui se décrit comme quelqu’un de trop conciliant, non pas un adepte de la guerre, mais un apôtre de la paix. Rencontré, de retour de la brousse, dans sa maison de Ziguinchor, Omar Ampoi Bodian, chargé de mission du Mfdc, proche de César Atoute Badiate et grand rédacteur des communiqués du maquis, a fait à «L’Obs» le round-up de la situation conflictuelle qui prévaut en Casamance. De la tuerie de Bofa aux probables futures négociations, Ampoi dit tout.

 

En tant que chargé de mission du Mfdc, donc au courant des moindres secrets du maquis,qu’est-ce qui a mené, selon vous, à cette tuerie de Bofa-Bayotte ?

Je ne saurais dire ce qui a amené cette situation, mais la question qu’on devrait se poser est : qu’est-ce que le Sénégal a fait ou n’a pas fait pour qu’on en arrive à cette situation ? Je suis un environnementaliste, nous savons que cette région à caractère agricole était, jadis, le grenier du Sénégal. Qu’est-ce que le Sénégal a fait pour en arriver là ? Beaucoup de choses n’ont pas été respectées par le Sénégal, que ce soit dans le cadre de l’environnement, les barrages de Kidel et d’Affignam, rien n’a été fait. Dans le cadre de la protection des ressources halieutiques, Antoine Sambou a été tué à Pointe Saint-Georges et il n’y a jamais eu d’enquête.Ce jeune défendait bec et ongles l’environnement et les ressources halieutiques, ils l’ont tué. Des jeunes de Thionck-Essyl ont été emprisonnés l’année dernière, parce qu’il y avait des étrangers qui prenaient les alvéoles, les petits poissons, pour les enterrer dans des trous. Ces jeunes ont voulu défendre leur écosystème et les ressources halieutiques, mais ils ont été emprisonnés. A Médina Yoro Foulah, des jeunes se sont ligués contre les coupeurs de bois et ils ont été emprisonnés. A Kédougou, un jeune du nom de Sagna a été tué par les douaniers. A Toubacouta, des jeunes qui défendaient l’environnement ont été emprisonnés. Qu’est-ce qui est à l’origine de tout cela? Qu’est-ce que le Sénégal a fait de tous ces dossiers ? Où se trouve l’Etat de droit tant prôné ?

 

Oui mais, on ne peut pas se faire justice soi-même…

Je ne dis pas que ce sont ces jeunes qui sont coupables. Mais on dit que tous ces problèmes émaneraient de la coupe de bois, et en 2006, le Président Macky Sall disait : Tolérance zéro pour les coupeurs de bois. Alors si réellement ce problème était orienté sur cela, qu’est-ce que le Sénégal a fait pour en arriver là ? Mais tout le monde condamne cet acte barbare, nous du Mfdc, nous présentons nos condoléances aux familles des victimes.

 

Mais est-ce que ce n’est pas à cause de cette situation d’insécurité que vous avez instauré dans la forêt que l’Etat du Sénégal ne peut pas tout le temps intervenir?

Mais les gens accèdent à la forêt depuis belle lurette sans que le Mfdc ne le leur interdise. Il y a une part de responsabilité entre l’Etat du Sénégal et le Mfdc, les responsabilités doivent être situées.Et pour cela, il faut voir du côté de l’Etat du Sénégal ce qui s’est passé réellement. Moi qui suis dans l’aile politique du Mfdc, je ne peux pas m’aventurer dans des choses dont je ne connais pas les tenants et les aboutissants. Mais la forêt doit être sauvegardée par l’Etat du Sénégal en premier lieu. Maintenant, si l’Etat du Sénégal ne le fait pas, et que les populations et des personnes de bonne volonté s’organisent pour le faire, je pense que c’est une bonne chose.

 

Que pensez-vous de la thèse suivante : en voulant prendre la revanche des jeunes de Toubacouta, le Mfdc qui contrôle, plus ou moins, la forêt de Bofa, a ouvert le feu sur les exploitants forestiers?

