Chine : un second enfant, le cadet de leurs soucis

C’est l’heure du dîner. Autour de la table, les yeux sont braqués sur Liu Ruihan, 5 ans. Avant le repas, la petite fille esquisse une chorégraphie apprise lors de son cours de danse. Une des nombreuses activités extrascolaires choisies par ses parents, Liu Xing et Xiao Xueting. «Elle fait aussi du dessin et du piano», énumère fièrement la mère, Xiao Xueting, pour illustrer l’emploi du temps draconien de Ruihan. En plus des cours, les semaines sont bien remplies pour l’écolière qui a grandi à Tianjin, à l’ombre de la capitale chinoise.

Ruihan est fille unique et Liu Xing explique que sa femme et lui n’auront pas de deuxième enfant, quelle que soit la nouvelle réglementation en vigueur. Mise en place en 1979 sous Deng Xiaoping pour lutter contre la surpopulation, la politique de l’enfant unique a régi la vie des Chinois durant près de quatre décennies. Mais récemment, Pékin a fait machine arrière pour inciter les parents à avoir plusieurs enfants pour lutter contre le vieillissement de la population. Dès 2013, les couples dont l’un des membres est enfant unique étaient autorisés à avoir un deuxième bébé, avant que la directive ne s’étende à tous les couples deux ans plus tard. Dans la foulée, 2016 a été une année record en termes de naissances, avant que le nombre ne recule de 3,5 % en 2017, pour s’établir à 17,23 millions. Puis Pékin a ouvert la voie à la fin totale du contrôle des naissances.

«Eveil».«Aujourd’hui en Chine, beaucoup de jeunes ne veulent même plus se marier, alors avoir des enfants…» explique Liu Xing. Ces dernières années, le nombre de mariages a diminué et celui des divorces augmenté, dans un pays où les parents doivent être mariés pour que leur enfant puisse bénéficier du hukou, l’indispensable passeport intérieur.

Le coût de la vie, et notamment de l’éducation, est le premier critère qui dissuade les Chinois d’avoir des enfants. La petite Ruihan va dans une école primaire privée, moyennant des frais d’inscription qui s’élèvent à 3 500 yuans par mois (environ 440 euros). Dans quelques années, en revanche, elle ira dans un collège public, car «les frais du privé sont beaucoup trop élevés». Ses parents devront payer les cours de soutien pour pallier les «dysfonctionnements» de l’éducation publique : un système «moins axé sur les langues étrangères», qui manque de matériel technologique et qui possède des «infrastructures moins adéquates pour l’éveil des enfants», juge Liu Xing : «Dans le privé, le cadre, les professeurs et l’enseignement sont de meilleure qualité.»

En Chine, l’enseignement public est souvent jugé insuffisant, alors que la concurrence règne dès le plus jeune âge et que, souvent, le standing des établissements fréquentés influe sur l’avenir des progénitures. En découle une course pour les scolariser dans les écoles publiques les plus cotées de chaque ville, les seules jugées à la hauteur par les parents chinois. Mais avec le principe de la carte scolaire, ces établissements d’élite, situés dans les quartiers les plus chers des métropoles, sont souvent «hors de portée» des bourses moyennes.

Outre les 3 500 yuans pour l’inscription à l’école, Liu et Xiao dépensent 5 000 yuans par mois pour les activités extrascolaires de Ruihan. Une somme qui entame une bonne part des 20 000 yuans mensuels (2 500 euros) que gagne ce couple de trentenaires. Liu Xing travaille dans le marketing immobilier, un secteur qui subit le ralentissement économique. Pour compenser, Liu Xing enchaîne des journées de douze heures au bureau. Il a du mal à se remémorer son dernier week-end de libre (et avoue avoir pris une journée de congé pour ce reportage). Xiao Xueting, elle, est institutrice à son compte et a plus de liberté pour s’occuper de sa fille, mais les emplois du temps sont parfois difficilement compatibles.

Poulet.En Chine, les parents débordés, qui ont encore «du mal à faire confiance» à des baby-sitters qu’ils ne connaissent pas, comptent sur les grands-parents pour garder leurs enfants. «Mais nos parents sont déjà assez âgés, c’est à nous de prendre soin d’eux», explique Liu Xing dont la mère a eu des problèmes de santé récemment.

Un cercle vicieux pour Liu Xing et Xiao Xueting, issus de la génération de l’enfant unique, et sur qui repose la charge des personnes âgées. La Chine manque de maisons de retraite. D’ici à 2050, 330 millions de Chinois auront plus de 65 ans, selon les projections des Nations unies. Mais les jeunes couples urbains et éduqués, la cible de ces assouplissements en matière de natalité, semblent insensibles aux appels du pied des autorités. Même l’idée d’avoir un garçon, très importante dans l’imaginaire chinois, ne semble plus à même de séduire Liu et Xiao : «Avoir un garçon, ça veut dire que nous, les parents, devrons payer pour le mariage, pour la voiture et la future maison», lance le paternel. Habitués à grandir sans frère et sœur, Liu Xing et Xiao Xueting ne voient plus les inconvénients de l’enfant unique : «On est habitués», dit Liu Xing, en terminant le poulet épicé du Sichaun qu’il s’est fait livrer pour «gagner du temps de repos». Demain, il lui faudra retourner à ses douze heures de travail.

Zhifan Liu Correspondant à Pékin– Libération

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