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Au pied du mur, Macron et Merkel jouent l’union

Africaleadnews – (Allemagne) Le Brexit ainsi que les débuts de la présidence Trump accélèrent une prise de conscience des leaders européens, à commencer par le tandem franco-allemand, bien décidé à renforcer l’UE.

Brouillard sur la Manche et l’Atlantique, l’Europe est isolée. Après le Brexit et l’élection de Donald Trump, les alliés anglo-américains du Vieux Continent, ceux qui l’ont sauvé à deux reprises de l’impérialisme allemand et qui, depuis, garantissent sa sécurité et donc sa prospérité, ont baissé le rideau de fer et se réfugient désormais dans un splendide isolement. Angela Merkel l’a reconnu officiellement, dimanche, après deux réunions houleuses (sommet de l’Otan à Bruxelles, et G7 à Taormine) au cours desquelles le président américain a donné toute sa mesure.

Désarroi au grand jour

«Les temps où nous pouvions totalement nous reposer sur d’autres sont en partie révolus. Je l’ai vécu ces derniers jours,a lancé la chancelière dimanche. Bien sûr, nous devons rester amis avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni, en bons voisins, là où cela est possible, ainsi qu’avec la Russie. Mais nous devons le savoir : nous devons lutter nous-mêmes, en tant qu’Européens, pour notre avenir et notre destin.» Ce qui implique que l’Europe devienne «un acteur qui s’engage à l’international»,comme elle l’a précisé mardi. Des mots qui font échos à ceux de Gérard Araud, l’ambassadeur de France à Washington qui, le jour même de la victoire de Trump, a tweeté : «Après le Brexit et cette élection, tout est désormais possible. Un monde s’effondre devant nos yeux. Un vertige.»Si les autorités politiques hexagonales, que ce soit sous l’administration de François Hollande ou celle d’Emmanuel Macron, ont évité d’étaler au grand jour leur désarroi, elles ne cachaient pas en privé leurs inquiétudes qui se sont concrétisées lors de la tournée européenne de Donald Trump.The New York Times, en titrant au lendemain de la sortie de Merkel«A Potentially Seismic Shift» («un potentiel séisme») ne s’est pas trompé sur l’importance des mots de la chancelière, Berlin étant l’un des plus fidèles alliés des Etats-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Que ce soit sur le plan des valeurs, de la défense, de la politique commerciale et sans doute du climat, la dénonciation de l’accord de Paris ne faisant plus guère de doute, jamais le fossé transatlantique n’a été aussi grand, Washington se montrant même infiniment plus accorte avec l’Arabie Saoudite qu’avec ses alliés européens. Face à ce vide planétaire, il y a donc une place à prendre. Aucun pays européen seul ne pouvant même imaginer jouer ce rôle, l’Union peut y prétendre. Première puissance économique et commerciale du monde, première pourvoyeuse d’aide au développement, exportatrice de normes et de valeurs, espace de paix, de prospérité et de solidarité (elle concentre la moitié des dépenses sociales de la planète), elle n’est néanmoins pas en mesure de le faire dans l’immédiat, faute de compétences régaliennes notamment dans les domaines de la défense, de la politique étrangère ou de la sécurité intérieure : cette confédération inachevée d’Etats n’a pas les moyens de son leadership. C’est exactement ce qu’a voulu dire la chancelière allemande : si l’Union n’accélère pas son intégration, elle sera vouée à être le jouet des événements, la puissance ne se résumant à la signature d’accords commerciaux.

Chantiers nombreux

L’Union prépare donc son opinion publique à un tournant majeur dans sa politique européenne : le temps des réticences, notamment alimentées par la peur fantasmée de payer pour les autres, est terminé. Cette fois Berlin est prêt à aller plus loin. Un tournant majeur qui semble valider la campagne d’Emmanuel Macron. Le jeune chef de l’Etat a, en effet, fait de l’approfondissement de l’intégration européenne l’alpha et l’oméga de son action : remettre la France sur les rails de la croissance économique pour lui permettre de relancer l’Union. Même si l’Allemagne doute encore de la parole française, elle n’a d’autres choix que de la croire et de l’encourager. Merkel a ainsi souhaité, dimanche, le succès de Macron en promettant de lui donner un coup de pouce : «Là où l’Allemagne peut aider, elle aidera, parce que l’Allemagne ne peut aller bien que si l’Europe va bien.» Le message est clair : si Paris tient ses promesses de réformes, ce qui pourrait être facilité par la bonne conjoncture économique, Berlin répondra présent.

Petit à petit, c’est donc un nouvel ordre européen qui se met en place. La percée des partis populistes a été enrayée après le Brexit, les Français ont dit non au «Frexit» en élisant le plus pro-UE des candidats, Angela Merkel est enfin sortie de son attentisme, le couple franco-allemand est remis d’aplomb et les Européens prennent conscience des dangers de l’immobilisme. Les chantiers sont nombreux et urgents : achèvement de la zone euro (lire ci-contre), mise en place d’une défense européenne (sans doute d’abord industrielle et franco-allemande) et d’une politique commune d’asile et d’immigration, développement de la sécurité intérieure pour lutter contre le terrorisme, remise à plat de l’architecture de l’Union pensée pour empêcher l’émergence de tout leadership… Au fond, on a presque envie de dire : merci, M. Trump.

Jean Quatremer Correspondant à Bruxelles

Liberation

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