Les gens sont libres de dire ce qu’ils veulent, je ne peux pas répondre à toutes les allégations. Mais le Mfdc, depuis l’époque de l’Abbé Diamacoune, a toujours demandé aux populations de sauvegarder l’environnement en général, parce que le problème casamançais a commencé quand l’ex-maire de Ziguinchor, Abdoulaye Sy, a commencé à brader les terres de la Casamance aux étrangers. Depuis lors, nous nous sommes dit que l’environnement et l’écosystème doivent être préservés, donc ce n’est pas un discours nouveau, c’est un discours de plus de 30 ans que le Mfdc n’a jamais cessé de tenir.

 

Mais qui a tué, le Mfdc ou pas?

En tous cas, nous avons commandité une enquête interne, une commission du Mfdc est en train de faire son travail. Quand elle terminera, nous saurons ce qui s’est réellement passé, parce que nous ne le savons pas jusqu’à présent. Nous avons interrogé nos commandants qui nous ont dit ne pas être mêlés à cette affaire.

 

Combien de temps vont durer les enquêtes?

Je ne saurais le dire, la commission est en train de faire son travail, laissons la faire et quand elle terminera ses enquêtes, vous verrez tout.

 

Comment vivez-vous la situation dans le maquis, avec les bombardements de l’Armée?

Hier, j’étais dans le maquis et pour le moment, nous sommes en alerte maximale, que ce soit au nord ou au sud. Nous avons vu des coups partir, mais jusque-là, nous sommes zen.Nous ne sommes pas touchés, donc nous ne sommes pas inquiets.

 

Vous voulez dire que, malgré les bombardements, aucune de vos positions n’a été touchée?

A ce que je sache, des informations reçues par nos combattants, aucune position n’a été touchée. Le président de la République du Sénégal nous avait tendu la main lors de son discours de fin d’année. Et nous l’avons accueillie à bras ouverts, parce que le Mfdc se démarque des intermédiaires ou des facilitateurs.

 

Vous ne voulez pas d’intermédiaires, encore moins de facilitateurs. Comment l’Etat du Sénégal pourrait donc discuter avec vous?

L’Etat du Sénégal sait où nous contacter en cas de besoin. Vous êtes journaliste, vous êtes à la quête de l’information, vous ne me connaissiez pas, mais aujourd’hui, vous êtes là devant moi, parce que vous avez cherché. L’Etat du Sénégal a tous les moyens de pouvoir mettre en œuvre ce qu’il veut. Ce n’est pas à nous de les indiquer comment faire. Qu’ils entreprennent leurs actions, nous attendons. Et nous sommes prêts à répondre au cas où ils nous tendraient la main, même si c’est demain, pour un dialogue. L’Etat du Sénégal devrait d’abord directement passé par nous et non faire des négociations séparées. C’est une forme de division qui ne dit pas son nom.

 

Mais est-ce que le maquis est aussi uni pour qu’il n’y ait pas des négociations séparées, on parle de Salif Sadio, de César Atoute Batiate et tant d’autres ?

On parle de Salif, on parle de César. Tous les deux prônent l’indépendance. Quand il y avait le problème avec l’ouverture de la Rn6 et d’autres tronçons, l’Etat du Sénégal est venu négocier. Ils n’ont pas attendu qu’il y ait une unité. Soyons logiques.

 

L’Etat a négocié avec qui ?

L’Etat a bien négocié. J’étais présent ce jour-là. Il y avait presque toutes les franges de l’aile politique. Le Colonel chargé du déminage était venu s’asseoir ici pour parler du déminage et nous avions dit que le déminage devait se faire autour d’une table de négociations pour que les parties garantes puissent prendre la garantie de tout cela. Aujourd’hui, il n’y a pas cette animosité tant proférée par les gens entre les deux camps. Bien qu’il y ait comme une communication de sourds. Mais c’est une communication lente qui suit son chemin. L’Etat a tous les moyens pour que ces différentes entités se retrouvent pour discuter. Ensuite, il ne faut pas oublier la question de l’indépendance qui est une question politique. Ce ne sont pas les militaires qui vont aller négocier cette indépendance. Les combattants sont des militaires de la Casamance. C’est l’aile politique qui est chargée, bien qu’elle soit divisée, de parler de cela. Il faut qu’ils se parlent. Il y a un brassage. Donc, il n’y a pas de problèmes. S’ils veulent nous contacter, ils savent où et avec qui le faire. Il faut que l’Etat soit sérieux dans ce qu’il fait. Dire qu’ils ne sont pas unis, alors que les politiques se parlent, et vouloir se focaliser sur les militaires qui n’ont pas la quintessence d’aller négocier cette indépendance,je pense que ce n’est pas sérieux.

