Marie-Christine Saragosse, Pdg de France Médias Monde : « Transmettre aux jeunes la passion, l’exigence de Ghislaine Dupont et Claude Verlon »

Africaleadnews – (Senegal) A travers l’institution d’une Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, Radio France internationale veut rendre hommage à ses deux journalistes assassinés au Mali, en 2013. Selon Marie-Christine Saragosse, Pdg de France Médias Monde présente à Dakar pour la cérémonie de remise de la Bourse, ce jeudi, l’initiative a pour objectif de transmettre aux jeunes générations la passion et l’exigence des deux reporters, mais aussi aider à construire l’avenir…

Pourquoi le choix de Dakar pour abriter la 4ème édition de la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon ?
Cette bourse, que nous avons lancée en mémoire de nos deux collègues, récompense, chaque année, de jeunes journalistes et techniciens radio en Afrique francophone. Le choix d’un événement itinérant dans un nouveau pays, chaque année, s’est imposé à nous, afin de couvrir toute l’Afrique francophone et suivre les parcours de Ghislaine et Claude : Ghislaine Dupont a vécu enfant avec ses parents au Sénégal, et Claude Verlon était présent ici en 1991 pour l’ouverture du premier relais Fm de Rfi à Dakar. Il y est revenu plusieurs fois, jusqu’en 2012 pour couvrir les deux tours de l’élection présidentielle. Dès le début, le Sénégal a donc fait partie des destinations prévues pour la Bourse et je suis très heureuse qu’on la remette ici cette semaine aux deux lauréats de l’édition 2017, qui seront désignés parmi les 20 jeunes présélectionnés bénéficiant déjà depuis plusieurs jours d’une formation technique et éditoriale avec nos équipes sur place. L’appel à candidatures de la Bourse au Sénégal a confirmé ce que nous savions déjà : il y a ici un réservoir extraordinaire de talents dans les médias. En outre, le Sénégal est déjà doté d’un paysage médiatique pluriel et de qualité.

Que symbolise cette bourse pour Radio France Internationale ?
La Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon, nous l’avons créée car nous savions que nous ne pourrions jamais oublier leur assassinat, mais qu’il fallait aussi construire l’avenir. Elle vise à poursuivre ce que ces deux passionnés de reportage et du continent africain aimaient à faire en transmettant leur savoir, et en étant ainsi fidèle à leur rôle de passeurs auprès des jeunes journalistes et techniciens qui les côtoyaient dans la rédaction de Rfi ou sur le terrain. Avec nos partenaires français de l’Ecole de journalisme de Sciences Po et de l’Ina, mais aussi avec les équipes de la Rts qui nous accompagnent cette année au Sénégal, nous avons tous ce même désir de rendre hommage aux deux grands professionnels qu’étaient Ghislaine et Claude, en transmettant aux jeunes générations leur passion et leur exigence.

Après trois éditions, l’initiative de cette bourse remplit-elle les objectifs que s’est fixés Rfi ?
La portée de la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon a dépassé nos espérances. D’abord, elle remplit parfaitement son objectif de mémoire et de transmission. Et elle suscite un engouement à chaque appel à candidatures dans un nouveau pays, avec des jeunes candidats qui se présentent avec une très grande conscience de qui étaient Ghislaine et Claude. C’est extrêmement émouvant et rempli de sens. En outre, les trois premières promotions ont fait leurs preuves : les six lauréats ont bénéficié d’un véritable tremplin professionnel. Mais plus encore, les 60 finalistes, toutes éditions confondues, ont largement tiré profit de la formation qui leur avait été prodiguée dans leur pays. A l’initiative du premier lauréat technicien malien, Mohamed Sidi Dicko, un réseau des anciens qui réunit tous les participants s’est même formé. Très actifs, tous partagent et s’entraident au-delà de leurs propres frontières. On ne peut que se réjouir de cet élan spontané, collectif et solidaire, qui fait perdurer sans discontinuité l’esprit de la Bourse, et donc celui de Ghislaine et Claude, à travers ces jeunes qui prennent la relève sur le continent.

Que représente la venue de la mère de Ghislaine Dupont au Sénégal, à l’occasion de la remise de cette bourse ?
La présence, à Dakar, de Marie-Solange, la maman de Ghislaine, donne une intensité très forte à cette édition. J’ai pour elle une affection profonde, comme pour Apolline, la fille de Claude qui nous accompagne chaque année. Sa venue donne encore plus de sens à l’esprit de transmission, de mémoire, porté par la Bourse Ghislaine Dupont et Claude Verlon que nous remettrons, jeudi, à deux jeunes journaliste sénégalais et technicien(ne) de reportage radio. En outre, Marie-Solange a vécu quelques années à Dakar lorsque Ghislaine était enfant. Je crois savoir que Ghislaine lui avait promis d’y revenir un jour avec elle, et donc j’imagine que ce voyage a une dimension d’autant plus grande dans son cœur. Mais c’est elle qui en parlera le mieux jeudi, lors de la cérémonie.

Avec la disparition tragique de ses reporters comme Ghislaine Dupont, Claude Verlon, Jean Hélène… Rfi ne paie-t-elle pas un lourd tribut pour informer ses auditeurs ?
Rfi a effectivement payé un lourd tribut. On peut hélas également évoquer Johanne Sutton, qui a perdu la vie sur une scène de guerre en Afghanistan en 2001. Le rapport de Reporters Sans Frontières montre que le nombre de journalistes assassinés partout dans le monde est terrifiant. Aucun reportage ne vaut une vie, mais nous savons aussi que le risque zéro n’existe pas pour celles et ceux qui vont recueillir l’information au plus près, sur tous les terrains. L’évolution du statut des équipes de terrain, devenant de plus en plus souvent des cibles, la multiplication des zones de risques, mais aussi la diversification des risques dont la forme change sans cesse, sont autant de facteurs qui mettent en danger les journalistes et les équipes qui les accompagnent. Nous devons donc nous efforcer de réduire le plus possible les risques, car nous n’avons vocation ni à être des victimes, ni à être des héros. À France Médias Monde, nous avons mis en place des formations pour les reporters en zone dangereuse, mais aussi renforcé les procédures internes pour se préparer et se prémunir le mieux possible, pour un meilleur arrimage qui concerne aussi les retours de missions, sous la houlette d’un directeur sûreté. Nous renforçons nos protections pour refuser de renoncer à la liberté d’informer et au droit d’être informé.

Avez-vous une idée de l’audimat des antennes de Rfi et France 24 au Sénégal, voire sur le continent africain ?
Nous mesurons, chaque année, notre audience au Sénégal. Rfi figure parmi les cinq radios les plus écoutées chaque jour à Dakar et sa part d’audience a même augmenté en 2016, ce qui montre un fort attachement ici des auditeurs à la radio du monde. De son côté, France 24 arrive très largement en tête des chaînes d’information internationales auprès des téléspectateurs dakarois. A l’échelle de toutes les grandes capitales francophones d’Afrique, cette tendance se confirme. Rfi et France 24 enregistrent des scores d’audience très élevés, avec parfois jusqu’à près de 70% des auditeurs et téléspectateurs qui écoutent ou regardent nos médias chaque semaine. Ce succès se confirme aussi sur le numérique, où Rfi et France 24 connaissent, chaque année, des croissances à deux chiffres. Ce succès nous donne une grande responsabilité et les équipes de France Médias Monde sont très attachées à la qualité de l’information et des programmes qu’ils produisent pour entretenir cette confiance.

Propos recueillis par Omar DIOUF

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