«J’ai préféré mon honneur et ma dignité aux propositions indécentes des producteurs»

 

 

Africaleadnews – (Senegal) Marie Ngoné Ndione vient de lancer un nouvel album «Abohat», un hymne à la solidarité après être restée 10 ans dans le creux de la vague refusant les rendez-vous au Canapé que lui proposaient les producteurs.

Teint noir d’ébène, Marie Ngoné Ndione se sublime sous les projecteurs. Elle déborde d’énergie. Elle donne de la voix. Les décibels grondent et accompagnent le rythme endiablé et frénétique de ses pas de danse sérère. Sa belle voix de contralto perse au loin le firmament. Elle est toujours intacte. Les pronostics les plus hardis avaient vite fait de prononcer son déclin. Pendant 10 longues années, elle était plongée dans le creux de la vague sans sortir un seul album. Disparue de la scène musicale, elle monnayait son talent dans les cérémonies familiales pour sa survie. Son métier, c’est la musique. Chanter pour vivre. Chanter pour exister. «Je n’ai d’autre métier que la chanson. Je ne sais que chanter. C’est ma vie, ma passion, ma raison d’être», dit-elle. Aujourd’hui, elle entrevoit le bout du tunnel, une petite lueur d’espoir pour encore figurer dans le gotha des divas de la musique sénégalaise où s’y maintenir nécessite du génie et de la créativité. Elle est revenue en force sur la scène musicale avec un album composé de 13 titres. Le travail a été de très longue haleine pour sortir de ses tripes quelque chose qui puisse caracoler encore longtemps. «J’ai produit un nouvel album titré ‘’Abohat’’ qui est composé de 13 titres, notamment ‘’Wo’aaroo teekingaa’’, ‘’Rewwaa’’, ‘’Inombokator’’, ‘’Kul saafi’’, ‘’Am yaay’’, ‘’Marie immaculée’’, ‘’Sidaani’’, ‘’Mbégel’’, entre autres… J’ai mis du temps pour la préparer. Souvent, il arrive qu’un album meurt aussitôt qu’il est lancé», note-t-elle. Elle justifie sa longue absence par le manque de moyens financiers. «J’étais confrontée à un problème de financement. L’industrie de la musique, c’est l’argent, le nerf de la guerre. Et pour produire un album, il faut un soutien financier conséquent», souligne-t-elle. Elle a pu se produire avec les appuis du Dr Augustin Tine, ministre des Forces Armées, par ailleurs maire de Fandène, et du Fonds d’aide pour les artistes du ministère de la Culture.

Et pourtant, cette artiste-compositrice Sérère a eu son moment de gloire avec plusieurs succès. Elle s’initie à la chanson et à la danse en 1982 au sein de la troupe de ballet de Marc Thiaw. Pétrie de talent, elle est repérée et recrutée à l’Orchestre national du Sénégal en 1991. Elle sort son premier album «Moka pothe» en 1992 qui aura un grand succès. En 1997, elle sort un second album «Mousse» qui exhorte les Sénégalais à retourner aux valeurs traditionnelles. Un troisième album «Tidan ndang» qui signifie «marcher doucement». Ces albums ont occupé pendant longtemps le top des hits parades. Puisqu’elle ne disposait pas d’un bon encadrement, son succès n’a été qu’un feu de paille. «Un musicien a beau disposé de talent, mais s’il n’a pas une bonne équipe derrière lui, il n’ira pas loin. J’ai manqué d’un staff pour la promotion de mes différents albums. Ce n’est jamais facile», signale-t-elle. Elle a fait du colmatage pour sortir ses albums dans des conditions extrêmement difficiles. Elle aurait pu connaître une ascension sociale facile, des productions sans peine, si elle avait accepté les propositions indécentes de producteurs. «Je n’ai jamais accepté les rendez-vous au canapé. Certains producteurs vous font des propositions indécentes. J’ai préféré garder ma dignité et mon honneur en me produisant difficilement toute seule», dit-elle. Toutefois, elle regrette qu’il n’y ait pas de promoteurs à Thiès pour soutenir les artistes qui vivent tous les mêmes misères.

«Abohat» est un appel à l’unité. «S’il y a une unité des cœurs, Dieu nous assistera. IL déversera sa magnanimité sur terre», dit-elle.

 

Une femme digne adossée sur des valeurs

Dans les autres morceaux, elle dénonce le manque de solidarité dans la société sénégalaise. «On ne s’entraide plus. Il n’y a plus de solidarité dans notre société. Ce qui fait que les plus démunies subissent les affres de la pauvreté. Et pis encore, les gens parlent plus qu’ils n’agissent. Ce qui est déplorable, tu sollicites quelqu’un pour régler tes besoins, il ne le fait pas et il te discrète dans la rue», regrette-t-elle. D’où le sens de la chanson «Diew» qui évoque la médisance. «Les gens aiment médire sur autrui sans fondement», argue-t-elle. La cantatrice sensibilise aussi sur le Sida, le maintien des filles à l’école. Pour elle, il ne s’agit pas seulement de scolariser les filles, mais de les maintenir le plus longtemps possible à l’école. Elle exhorte la communauté sérère à accompagner la jeunesse en perte de repères. «Si nos parents n’ont pas eu la chance d’avoir été à l’école, nos enfants doivent être encadrés, puisqu’ils sont l’avenir de la Nation. L’Education est un investissement. Et plus on investit sur les enfants, plus on leur offre les opportunités de réussir dans la vie. Ainsi, ils pourront, demain, nous assister quand on n’aura plus la force de travailler», signale-t-elle. Marie Ngoné Ndione fait la promotion de la langue Saafi, un trait d’union entre celle des Sérères Nones et des Sérères Safènes, une même branche. Deux morceaux lui sont consacrés. Aujourd’hui, elle nourrit vivement le souhait de faire une tournée nationale. Mais là encore, les moyens financiers font défaut. «Je suis à la recherche de sponsors. Ce qui n’est d’ailleurs pas facile d’en trouver. Je suis restée 10 ans sans sortir un album, même si je demeure toujours la Directrice de l’ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano», souligne-t-elle. Elle attend du président de la République, Macky Sall, des appuis aux artistes qui sont au bas de l’échelle, surtout les minorités. «Je n’ai de souffle que pour le Président Macky Sall. Je l’aime à mourir, parce que c’est un homme qui travaille sans trop de bruit, courtois et sympathique», note-t-elle. De son Fandène natal, elle mène une carrière solo très difficile dans un monde de vitesse où les artistes qui s’adaptent difficilement aux innovations technologiques d’une industrie musicale en perpétuelle mutation, disparaissent dans les registres de l’oubli à défaut d’amuser la galerie dans les baptêmes et les mariages pour quelques pièces de monnaie. «Je n’ai jamais cessé de chanter dans les cérémonies familiales, même en étant à Daniel Sorano. Mais je ne vais jamais là où je ne suis pas invitée», avise-t-elle. Malgré une présence trentenaire dans le monde du show-biz, Marie Ngoné Ndione tire toujours le diable par la queue. La diva de la Cité du Rail n’est pas riche. Elle ne dispose toujours pas d’une voiture pour ses courses, encore moins de maison.

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