 

Vous ne pensez pas que cette question d’indépendance est une lutte perdue d’avance, parce que, pendant plus de 35 ans, les gens sont dans la forêt en train de se battre et presque rien n’a évolué?

C’est la raison pour laquelle, le Sénégal a fait perdurer les négociations. Nous avons compris que le Sénégal a falsifié les rapports qui allaient aux NationsUnies. Le responsable chargé de ces questions en Afrique n’avait aucune information sur la Casamance quand nous sommes partis aux NationsUnies. Le Sénégal refuse d’ouvrir le dialogue en faisant durer l’affaire.  Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous sommes en train d’y travailler pour que l’Etat du Sénégal soit contraint à vouloir négocier et donc à venir négocier. Pour nous, ce n’est pas une perte de temps.

 

Mais tout le monde a constaté l’essoufflement de la lutte armée…

Cette information est véhiculée par qui ? Cesont des informations de bouche à oreille. Cesont même des balivernes que les gens racontent. Chacun est libre de dire ce qu’il pense. Allez dire dans le maquis à un combattant de sortir, vous verrez ce qu’il va vous faire.

 

Mais y en a qui sont déjà sortis et qui sont logés par l’Etat…

C’est le jeu de l’Etat. Vous dites qu’ils sont logés par l’Etat et ils mangent dans le grenier de l’Etat. Les autres ont refusé. Il faut accepter qu’autant une minorité est sortie, qu’une majorité est restée.

 

Mais c’est pourquoi, on parle d’essoufflement du maquis…

Cela existe partout, dans tous les pays du monde. Vous ne pouvez pas refuser cela. Que ce soit au Sud Soudan, partout, il y a toujours des gens avérés et des gens non avérés. Cela dépend de la capacité de l’individu. Ce qui lui a valu d’être dans le maquis.

 

Qu’est-ce qui vous fait croire en cela ?

Dieu et les actes. L’homme propose, Dieu dispose.

 

Vous êtes de la nouvelle génération, on est à l’heure des mouvements d’ensemble dans le monde, même les grands Etats s’unissent aujourd’hui.Pourquoi au Sénégal, vous voulez qu’on donne l’indépendance à la Casamance?

Le Sénégal ne peut pas rester en rade. Même en France, la Corse est en train d’être divisée. Aux Etats-Unis, il y a le Texas et les autres qui veulent prendre leur indépendance. C’est pareil en Espagne, en Belgique et au Royaume Uni. En Afrique, le Kidal est là.

 

Mais ceux-là qui demandent leur indépendance, on sait après que ce sont des Etats qui ne sont pas viables. On a vu ce qui s’est passé au Sud Soudan…

Comparaison n’est pas raison. En Casamance, nous avons dépassionné ce clivage. Nous avons les ressources minières, la qualité, les ressources physiques, nous avons tout pour développer un Etat indépendant. Et vous les Sénégalais, il faut oser le dire, votre Equipe nationale est bourrée de Casamançais.

 

Parce que cesont des Sénégalais…

Non, des Casamançais. Bien que la Casamance ait été squattée par le Sénégal. Dans les bureaux, les plus grands travailleurs sont des Casamançais.

 

Les gens veulent la paix, est-ce que du côté du maquis, vous êtes prêts pour ça ?

Comme Abbé (Diamacoune Senghor) le disait, la paix dans la justice est la vérité. C’est cette paix là que nous voulons. Nous voulons la paix, mais dans la justice et la vérité. Nous ne voulons pas d’une paix bricolée.

 

Où voulez-vous que les négociations se passent ?

Nous avons dit que les négociations peuvent se passer où bon leur semble, sauf en terres sénégalaises. Nous sommes prêts à répondre. Et nous avons demandé à l’Ua de ne pas se taire. Ils ont leur mot à dire. Ils ont leur part de responsabilité, de même que les pays garants. La société civile casamançaise aussi devra prendre part au dialogue. Ils vont venir avec leur intégrité territoriale et nous allons venir avec notre séparation, mais soyons d’accord qu’aucune question ne soit occultée, y compris l’indépendance. C’est la base, le soubassement de tout.

 

 

L’homme est fier d’appartenir au Mfdc et n’use pas de langue de bois. Il est même catalogué trop incendiaire pour une partie du maquis, même si lui se décrit comme quelqu’un de trop conciliant, non pas un adepte de la guerre, mais un apôtre de la paix. Rencontré, de retour de la brousse, dans sa maison de Ziguinchor, Omar Ampoi Bodian, chargé de mission du Mfdc, proche de César Atoute Badiate et grand rédacteur des communiqués du maquis, a fait à «L’Obs» le round-up de la situation conflictuelle qui prévaut en Casamance. De la tuerie de Bofa aux probables futures négociations, Ampoi dit tout.

 

En tant que chargé de mission du Mfdc, donc au courant des moindres secrets du maquis,qu’est-ce qui a mené, selon vous, à cette tuerie de Bofa-Bayotte ?

Je ne saurais dire ce qui a amené cette situation, mais la question qu’on devrait se poser est : qu’est-ce que le Sénégal a fait ou n’a pas fait pour qu’on en arrive à cette situation ? Je suis un environnementaliste, nous savons que cette région à caractère agricole était, jadis, le grenier du Sénégal. Qu’est-ce que le Sénégal a fait pour en arriver là ? Beaucoup de choses n’ont pas été respectées par le Sénégal, que ce soit dans le cadre de l’environnement, les barrages de Kidel et d’Affignam, rien n’a été fait. Dans le cadre de la protection des ressources halieutiques, Antoine Sambou a été tué à Pointe Saint-Georges et il n’y a jamais eu d’enquête.Ce jeune défendait bec et ongles l’environnement et les ressources halieutiques, ils l’ont tué. Des jeunes de Thionck-Essyl ont été emprisonnés l’année dernière, parce qu’il y avait des étrangers qui prenaient les alvéoles, les petits poissons, pour les enterrer dans des trous. Ces jeunes ont voulu défendre leur écosystème et les ressources halieutiques, mais ils ont été emprisonnés. A Médina Yoro Foulah, des jeunes se sont ligués contre les coupeurs de bois et ils ont été emprisonnés. A Kédougou, un jeune du nom de Sagna a été tué par les douaniers. A Toubacouta, des jeunes qui défendaient l’environnement ont été emprisonnés. Qu’est-ce qui est à l’origine de tout cela? Qu’est-ce que le Sénégal a fait de tous ces dossiers ? Où se trouve l’Etat de droit tant prôné ?

 

Oui mais, on ne peut pas se faire justice soi-même…

Je ne dis pas que ce sont ces jeunes qui sont coupables. Mais on dit que tous ces problèmes émaneraient de la coupe de bois, et en 2006, le Président Macky Sall disait : Tolérance zéro pour les coupeurs de bois. Alors si réellement ce problème était orienté sur cela, qu’est-ce que le Sénégal a fait pour en arriver là ? Mais tout le monde condamne cet acte barbare, nous du Mfdc, nous présentons nos condoléances aux familles des victimes.

 

Mais est-ce que ce n’est pas à cause de cette situation d’insécurité que vous avez instauré dans la forêt que l’Etat du Sénégal ne peut pas tout le temps intervenir?

Mais les gens accèdent à la forêt depuis belle lurette sans que le Mfdc ne le leur interdise. Il y a une part de responsabilité entre l’Etat du Sénégal et le Mfdc, les responsabilités doivent être situées.Et pour cela, il faut voir du côté de l’Etat du Sénégal ce qui s’est passé réellement. Moi qui suis dans l’aile politique du Mfdc, je ne peux pas m’aventurer dans des choses dont je ne connais pas les tenants et les aboutissants. Mais la forêt doit être sauvegardée par l’Etat du Sénégal en premier lieu. Maintenant, si l’Etat du Sénégal ne le fait pas, et que les populations et des personnes de bonne volonté s’organisent pour le faire, je pense que c’est une bonne chose.

 

Que pensez-vous de la thèse suivante : en voulant prendre la revanche des jeunes de Toubacouta, le Mfdc qui contrôle, plus ou moins, la forêt de Bofa, a ouvert le feu sur les exploitants forestiers?

Les gens sont libres de dire ce qu’ils veulent, je ne peux pas répondre à toutes les allégations. Mais le Mfdc, depuis l’époque de l’Abbé Diamacoune, a toujours demandé aux populations de sauvegarder l’environnement en général, parce que le problème casamançais a commencé quand l’ex-maire de Ziguinchor, Abdoulaye Sy, a commencé à brader les terres de la Casamance aux étrangers. Depuis lors, nous nous sommes dit que l’environnement et l’écosystème doivent être préservés, donc ce n’est pas un discours nouveau, c’est un discours de plus de 30 ans que le Mfdc n’a jamais cessé de tenir.

 

Mais qui a tué, le Mfdc ou pas?

En tous cas, nous avons commandité une enquête interne, une commission du Mfdc est en train de faire son travail. Quand elle terminera, nous saurons ce qui s’est réellement passé, parce que nous ne le savons pas jusqu’à présent. Nous avons interrogé nos commandants qui nous ont dit ne pas être mêlés à cette affaire.

 

Combien de temps vont durer les enquêtes?

Je ne saurais le dire, la commission est en train de faire son travail, laissons la faire et quand elle terminera ses enquêtes, vous verrez tout.

 

Comment vivez-vous la situation dans le maquis, avec les bombardements de l’Armée?

Hier, j’étais dans le maquis et pour le moment, nous sommes en alerte maximale, que ce soit au nord ou au sud. Nous avons vu des coups partir, mais jusque-là, nous sommes zen.Nous ne sommes pas touchés, donc nous ne sommes pas inquiets.

 

Vous voulez dire que, malgré les bombardements, aucune de vos positions n’a été touchée?

A ce que je sache, des informations reçues par nos combattants, aucune position n’a été touchée. Le président de la République du Sénégal nous avait tendu la main lors de son discours de fin d’année. Et nous l’avons accueillie à bras ouverts, parce que le Mfdc se démarque des intermédiaires ou des facilitateurs.

 

Vous ne voulez pas d’intermédiaires, encore moins de facilitateurs. Comment l’Etat du Sénégal pourrait donc discuter avec vous?

L’Etat du Sénégal sait où nous contacter en cas de besoin. Vous êtes journaliste, vous êtes à la quête de l’information, vous ne me connaissiez pas, mais aujourd’hui, vous êtes là devant moi, parce que vous avez cherché. L’Etat du Sénégal a tous les moyens de pouvoir mettre en œuvre ce qu’il veut. Ce n’est pas à nous de les indiquer comment faire. Qu’ils entreprennent leurs actions, nous attendons. Et nous sommes prêts à répondre au cas où ils nous tendraient la main, même si c’est demain, pour un dialogue. L’Etat du Sénégal devrait d’abord directement passé par nous et non faire des négociations séparées. C’est une forme de division qui ne dit pas son nom.

 

Mais est-ce que le maquis est aussi uni pour qu’il n’y ait pas des négociations séparées, on parle de Salif Sadio, de César Atoute Batiate et tant d’autres ?

On parle de Salif, on parle de César. Tous les deux prônent l’indépendance. Quand il y avait le problème avec l’ouverture de la Rn6 et d’autres tronçons, l’Etat du Sénégal est venu négocier. Ils n’ont pas attendu qu’il y ait une unité. Soyons logiques.

 

L’Etat a négocié avec qui ?

L’Etat a bien négocié. J’étais présent ce jour-là. Il y avait presque toutes les franges de l’aile politique. Le Colonel chargé du déminage était venu s’asseoir ici pour parler du déminage et nous avions dit que le déminage devait se faire autour d’une table de négociations pour que les parties garantes puissent prendre la garantie de tout cela. Aujourd’hui, il n’y a pas cette animosité tant proférée par les gens entre les deux camps. Bien qu’il y ait comme une communication de sourds. Mais c’est une communication lente qui suit son chemin. L’Etat a tous les moyens pour que ces différentes entités se retrouvent pour discuter. Ensuite, il ne faut pas oublier la question de l’indépendance qui est une question politique. Ce ne sont pas les militaires qui vont aller négocier cette indépendance. Les combattants sont des militaires de la Casamance. C’est l’aile politique qui est chargée, bien qu’elle soit divisée, de parler de cela. Il faut qu’ils se parlent. Il y a un brassage. Donc, il n’y a pas de problèmes. S’ils veulent nous contacter, ils savent où et avec qui le faire. Il faut que l’Etat soit sérieux dans ce qu’il fait. Dire qu’ils ne sont pas unis, alors que les politiques se parlent, et vouloir se focaliser sur les militaires qui n’ont pas la quintessence d’aller négocier cette indépendance,je pense que ce n’est pas sérieux.

 

Vous ne pensez pas que cette question d’indépendance est une lutte perdue d’avance, parce que, pendant plus de 35 ans, les gens sont dans la forêt en train de se battre et presque rien n’a évolué?

C’est la raison pour laquelle, le Sénégal a fait perdurer les négociations. Nous avons compris que le Sénégal a falsifié les rapports qui allaient aux NationsUnies. Le responsable chargé de ces questions en Afrique n’avait aucune information sur la Casamance quand nous sommes partis aux NationsUnies. Le Sénégal refuse d’ouvrir le dialogue en faisant durer l’affaire.  Nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous sommes en train d’y travailler pour que l’Etat du Sénégal soit contraint à vouloir négocier et donc à venir négocier. Pour nous, ce n’est pas une perte de temps.

 

Mais tout le monde a constaté l’essoufflement de la lutte armée…

Cette information est véhiculée par qui ? Cesont des informations de bouche à oreille. Cesont même des balivernes que les gens racontent. Chacun est libre de dire ce qu’il pense. Allez dire dans le maquis à un combattant de sortir, vous verrez ce qu’il va vous faire.

 

Mais y en a qui sont déjà sortis et qui sont logés par l’Etat…

C’est le jeu de l’Etat. Vous dites qu’ils sont logés par l’Etat et ils mangent dans le grenier de l’Etat. Les autres ont refusé. Il faut accepter qu’autant une minorité est sortie, qu’une majorité est restée.

 

Mais c’est pourquoi, on parle d’essoufflement du maquis…

Cela existe partout, dans tous les pays du monde. Vous ne pouvez pas refuser cela. Que ce soit au Sud Soudan, partout, il y a toujours des gens avérés et des gens non avérés. Cela dépend de la capacité de l’individu. Ce qui lui a valu d’être dans le maquis.

 

Qu’est-ce qui vous fait croire en cela ?

Dieu et les actes. L’homme propose, Dieu dispose.

 

Vous êtes de la nouvelle génération, on est à l’heure des mouvements d’ensemble dans le monde, même les grands Etats s’unissent aujourd’hui.Pourquoi au Sénégal, vous voulez qu’on donne l’indépendance à la Casamance?

Le Sénégal ne peut pas rester en rade. Même en France, la Corse est en train d’être divisée. Aux Etats-Unis, il y a le Texas et les autres qui veulent prendre leur indépendance. C’est pareil en Espagne, en Belgique et au Royaume Uni. En Afrique, le Kidal est là.

 

Mais ceux-là qui demandent leur indépendance, on sait après que ce sont des Etats qui ne sont pas viables. On a vu ce qui s’est passé au Sud Soudan…

Comparaison n’est pas raison. En Casamance, nous avons dépassionné ce clivage. Nous avons les ressources minières, la qualité, les ressources physiques, nous avons tout pour développer un Etat indépendant. Et vous les Sénégalais, il faut oser le dire, votre Equipe nationale est bourrée de Casamançais.

 

Parce que cesont des Sénégalais…

Non, des Casamançais. Bien que la Casamance ait été squattée par le Sénégal. Dans les bureaux, les plus grands travailleurs sont des Casamançais.

 

Les gens veulent la paix, est-ce que du côté du maquis, vous êtes prêts pour ça ?

Comme Abbé (Diamacoune Senghor) le disait, la paix dans la justice est la vérité. C’est cette paix là que nous voulons. Nous voulons la paix, mais dans la justice et la vérité. Nous ne voulons pas d’une paix bricolée.

 

Où voulez-vous que les négociations se passent ?

Nous avons dit que les négociations peuvent se passer où bon leur semble, sauf en terres sénégalaises. Nous sommes prêts à répondre. Et nous avons demandé à l’Ua de ne pas se taire. Ils ont leur mot à dire. Ils ont leur part de responsabilité, de même que les pays garants. La société civile casamançaise aussi devra prendre part au dialogue. Ils vont venir avec leur intégrité territoriale et nous allons venir avec notre séparation, mais soyons d’accord qu’aucune question ne soit occultée, y compris l’indépendance. C’est la base, le soubassement de tout.

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